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Des riverains du futur méthaniseur en lutte contre le projet, Corcoué-sur-Logne, Loire Atlantique, mai 2021.

Plus gros méthaniseur de France près de Nantes : un projet contesté

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A Corcoué-sur-Logne, en Loire-Atlantique, un projet de méthaniseur géant regroupe contre lui riverains et municipalité. Les agriculteurs qui participeraient au projet y voient un utile complément de revenu. Les opposants, un dévoiement de la mission première de l'agriculture.

Des riverains du futur méthaniseur en lutte contre le projet, Corcoué-sur-Logne, Loire Atlantique, mai 2021.
Des riverains du futur méthaniseur en lutte contre le projet, Corcoué-sur-Logne, Loire Atlantique, mai 2021. Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Le concept a tout pour plaire : produire, avec le fumier et le lisier des élevages locaux, du gaz "vert" pour alimenter le réseau, moyennant rémunération pour les agriculteurs. Une énergie renouvelable, en circuit court, qui en prime produirait un fertilisant (le digestat) naturel pour les cultures. Un concept qui séduit de plus en plus d'agriculteurs : la filière se développe à toute vitesse. Parfois à l'échelle d'une ou deux exploitations. Et parfois, comme c'est prévu à Corcoué-sur-Logne, à une plus grande échelle. Une aubaine pour les quelque 200 agriculteurs partie prenante du projet. Un réel danger pour les riverains, la municipalité, et d'autres agriculteurs qui pratiquent une agriculture alternative. 

Des nuisances potentielles

Les opposants à la méthanisation de Corcoué sur Logne ont lancé une pétition, mai 2021
Les opposants à la méthanisation de Corcoué sur Logne ont lancé une pétition, mai 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Le projet porté par la coopérative agricole du pays d'Herbauges et la société danoise Nature Energy propose d'implanter un site 3 à 4 fois plus gros que le plus gros méthaniseur qui existe actuellement en France. Il traiterait autour de 500 000 tonnes de déchets agricole (ou bio masse) par an. Principalement du lisier (déjections animales liquides) et du fumier (déjections animales mélangées à la paille). Mais aussi, en moindre quantité, des cultures intermédiaires, dites CIVE (Culture Intermédiaire à Vocation Energétique) qui sont cultivées entre deux rotations de culture pour couvrir les sols et alimenter, donc, les méthaniseurs. 

Le tout sur un site situé en face de l'actuelle coopérative, desservi par des routes communales et départementales qui n'ont pas été prévues pour le trafic routier qui pourrait s'ensuivre. A savoir des dizaines de poids lourds supplémentaires par jour. Une nuisance pour la voirie, mais également une nuisance sonore pour les riverains. Sans compter le risque d'accidents, sur des routes étroite. Un collectif, le CVMC  (Collectif Vigilance Méthanisation Corcoué) s'est donc créé qui regroupe des riverains inquiets des communes avoisinant le site. Après avoir mené un travail d'information, ils ont décidé de s'opposer à un projet qui présente bien trop d'inconnues selon eux. 

D'abord si l'on regarde l'historique des accidents de méthanisation en France on est à 172, dont 3 accidents majeurs riens qu'en mars dernier. Mais il y aura aussi les nuisances dues aux camions, les nuisances olfactives et les risques pour la santé. Sur ce point précis on a trop peu d'information. 

Des opposants qui envisagent de faire appel à une avocat si jamais le projet devait se concrétiser. 

Des enjeux purement financiers ? 

C'est ce que dénonce, en tout cas, le maire de Corcoué-sur-Logne, qui le 10 mai dernier, a voté avec son conseil municipal contre le projet de méthaniseur. Après avoir mené un travail d'information, en faisant notamment venir devant les élus quatre agriculteurs en faveur du projet, puis agriculteurs qui y étaient opposés. 

Claude Naud, maire de Corcoué sur Logne
Claude Naud, maire de Corcoué sur Logne Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Selon Claude Naud, ce type de méga méthaniseur cache sous un discours écologique, des finalités plus triviales : une forte rentabilité, dont les agriculteurs seront in fine les victimes. Car la production de ce gaz "_qui n'est pas plus vert que le gaz nature_l" selon lui, sera revendu à un tarif de rachat garanti sur 15 ans, par l'Etat. La même sécurité tarifaire qui valait à l'époque pour l'énergie photovoltaïque ou éolienne. Les agriculteurs qui feront méthaniser leurs déchets eux seront liés par contrat aux investisseurs. "Qu'arrivera t-il lorsque, pour une raison ou pour une autre, ils ne pourront plus fournir la quantité convenue ?" se demande Claure Naud. 

"C'est une illusion. Il faudra continuer à produire des déjections pour produire toujours plus de gaz. Car l'opération est juteuse : les investisseurs prévoient 22 millions de recettes par an. Une manne. On rappelle par ailleurs que Nature Energy possède son siège dans un paradis fiscal, Dublin. Pour moi l'enjeu est purement financier."

Un complément de revenu pour les agriculteurs

Pour Alban Sauvaget, éleveur laitier et producteur de céréales à Corcoué, la question ne se pose pas en ces termes. Engagé dans le projet, il comprend les réticences de riverains, notamment l'inquiétude sur le passage de nombreux camions qui devront transporter les déchets puis le gaz. Mais il voit lui un double intérêt à ce méga méthaniseur : les risques et la gestion en seront supportés par les investisseurs, tandis que le bénéfice en reviendra en partie à l'agriculteur, qui sera rémunéré sur sa production de déchet...et pourra bénéficier du "digestat", issu du processus de méthanisation, fertilisant naturel pour les cultures. 

Alban Sauvaget, dans son exploitation de Corcoué sur Logne, Loire Atlantique, mai 2021
Alban Sauvaget, dans son exploitation de Corcoué sur Logne, Loire Atlantique, mai 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Sur son exploitation, Alban estime qu'il pourra gagner l'équivalent d'un SMIC annuel supplémentaire, entre la rémunération de sa production de déjections/végétaux, et les dividendes perçus par la coopérative dont il est sociétaire. 

Dans un contexte où nos productions ne nous font plus gagner d'argent et où nos charges augmentent, nos exploitations perdent de la valeur. La méthanisation est un moyen de gagner du revenu supplémentaire, et de donner une nouvelle attractivité à nos fermes, pour ceux qui prendront la suite.   

L'agriculteur approuve également la circularité du processus, et estime que les craintes des opposants sont principalement fondées sur le modèle allemand de la méthanisation. "Les méthaniseurs allemands fonctionnent principalement avec des végétaux, ce qui a conduit à cultiver de plus en plus de maïs par exemple, pour approvisionner directement les méthaniseurs.  Dans le cas de Corcoué, c'est la biomasse animale qui sera le principal combustible, ce qui explique d'ailleurs la taille du méthaniseur, lisier et fumier étant moins méthanogène que les végétaux", explique t-il.

Un modèle agricole contesté

Si pour Alban Sauvaget la méthanisation va permettre à beaucoup d'exploitations de survivre, pour d'autres agriculteurs locaux, elle provoquera leur mort. C'est ce que pense Benjamin Boileau, qui travaille à la ferme de Rublé, tout près de Corcoué. Une ferme de polyculture élevage en agriculture biologique, qui emploie 11 personnes et vend ses productions sur site. "Je ne suis pas contre la méthanisation à l'échelle d'une ou deux fermes, qui permet d'utiliser les déchets non utilisés pour chauffer l'exploitation, ou faire rouler les tracteurs" dit-il. "Mais la méthanisation à grande échelle implique que les bêtes ne soit plus dans les praires, et c'est l'inverse du modèle agricole que je défend."

Benjamin Boileau, agriculteur bio, devant le magasin de sa ferme, Loire Atlantique, mai 2021
Benjamin Boileau, agriculteur bio, devant le magasin de sa ferme, Loire Atlantique, mai 2021 Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

En effet les bêtes qui pâturent la plus grande partie de l'année produisent des déjections qui retournent directement au sol, et qui ont un effet nutritif important. Qui dit production de lisier/fumier en grande quantité, dit aussi élevage en bâtiment, un modèle qui pourrait donc être favorisé par la méthanisation. 

Le but dans un projet comme cela, c'est de produire du fumier. Plus on en fera, plus on aura du revenu. Et pour en produire beaucoup il faut que les bêtes soient dans des bâtiments, donc qu'elles soient nourries plutôt au maïs, qui nécessite du coup l'importation de soja (pour un juste apport en protéines). Bref, c'est l'inverse de l'agriculture écologique qu'on souhaite. 

Quoiqu'il en soit la méthanisation est fortement encouragée par les pouvoirs publics, et par les entreprises comme GRDf. Des objectifs ambitieux ont même été fixés : 10% de biométhane produit en France d'ici 2030. Des pouvoirs publics qui voient donc ce genre de projet d'un bon oeil. Même si sur le méthaniseur de Corcoué en particulier ni le ministre de l'agriculture, ni la ministre de l'écologie ne se sont prononcé précisément. Il faut dire que beaucoup d'élus du département ne sont pas convaincus non plus. 

La décision sur le futur de ce projet  sera rendue d'ici la fin de l'année a priori. Les riverains regroupés dans le collectif n'hésitent pas à menace d'une future ZAD dans le cas où le projet serait validé. "On n'est pas si loin de Notre Dame des Landes" font-ils remarquer, sourire au lèvres. 

Pour aller plus loin : 

Le collectif national Vigilance Méthanisation : https://www.cnvmch.fr/

La méthanisation sur le site de l'ADEME : https://www\.ademe\.fr/expertises/dechets/passer\-a\-laction/valorisation\-organique/methanisation

Un projet retoqué, dans les Côtes d'Armor : https://france3\-regions\.francetvinfo\.fr/bretagne/usines\-de\-methanisation\-une\-fausse\-energie\-verte\-selon\-les\-opposants\-2057305\.html

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