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 Pascal Lelièvre est engagé depuis 10 ans avec l'association SOS Homophobie

Portraits d'engagés : Pascal Lelièvre, militant contre l'homophobie

4 min
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Cette année, de nombreuses causes sociétales ont animé l'actualité et pour les soutenir, des personnes s'engagent. Toute la semaine, France Culture vous propose leur portrait. Rencontre aujourd'hui avec Pascal Lelièvre, bénévole depuis dix ans à l'association SOS Homophobie.

 Pascal Lelièvre est engagé depuis 10 ans avec l'association SOS Homophobie
Pascal Lelièvre est engagé depuis 10 ans avec l'association SOS Homophobie Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

L'année 2019 a été particulièrement marquée par de nombreuses causes sociétales : les "gilets jaunes" évidemment, mais aussi l'environnement ou la lutte contre les féminicides... Toute la semaine, dans le Reportage de la rédaction, France Culture vous propose le portrait d'une personne engagée pour l'une de ces causes. Aujourd'hui, rencontre avec Pascal Lelièvre qui lutte contre l'homophobie au sein de l'association SOS Homophobie.

Un déclic après des propos homophobes non sanctionnés

Pascal Lelièvre ne s'est engagé que tardivement dans le milieu associatif. "Lorsque j'étais jeune homme, raconte-t-il, l'engagement de personnes LGBT se faisait souvent à travers la lutte contre le Sida et je ne m'étais pas retrouvé dans cet engagement qui ne faisait alors pas écho avec ce que je vivais".

Ce n'est qu'à 45 ans qu'il décide de pousser la porte de SOS Homophobie, qui lui "parlait davantage, sans doute parce que très universel". Et c'est une raison bien particulière qui l'y a conduit. "C'était peu de temps après que le député du Nord de la France Christian Vanneste a été blanchi par la Cour de cassation", se souvient Pascal Lelièvre. Cet ancien député, à l'époque UMP, était connu pour ses sorties fracassantes à l'encontre des personnes LGBT .

"Il avait dit que l'homosexualité était inférieure à l'hétérosexualité, des propos pour lesquels il avait été condamné. Puis en 2008, il a été blanchi par la Cour de cassation. Cela m'avait vraiment indigné ! Si on pouvait encore affirmer ce type de choses, que la société considérait qu'il n'y avait pas de problème... Alors cela signifiait que le regard qu'on portait sur les personnes LGBT avait besoin d'être changé". 

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Des ateliers dans les collèges et lycées

Pour tenter de faire évoluer les mentalités et de déconstruire les stéréotypes, Pascal Lelièvre intervient tous les mois dans des établissements scolaires lors d'ateliers contre l'homophobie organisés par l'association SOS Homophobie. Des rencontres avec les jeunes qu'il estime "enrichissantes" car elles lui permettent "d'être confronté aux repères culturels, la manière de parler, la réflexion" de ces ados.

On est un peu des philosophes de temps en temps ! On parle des relations amoureuses, de l'attirance, du désir, du regard qu'on porte sur l'autre, de la différence. Ce sont quand même des sujets formidables. On ne parle pas seulement des agressions homophobes pendant ces rencontres, on parle aussi de ce qui est souvent au cœur des vies d'adultes : qui on aime, comment est-ce-qu'on aime, ce que veut dire aimer quelqu'un.          
Pascal Lelièvre, bénévole à SOS Homophobie

Ces ateliers se révèlent être aussi enrichissants d'un point de vue personnel. Car le bénévole réalise après quelques années d'intervention auprès des jeunes, que son regard a changé par rapport à son propre vécu. "Je me suis rendu compte que j'avais minimisé des agressions verbales ou physiques que j'avais vécues pendant une grande partie de ma vie. Cela m'a permis de mettre des mots là-dessus et de me rendre compte qu'au collège, je n'avais pas parlé à mes parents, je n'en parlais pas à mes amis mais j'en avais sacrément bavé", se rappelle Pascal Lelièvre.

Ces interventions lui ont aussi permis de se sentir plus concerné par la question du sexisme ordinaire. "Quand on est un homme (gay, hétérosexuel ou bi), on a d’abord été élevé comme un homme, avec des habitudes de domination masculine qu’on ne voit même plus ! C’est quelque chose dont j’ai pris conscience au fur et à mesure de mon engagement", constate-t-il. Tout comme la question de la transidentité, sur laquelle il admet avoir "balayé des stéréotypes et des clichés devant sa porte". 

Une année difficile pour les personnes LGBT

Malgré le travail que font les associations, Pascal Lelièvre estime que les préjugés demeurent aujourd'hui sur la question de l'homosexualité, "il y a toujours des personnes qui pensent qu'on choisit d'être homosexuel". Mais il constate une évolutions quant à la capacité des personnes LGBT à "s'affirmer, à être fières" et sur les connaissances qu'ont les jeunes des questions d'identité de genre. 

L'année 2019 n'en reste pas moins une année qui aura été "difficile" pour les LGBT . 

Il y a eu le focus sur les agressions dont ont été victimes les personnes LGBT, notamment les femmes, les lesbiennes, les personnes trans. Cela a été quelque chose de fort et qui a provoqué une sorte d'inquiétude. Mais cela a permis de lever un voile sur un sujet qui est souvent tabou. La montée des agressions que l'on observe est sans doute aussi le signe que les gens se révoltent, qu'ils protestent, portent plainte et que ce n'est plus honteux d'avoir été agressé parce qu'on est désigné comme une personne LGBT.        
Pascal Lelièvre, bénévole à SOS Homophobie

Le débat sur la PMA, les insultes homophobes dans les stades de football ou l'utilisation de ces insultes lors de manifestations pour dénigrer ses adversaires auront aussi pesé pour beaucoup. Petite éclaircie tout de même que pointe Pascal Lelièvre avec une certaine "prise de conscience" par la population que "ce type de propos qui participe à une banalisation de l'homophobie et du sexisme ordinaire n'est plus acceptable". 

Sur l'utilité de son action, Pascal Lelièvre la compare volontiers à celle des suffragettes et de leur combat pour le droit de vote des femmes au XIXe siècle : "On sème des graines mais on ne verra peut-être pas l'arbre pousser". Il espère tout de même pour l'année à venir que de nouveaux engagements seront pris pour la lutte contre l'homophobie, en particulier par le ministère de l'Éducation nationale.

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