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Indicateurs de l'économie du Venezuela durant le premier mandat du président Nicolas Maduro et prévisions pour 2019

Nicolás Maduro investi pour un second mandat vu d'un quartier populaire de Caracas

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Au Venezuela, Nicolás Maduro doit être investi aujourd’hui pour un second mandat de six ans à la tête d'un pays isolé, saigné par l'hyperinflation. Depuis vendredi, les appels à ne pas reconnaître la légitimité du président se multiplient. Reportage dans un quartier populaire de Caracas.

Indicateurs de l'économie du Venezuela durant le premier mandat du président Nicolas Maduro et prévisions pour 2019
Indicateurs de l'économie du Venezuela durant le premier mandat du président Nicolas Maduro et prévisions pour 2019 Crédits : VINCENT LEFAI, PABLO LOPEZ, GABRIELA VAZ - AFP

Elu le 20 mai dernier, Nicolás Maduro est investi ce jeudi pour un second mandat à la tête du Venezuela, qui vit la pire crise économique de son histoire. Depuis vendredi, les appels à ne pas reconnaître la légitimité du dirigeant de la République Bolivarienne se multiplient. Il y a eu d’abord cette déclaration signée par treize des quatorze pays américains du Groupe de Lima. Puis ce vote à l’Assemblée nationale, acquise à l’opposition, ce samedi. Mais aussi, et c’est plus surprenant, un appel d’un magistrat du Tribunal Suprême de Justice, pourtant réputé proche du pouvoir.

Le reportage dans la capitale de Benjamin Delille. Alors que l'ONU estime que 2,3 millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays depuis 2015 et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019.

A Caracas, la plupart des quartiers populaires sont inondés de fresques murales à l’effigie d’Hugo Chavez. C’est le cas dans le barrio La Vega où l’on ne compte plus les slogans en hommage au Comandante et à son successeur, Nicolás Maduro. Pourtant, les gens qui vivent là ne sont plus animés par la même flamme révolutionnaire qu’aux débuts du chavisme. C’est ce qu’explique Alfredo Infante, prêtre dans le quartier :

Avant 2012, le gouvernement gagnait les élections avec plus de 60 % des voix dans cette zone. Mais pour les élections législatives de 2015, c’est l’opposition qui a gagné du fait de l’hyperinflation, des pénuries et des salaires trop bas. Il y a toujours un pourcentage de personnes qui restent à la solde du gouvernement et du PSUV. Mais ce pourcentage baisse ce qui pousse le gouvernement à accroître le chantage et l’usage de la force.   

Au milieu de ce capharnaüm de maisons colorées, construites en blocs de parpaings désordonnés, trois grandes barres d’immeubles se dressent. Réputés acquis à l’opposition, la plupart de leurs habitants peinent à toucher les aides sociales promises par le gouvernement. Carlito habite au 10e étage. Il touche une pension équivalente au salaire minimum, comme environ 80% des Vénézuéliens.     

Le salaire minimum pour une personne au Venezuela permet d’acheter une boîte d’œufs et un demi-kilo de fromage. Qui peut survivre avec ça pendant un mois ?  

De droite à gauche, Carlito, le prêtre Alfredo Infante, la femme de Carlito, Ana et une voisine. Connus pour son opposition au gouvernement, cette famille ne reçoit presque plus aucune aide sociale.
De droite à gauche, Carlito, le prêtre Alfredo Infante, la femme de Carlito, Ana et une voisine. Connus pour son opposition au gouvernement, cette famille ne reçoit presque plus aucune aide sociale. Crédits : Benjamin Delille - Radio France

Au cours des dix dernières années, comme tous ses voisins, cet ancien bibliothécaire a sombré dans la misère.     

Avant avec mon salaire, j’avais de quoi entretenir ma famille. J’ai pu m’acheter cet appartement et une voiture. Aujourd’hui je n’ai même plus de quoi acheter des médicaments. Regarde, à cause du manque de médicaments j’ai perdu un œil.   

Carlito survit grâce aux dollars que lui envoie sa fille. Elle a quitté le pays il y a trois ans et travaille à l’étranger. Et elle n’est pas la seule à en croire le prêtre Alfredo Infante.     

En 2016, j’ai commencé à demander pendant la messe : “Qui parmi vous a des proches qui ont émigré ? Levez-la main“. Ils étaient environ 30%. Aujourd’hui, quand je pose la question, on est à 100%. En fait la question maintenant c’est : “Combien de vos proches sont partis ?“. Cette zone est très touchée par l’émigration, mais c’est grâce à cela que les familles survivent.     

Comme dans ce quartier, les dollars venus de l’étranger sont de plus en plus utilisés à Caracas et au Venezuela. Conséquence d’une hyperinflation du bolivar sans commune mesure contre laquelle le gouvernement paraît bien démuni. Une nouvelle monnaie, le bolivar souverain, a été introduit en août dans une série de réformes économiques pour inverser la tendance. Quelques mois plus tard, sa valeur a déjà décuplé par rapport au dollar. Henkel Garcia est directeur du cabinet Econometrica : "Le bilan des réformes n’est pas positif. Elles ont même été contreproductives car elles ont entraîné une accélération de la récession économique. On s’attendait à une baisse du PIB de 12% en 2018 et finalement la chute a été de 16 ou 17%, soit bien plus."     

En multipliant les augmentations du salaire minimum sans investir pour relancer la production, le gouvernement a poussé de nombreuses entreprises à mettre la clef sous la porte, incapables de payer leurs salariés. Pour Henkel Garcia, le pays ne peut désormais plus se passer d’investissements étrangers pour sortir de la crise :   

Le consensus pour y arriver c’est qu’il faut un changement de gouvernement, ou ne serait-ce qu’un gouvernement de transition. Il n’y a pas d’autre solution. Cette transition peut être provoquée par le chavisme. Je ne sais pas quelle forme doit prendre cette transition, mais pour rétablir la confiance, il faut un changement politique notoire.   

Mais à l’aube du second mandat de Nicolas Maduro, aucune transition ne semble être à l’ordre du jour. L’opposition juge le président illégitime, tout comme une partie de la communauté internationale. De son côté, le successeur de Chavez accuse cette même opposition de fomenter un coup d’Etat avec l’aide des Etats-Unis. Et au milieu les Vénézuéliens ne voient pas comment leur quotidien pourrait s’améliorer en 2019.

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Crédits : Visactu
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