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A Varzy  dans la Nièvre, la trésorerie publique fermera ses portes à la fin de l'année

Nièvre : des services de l'Etat de plus en plus lointains

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La mobilisation des "gilets jaunes" dénonce injustice sociale et inégalités territoriales. Dans les territoires ruraux, les habitants doivent aller de plus en plus loin pour accéder aux services publics, à commencer par l'éducation et la santé. Reportage dans la Nièvre de Catherine Petillon.

A Varzy  dans la Nièvre, la trésorerie publique fermera ses portes à la fin de l'année
A Varzy dans la Nièvre, la trésorerie publique fermera ses portes à la fin de l'année Crédits : Thierry Zoccolan - AFP

Réclamer le maintien de la présence de l'Etat : pour se faire entendre les maires du département de la Nièvre en Bourgogne ont voté une motion vendredi 7 décembre. Dans ce territoire rural, les habitants doivent aller de plus en plus loin pour accéder aux services publics. Et ce malgré la mobilisation des habitants comme des élus locaux qui luttent contre cet isolement.
Varzy est un village situé à environ 60 km d'Auxerre et 50 km de Nevers. Là-bas, comme dans deux communes voisines, Lormes et Dornes, les trésoreries publiques fermeront leurs portes à la fin de l'année. "Quand on a des questions sur les impôts, ou des factures à payer, comme l'eau, on va à la trésorerie. On en a besoin. Il faudra maintenant faire 16 km", déplore Marie-Christine. Cette habitante de Varzy craint que cette fermeture n'en annonce d'autres. 

16 km, c'est ce qui sépare Varzy de Clamecy, la sous- préfecture voisine. Et c'est là que se trouvera la perception à partir de janvier. A Varzy, cela impliquera moins de proximité pour les habitants, des complications pour le travail de la commune, et la perte de deux emplois, dans un territoire où la moitié des 500 emplois sont publics et parapublics.

Avec les élus de Lormes et Dornes, Gilles Varzy, le maire de Varzy,  conteste la fermeture des trésoreries publiques
Avec les élus de Lormes et Dornes, Gilles Varzy, le maire de Varzy, conteste la fermeture des trésoreries publiques Crédits : CP - Radio France

Gilles Noël, le maire de Varzy, dénonce une logique comptable décidée à Paris : 

Il y a une volonté de centraliser et de faire des économies mais au  final, c'est nous qui allons payer cette différence. Par la qualité de service. Demain nous devrons prendre rendez-vous à Clamecy, y aller en voiture, y consacrer du temps. Alors qu'aujourd'hui les particuliers, mais aussi la commune, les écoles, la maison de retraite ont un interlocuteur unique à proximité.

Sur ce territoire, la métropolisation avance par vague. L'an dernier, c'est l'hôpital de Clamecy qui était visé. Après la fermeture de la maternité puis de la chirurgie, les urgences de nuit étaient menacées. Auxerre est à 60 km. C'est loin, surtout en cas d'AVC ou d'infarctus. Les urgences de nuit ont obtenu un sursis : il reste un médecin de garde et un autre d'astreinte. Il aura fallu la démission de 30 maires du territoire, et la mobilisation de tous les professionnels, dont Alain Marchet, infirmier à l'hôpital. 

Dans les petites villes comme la nôtre on paye des impôts ; et on a le droit d'avoir les mêmes services publics qu'ailleurs. Quand vous n'avez pas ça en retour, vous vous sentez un peu les oubliés. Quand on va à des réunions avec l'Agence régionale de santé, on a vraiment l'impression qu'on est une petite minorité ; qu'on ne compte pas, ne pèse pas. Et ça c'est vraiment difficile.

Sébastien Ciudad habite à Varzy et exerce comme infirmier libéral sur le territoire. Il y voit la mobilisation de tous pour les services publics, dans une lutte devenue aussi indispensable que gourmande en énergie.

A cause de la fermeture des services publics on voit les gens moins venir dans le secteur. Par exemple, on voit des retraités venus s'installer mais qui repartent dans les villes car ils se sentent en insécurité par rapport aux soins. Alors que nos territoires pourraient être très riches. Beaucoup de gens s'engagent, mais à force de devoir se battre contre l'Etat, on finit par dépenser toute son énergie à défendre les services publics, au lieu de pouvoir la consacrer à imaginer de nouveaux projets. 

Ce jour-là à Clamecy, alors que des "gilets jaunes" occupent encore un rond point à l'entrée de la ville, élèves et enseignants se mobilisent contre la réforme du lycée. Dans leur établissement, cela menace plusieurs spécialités : l'histoire de l'art et le numérique.  Ils sont venus en parler avec la maire Claudine Boisorieux. "Si ces spécialités disparaissent, les élèves iront dans d'autres établissements, à Nevers. Ce serait la mort à petit feu du lycée et de Clamecy", s'inquiète Lionel, élève de 1ère. "On remplit des critères d'isolement géographique, on a des populations modestes sur le territoires et on voudrait encore supprimer des options ? C'est pas possible", renchérit la Maire :

Soit les élèves devront renoncer à ces options parce qu'ils n'auront pas les moyens d'aller ailleurs en internat. Soit ils partiront, et on sait qu'ils risquent de ne pas revenir ici. Or nous avons besoin de gens formés. 

Dans ce territoire de la Nièvre, toutes les petites communes essayent de tirer leur épingle du jeu face au mouvement de métropolisation. La question des services publics ne s'y résume pas à un enjeu de dépenses publiques. De leur présence dépendent l'attractivité du territoire et sa capacité à maintenir une activité économique. Autrement dit, à donner aux habitants les moyens d'y vivre.

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