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Les manifestants se rassemblent au Martin Luther King Jr. Memorial pour protester contre la mort de George Floyd, décédé en garde à vue à Minneapolis, à Washington, DC, le 4 juin 2020

Livonia, banlieue de Détroit, désignée "plus grande ville blanche des États-Unis"

4 min
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Le racisme enraciné dans la société américaine est devenu un thème central de la prochaine élection présidentielle le 3 novembre. Une ville symbolise cet héritage : Livonia, dans le Michigan, considérée comme la ville la plus blanche du pays.

Les manifestants se rassemblent au Martin Luther King Jr. Memorial pour protester contre la mort de George Floyd, décédé en garde à vue à Minneapolis, à Washington, DC, le 4 juin 2020
Les manifestants se rassemblent au Martin Luther King Jr. Memorial pour protester contre la mort de George Floyd, décédé en garde à vue à Minneapolis, à Washington, DC, le 4 juin 2020 Crédits : Olivier Douliery - AFP

La mort de George Floyd l’été dernier, un noir tué par asphyxie par un policier lors d’un contrôle routier, a été vécue par beaucoup comme un électrochoc, obligeant l’Amérique à regarder de front sa question raciale et son passé ségrégationniste… L’esclavage, mais aussi, le racisme urbain des sundown towns. Les villes du soleil couchant, des villes où les noirs pouvaient venir dans la journée pour travailler, mais qu’ils devaient quitter au coucher du soleil. 

Des maisons coquettes, aux pelouses parfaites le long d'une avenue bordée d'arbres. Delisha Upshaw donne rendez-vous dans le parc à l'angle de Six mile road. Parmi les familles qui discutent sous les feuillages, elle est facile à reconnaître. C’est la seule noire.

Livonia, 95 000 habitants, la plus grande ville blanche des États-Unis selon le recensement de l'an 2000. Plus de 95% de la population. Ici, les gens n'aiment pas qu'on le leur rappelle, mais Livonia faisait partie des sundown towns, ces villes où les noirs n'avaient pas le droit de cité après le coucher du soleil. 

Delisha Upshaw est à l’origine d’une panneau avertissant du profilage racial au volant par la police, à Livonia, dans le Michigan
Delisha Upshaw est à l’origine d’une panneau avertissant du profilage racial au volant par la police, à Livonia, dans le Michigan Crédits : Claude Guibal - Radio France

"Ce sont des villes qui ont fait en sorte de rester blanche grâce à une combinaison de politiques de logement discriminatoire, de profilage policier, d’intimidation générale" explique Delisha Upshaw. Dans les années 1930, la brochure publicitaire d’un des programmes immobiliers devenus emblématique de la ville, indiquait ainsi aux acheteurs potentiels : "Ici, vos enfants peuvent vivre et jouer avec le bon type d'enfants", ou "pas d'élément étranger autorisés, reprend Delisha. Il y avait même une clause disant qu’on ne pouvait vendre qu’à des gens de type caucasien"

Ces pratiques raciales ont depuis longtemps été interdites, mais elles ont façonné ces villes. Discrimination au logement, manque de diversité , de représentation. "On attend toujours d'avoir des enseignants noirs, mes enfants n'ont jamais eu de prof noir dans leur scolarité", regrette Delisha qui le souligne : à Livonia, il n'y a que des policiers blancs. Selon le Justice center de Detroit, la quasi-totalité des amendes routières y sont dressées à des conducteurs noirs.

C’est l'une des façons, pour les sundown towns, de rester d'une certaine manière blanches. Ça vous renvoie à la question "est ce que je suis chez moi ici ?

Cadre, mère de famille, Delisha ne s'imaginait pas  devenir militante. Puis il y a eu la mort de George Floyd, tué lors d'un contrôle au volant.

Pour beaucoup de gens, la mort de George Floyd a été un réveil. Comme, attendez, y’a quelque chose qui ne va pas. J'étais en stress post traumatique d'avoir vu quelqu'un qui me ressemble assassiné ainsi.

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Alors avec d'autres habitants de Livonia, Delisha a fait installer un panneau sur la voie rapide, à l'entrée de la ville. Un panneau qui disait : _"_Noir au volant ? Attention, contrôles au faciès devant. Bienvenue à Livonia."

"Vous avez entendu parler de ce panneau? J’étais très en colère". David est né et vit toujours à Livonia.

"On dit que Livonia est raciste, mais c'est pas vrai. On est très accueillant pour tout le monde. Je sais que je ne suis pas raciste, je ne déteste personne. Là où je travaille, en ville, à Détroit, il y a des Afro-Américains, et on déjeune ensemble, on s'entend bien". L’histoire du panneau, il ne l’a pas digérée. "Si vous tenez à parler de racisme… Les choses s'étaient améliorées dans ce pays. Puis, il y a eu le plus diviseur des présidents, Obama, qui est arrivé et qui a déchiré les gens en disant "oh ! On ne m'aime pas parce que je suis noir."

A côté de lui, Diane soupire. "Les forces de police américaines sont pour la plupart extrêmement bien formés et savent comment gérer les comportements délictueux. Ils ne le font pas en fonction de la couleur de la peau. Quand on dit que la police est systématiquement raciste, c'est juste un mensonge. Nous ne sommes pas un pays avec un système raciste, en aucun cas".

A Livonia, l'histoire du panneau routier a mis à vif tout ce qui divise l’Amérique aujourd'hui, le rôle de la police, les tensions raciales.

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La municipalité, la police se sont émues. Le panneau a disparu, Delisha et son association continuent d'organiser des manifestations pour obliger la ville à la diversité... Et ce n'est pas tant la haine que la méfiance et surtout les non-dits qui pèsent sur la ville, confrontée aux stigmates de son histoire, obligée de construire un présent encombré des fantômes du passé.

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