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Un éboueur au travail pendant le premier confinement, 7 avril 2020 à Besançon.

Les salariés "de 2e ligne" toujours dans l'attente

4 min
À retrouver dans l'émission

Ils ont été dans la lumière au moment du premier confinement : ces salariés dits de "deuxième ligne" occupant des métiers considérés comme essentiels à la bonne marche du pays. Le gouvernement a promis d'améliorer leur situation. Que sont devenus ces engagements ?

Un éboueur au travail pendant le premier confinement, 7 avril 2020 à Besançon.
Un éboueur au travail pendant le premier confinement, 7 avril 2020 à Besançon. Crédits : Ludovic Laude - Maxppp

Salués à de nombreuses reprises, les salariés qui ont travaillé sur site pendant le premier confinement, s'exposant au risque du Covid, sont aujourd'hui toujours dans l'attente d'une revalorisation de leurs métiers. On les appelé les salariés de "deuxième ligne", la "première ligne" étant notamment constituée des personnels de santé. En cette fin d'année, le travail gouvernemental en vue d'une reconnaissance de leurs professions vient à peine de commencer. 

Des hommages mais encore peu de signes tangibles 

Salariés de la grande distribution, agents d’entretien, chauffeurs de bus ... Les portraits de ces hommes et femmes  femmes s’affichent le temps d’une exposition photo à Courbevoie dans les Hauts de Seine, comme celui de cette caissière, Monir. Un cliché réalisé par la photographe Jelena Stajic, au moment du premier confinement.

La photographe Jelena Stajic devant l'un de ses clichés rendant hommage aux travailleurs qui ont été sur le terrain pendant le premier confinement.
La photographe Jelena Stajic devant l'un de ses clichés rendant hommage aux travailleurs qui ont été sur le terrain pendant le premier confinement. Crédits : Anne-Laure Jumet - Radio France

"Sur cette photographie, nous sommes dans un supermarché, je suis à la caisse et devant moi se trouve cette caissière mais on est séparé par un énorme rideau en plexiglas transparent, elle est masquée, gantée, on sent que c'est contexte très inhabituel. Elle était tellement concentrée que j'aurai pu faire la photo sans lui demander."

C'est d'ailleurs ce qu'a ressenti Jelena Stajic en faisant ces photos : ces salariés n'avaient pas d'autre choix que d'aller au travail, ils accomplissaient leur devoir, dit-elle. "Le fait de les mettre en lumière c'est important, à travers eux, c'est aussi leur profession que j'ai voulu mettre à l'honneur".

Ces salariés ont d'ailleurs reçu de nombreux hommages, notamment pendant le premier confinement. Emmanuel Macron, lui même, les a salué à plusieurs reprises, comme le 25 mars dernier, lors d'un déplacement à l’hôpital militaire de Mulhouse. 

"Je veux saluer l'ensemble des femmes et des hommes qui sont en deuxième ligne, qui permettent à nos soignants de soigner et à notre pays de continuer à vivre. 

"Ce sont ceux qui transportent, hébergent, dépannent, nettoient, réparent, ce sont nos agriculteurs, ceux qui sont dans l'alimentation, les commerces de première nécessité, nos livreurs, caissiers et caissières ... Tout ce peuple travailleur de France qui se bat, qui, je le sais, parfois est angoissé souvent pour eux même et leur famille mais permet au pays de vivre. Je veux ce soir avec beaucoup de force les remercier et leur apporter tout le soutien de la Nation (...) leur travail, leur engagement leur courage sont aussi notre fierté".

Des mots qui ont été suivis d'un appel à revaloriser ces métiers. En mai, la ministre du travail de l'époque Muriel Pénicaud annonce qu’elle va convoquer en ce sens les branches professionnelles. 

Une mission gouvernementale 

Huit mois après où en est-on ? Une mission vient d'être lancée par le ministère du travail. Deux expertes, Christine Erhel, directrice du Centre d’Etudes de l’Emploi et du Travail au CNAM et Sophie Moreau-Follenfant, directrice générale adjointe en charge des Ressources Humaines au sein de la société RTE, sont chargées d'"accompagner les partenaires sociaux dans la démarche de reconnaissance des travailleurs de la deuxième ligne."

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Cette mission a commencé à définir les activités concernées, listant douze secteurs, parmi lesquels la vente, la logistique, le gardiennage, la propreté, l’aide à domicile, le bâtiment, l’agriculture ou encore les transports. Elle doit encore définir avec les partenaires sociaux la liste des métiers concernés au sein de ces secteurs, puis dressera un état des lieux : niveaux de rémunérations, mais aussi conditions de travail, types de contrats ou encore perspectives de carrière.  

Une mission qui opère dans un contexte peu propice aux augmentations de salaires, reconnait Christine Erhel. "C'est une situation difficile des deux côtés : pour le patronat, du fait de la récession, et avec des salariés sous pression, qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader. Mais l'idée c'est d'avoir une négociation qui puisse se dérouler sur l'ensemble de l'année 2021, on se donne du temps pour travailler en profondeur".

En attendant, certaines négociations sont tendues. Dans la grande distribution, le patronat a ainsi récemment proposé une hausse du salaire horaire minimum de 4 centimes. "Ils nous ont présenté une grille de salaires, à 10 euros 20 de l'heure, et puis terminé ! Ils n'ont pas pris la mesure de l'investissement des salariés dans la période, certains salariés ont contracté la maladie, d'autres, n'oublions pas, ont perdu la vie. C'est très méprisant !" s’étrangle Sylvie Vachoux, secrétaire fédérale de la CGT commerce. Du côté du patronat de la branche, on ne veut pas commenter des négociations en cours.  

Augmenter les bas salaires de ces métiers de deuxième ligne ne semble donc pas une mince affaire, d'autant que prendre une telle décision a des impacts sur les prix, prévient Patrick Artus, chef économiste de Natixis. "Tout le monde paiera dans ce cas une forme de contribution : payer plus cher un menu au restaurant, les produits achetés dans les grandes surfaces, ou, dans le cas d'une entreprise, le nettoyage des bureaux. C'est une discussion à avoir, où nous acceptons collectivement de payer plus cher des biens et services pour que les entreprises de ces secteurs puissent payer des salaires plus élevés."

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37 sec
Patrick Artus : si les entreprises de ces branches augmentent les bas salaires, elles augmenteront leurs prix.

La balle est à présent dans le camp des branches professionnelles. Le gouvernement avait lui la main sur le SMIC mais il a refusé de l'augmenter au delà de la revalorisation légale. Le dernier coup de pouce date de 2012. 

Intervenants
  • Directrice du Centre d’Études de l'Emploi et du Travail, au CNAM.
  • chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis
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