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Chaque nuit, 11 millions de lampadaires et 3,5 millions d'enseignes lumineuses sont allumés.

Pollution lumineuse : les villes rechignent à éteindre la lumière

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est un sujet au cœur de beaucoup de programmes pour la campagne des élections municipales : la pollution lumineuse. Que ce soit de l'éclairage public, des vitrines ou des enseignes, les villes peinent à réduire significativement la pollution lumineuse.

Chaque nuit, 11 millions de lampadaires et 3,5 millions d'enseignes lumineuses sont allumés.
Chaque nuit, 11 millions de lampadaires et 3,5 millions d'enseignes lumineuses sont allumés. Crédits : Christophe Lehenaff - Getty

Anne-Marie Ducroux n'a que quelques pas à faire pour remarquer un éclairage inutile ou mal pensé. Dans un parc parisien, elle pointe les luminaires utilisés, "très blancs, qui ne conviennent pas du tout à la biodiversité, qui sont en plus verticaux donc absolument pas dirigés vers le bas". Même chose pour les commerces, quand elle s'approche d'une agence immobilière : "elle est fermée, mais toute la vitrine est très éclairée, toutes les annonces sont posées sur des surfaces à LED, très blanches et très puissantes". 

La présidente de l'ANPCEN, l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes, milite depuis 20 ans pour retrouver l'obscurité. Chaque soir, "11 millions de lampadaires et 3,5 millions d'enseignes lumineuses s'allument", estime le géographe Samuel Challéat, auteur d’une thèse intitulée Sauver la nuit, Empreinte lumineuse, urbanisme et gouvernance des territoires. Pourtant, l'obscurité est essentielle pour la biodiversité et la santé humaine :  

L'obscurité est une ressource. Dès qu'on va, avec nos usages de lumière artificielle, dégrader l'obscurité, on va altérer une ressource utilisée par le vivant. L'exemple le plus connu d'effet sur les populations animales est celui des insectes. À force de se choquer contre la source lumineuse, les insectes vont finir par mourir et dépérir.      
Samuel Challéat   

Depuis 2013 et une nouvelle réglementation en la matière, certaines communes se sont engagées pour mieux gérer et diminuer l'éclairage public. C'est le cas par exemple de Saumur, ville de 28 000 habitants dans le Maine et Loire, labellisée "ville étoilée" par l'ANPCEN.  Jean-Paul Casin s'occupe de l'éclairage public de la ville depuis 2014, ce qui représente "5 400 points lumineux." La ville a choisi de privilégier l'éclairage LED sur toutes les installations neuves, pour arriver aujourd'hui à environ "10% d'éclairages de ce type". Mais surtout, la ville s'éteint totalement entre 1 heure et 6 heures du matin depuis 2012. Dans certaines rues, la lumière des lampadaires décroît toutes les deux heures avant de s'éteindre totalement ; dans d'autres plus fréquentées, la lumière s'allume grâce à des détecteurs de mouvement. Résultat : une économie de "84 000 euros chaque année" pour la ville selon Jean-Paul Casin. 

La ville de Saumur a installé 10% d'éclairages LED. À gauche, des lampadaires LED, à droite, des lampes au sodium.
La ville de Saumur a installé 10% d'éclairages LED. À gauche, des lampadaires LED, à droite, des lampes au sodium. Crédits : Laura Dulieu - Radio France

Pour autant, les éclairages LED sont de plus en plus critiqués pour leur lumière trop blanche, qui serait encore plus néfaste pour la biodiversité que les lampes au sodium, plus chaudes et orangées. D'où l'importance, selon Anne Marie Ducroux, de se concentrer sur l'extinction pure et simple des éclairages et donc sur l'application de la réglementation, qui ne fait selon elle l'objet d'aucun contrôle. "Il n'y a pas de plan de contrôle, pas de sanctions, donc on n'a ni la valorisation, ni le contrôle et la réglementation." Par ailleurs, la présidente de l'ANPCEN déplore que les acteurs économiques tels que les "fabricants, installateurs, etc, qui sont à l'origine sur suréquipement et du suréclairage" ne soient soumis à aucune règle, contrairement aux collectivités : "la réglementation ne leur fixe aucune contrainte".

Quand les citoyens s'en mêlent

Face à l'absence d'instances de contrôle, ce sont parfois les citoyens qui réagissent. C'est le cas par exemple à Cherbourg, où Estelle, Erwann et Cécile ont décidé d'interpeller les commerçants qui laissent allumées leurs enseignes ou leurs vitrines la nuit. Estelle explique leur démarche : "On y va à une heure du matin, au moment où l'illumination des locaux commerciaux devient illégale. On a deux types de tracts : un premier pour leur dire que leurs locaux sont allumés, pourquoi ce n'est pas bien et pourquoi ils devraient les éteindre ; puis un deuxième qui consiste à remercier ceux qui laissent déjà leur commerce éteint la nuit."

Éteindre la lumière, un geste simple et évident ? Pourtant, l'ANPCEN estime que la quantité de lumière dégagée est en augmentation de 94% depuis 20 ans.

Bibliographie

Sauver la nuit

Sauver la nuitSamuel ChalléatPremier Parallèle, 2019

Intervenants
  • géographe, auteur d’une thèse intitulée « Sauver la nuit, Empreinte lumineuse, urbanisme et gouvernance des territoires ».
L'équipe
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