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Depuis le 17 novembre 2018, Michel vient chaque semaine au "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais, au niveau du rond-point d'Allonne.

Portraits d'engagés : Michel Audidier, "gilet jaune" depuis un an

4 min
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Cette année, de nombreuses causes sociétales ont animé l'actualité et pour les soutenir, des personnes s'engagent. Toute la semaine, France Culture vous propose leur portrait. Rencontre aujourd'hui avec Michel Audidier, "gilet jaune" depuis un an.

Depuis le 17 novembre 2018, Michel vient chaque semaine au "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais, au niveau du rond-point d'Allonne.
Depuis le 17 novembre 2018, Michel vient chaque semaine au "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais, au niveau du rond-point d'Allonne. Crédits : Laura Dulieu - Radio France

2019 a été particulièrement marqué par de nombreuses causes sociétales : les "gilets jaunes" évidemment, mais aussi l'environnement ou la lutte contre les féminicides... Toute la semaine, dans le reportage de la rédaction, France Culture vous propose le portrait d'une personne engagée pour l'une de ces causes. Aujourd'hui, rencontre avec Michel Audidier, qui a rejoint le mouvement des "gilets jaunes" il y a treize mois.

Les klaxons sont toujours très nourris au bord de la D1001, juste à côté du rond-point d'Allonne, au sud de Beauvais dans l'Oise. Ce petit terrain en bord de route est depuis un an le "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais. Ils sont quelques-uns, environ une dizaine, à s'y retrouver chaque semaine. Parmi eux, Michel Audidier, 63 ans. Michel est un ancien cadre commercial, désormais retraité : "J'ai commencé à travaillé très tôt, dès 16 ans, et mon travail m'imposait de très longues journées, six jours sur sept". 

"Je n'étais pas convaincu que treize mois après je serai encore dehors"

Avant le 17 novembre 2018, Michel Audidier n'avait aucun engagement politique particulier. Pourtant, ce jour là, il décide de répondre à l'appel de Priscillia Ludosky contre la hausse du prix des carburants. De son propre aveu, il n'imaginait pas s'embarquer dans un tel engagement : "la première fois que je suis descendu, je n'étais pas du tout convaincu que treize mois après, je serai encore dehors". Pourtant, le mouvement prend de l'ampleur et Michel n'en sortira plus. 

Ce qui m'a convaincu, c'est que d'un seul coup on s'est retrouvé avec des milliers de personnes. On a discuté. C'est assez bizarre : c'est quelque chose, en vérité, que tout le monde palpe un petit peu, en disant "oui je sais, il y a de la misère, on le sait". Mais on n'était pas au milieu de ces gens-là. Le fait d'y être vraiment, ce n'est pas la même chose que de le voir à la télé. Soit vous détournez votre chemin et vous partez, soit vous y allez et vous aidez.

Michel Audidier y est allé. Depuis un an, il anime le mouvement des "gilets jaunes" de Beauvais. Deux permanences par semaine ont été mises en place, Michel Audidier participe aux réunions des partis politiques et des syndicats de tous bords. Lui qui se définit comme "plutôt à gauche" veut écouter tout le monde : "les gens de droite ne disent pas que des conneries". C'est ce qu'il retiendra du mouvement : sa diversité.

Plusieurs personnes se retrouvent chaque semaine au "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais, près du rond-point d'Allonne.
Plusieurs personnes se retrouvent chaque semaine au "QG" des "gilets jaunes" de Beauvais, près du rond-point d'Allonne. Crédits : Laura Dulieu - Radio France

Humainement, c'est quelque chose d'assez fantastique. J'ai vu des gens exceptionnels, des gens ouverts, qui s'ils n'ont pas forcément fait de grandes études ont un cœur gros comme une maison, qui ont passé leur vie à travailler. En une année, on a pris dix années de leçon de vie.

Une vie privée entre parenthèse

Parmi les sacrifices inévitables à un tel engagement, il y a forcément la vie privée. Celle de Michel Audidier, marié, père et grand-père, n'a pas été épargnée. "Je suis de moins en moins à la maison", reconnaît-il, tout en saluant la "patience" de son épouse qui le soutient sans retenue.

Dans le quotidien, c'est un énorme bouleversement. Moi, l'équilibre, je l'avais : j'ai travaillé toute ma vie, j'étais arrivé à un repos bien mérité. J'étais heureux avec ma famille. Cela a tout bouleversé. Mais je ne peux plus en sortir, parce qu'il est interdit, humainement, d'abandonner. Ma vie doit s'organiser comme cela maintenant.

Michel Audidier reconnaît que le mouvement des "gilets jaunes" a évolué en un an. Selon lui, l'enjeu est désormais de se consolider en tant que contre-pouvoir : "on ne veut pas gouverner le pays. Le contre-pouvoir, c'est d'avoir le pouvoir d'être contre ceux qui l'ont mais qui l'utilisent mal". 

Pour cela, Michel Audidier met un point d'honneur à continuer de rendre visible le mouvement. D'où la nécessité de continuer à occuper le bord de la route : "il faut que les gens voient les "gilets jaunes", ils sont le symbole de la révolte qu'il y a en France et qui ne peut pas s'éteindre." Les automobilistes peuvent donc encore apercevoir quelques "gilets jaunes" et un sapin décoré près du rond-point d'Allonne. Cette année, comme celle passée, Noël est fêté au "QG". 

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