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Vue générale de Lisbonne et son pont routier

Portugal : miracle ou mirage économique ?

4 min
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Depuis 2015, le pays est dirigé par un gouvernement de gauche qui a mis un frein au programme d'austérité pour sortir de la tutelle de la Troika. L'économie se redresse grâce aux exportations et au tourisme. Mais peut-on pour autant parler de miracle économique comme le clament certains ?

Vue générale de Lisbonne et son pont routier
Vue générale de Lisbonne et son pont routier Crédits : Stéphane Milhomme - Radio France

A Lisbonne, dans les ruelles d’Alfama, le cœur historique de la ville, tout le monde connaît Maria de Lourdes Pinheiro, Présidente de l'association du patrimoine et des habitants d’Alfama, elle lutte contre les excès liés au tourisme : "Regardez par exemple dans cette rue. Avant, c'était une rue très vivante, il y avait des familles, il y avait plein de petits commerces, une boulangerie, une épicerie. Regardez aujourd'hui, c'est vide. Tout est fermé. Il n'y a plus rien que des meublés pour touristes et des restaurants pour touristes." Le secteur du tourisme a été dopé par les investissements étrangers encouragés par une libéralisation des conditions d’immigration pour les non européens qui peuvent bénéficier du programme des visas dorés depuis 2012 et une série d’avantages fiscaux qui bénéficie aussi aux Européens via le statut de résidents non habituels favorable aux entreprises comme aux particuliers retraités notamment. Et si quelques dizaines de start-up se sont déjà bien installées à Lisbonne créant une certaine dynamique dans le monde de l'économie numérique, les investissements privés se sont majoritairement dirigés vers l'immobilier. Tout cela créé de la spéculation immobilière comme le regrette Jean-Paul Batalha de l'Association Transparency Portugal "plus de 90% des visas dorés ont été délivrés sur des projets immobiliers et ce n'est pas ce qui rend une économie solide. L'effet le plus visible sur l'économie est la flambée des prix des logements dans toutes les villes du Portugal. Le prix des maisons est devenu inaccessible pour le famille normale de classe moyenne portugaise ce qui l'oblige à vivre en périphérie et la rend plus pauvre tant le loyer pèse sur son budget."

Le tissu industriel en recomposition

La crise a toutefois permis à des entrepreneurs portugais de profiter d’opportunités pour monter en gamme ce que l’industrie portugaise avait négligé de faire avant la crise. Otilia Santos et son mari qui étaient producteurs de laine ont en 2011 perdu leurs clients, les filatures faisant faillite et les usines fermant les unes après les autres. Pour sauver leur commerce, ils ont décidé de racheter des machines à tisser promises à la casse pour se lancer dans la production textile. Dans le petit village de Mira de Aire, à une heure de Lisbonne, le couple Santos a crée sa propre marque Chicoraçao et ouvert plusieurs boutiques dans la capitale. L'entreprise emploie aujourd'hui 50 salariés et exporte de la laine en Chine. Design soigné, couleurs étudiées, les vêtements ou produits destinés à l'ameublement haut de gamme leur a permis d'exporter dans des boutiques en France et aux États-Unis mais l'argent manque pour investir plus.  

Au Portugal, le Plan d'Investissement pour l'Europe dit « plan Juncker » doit aider les PME portugaises à bénéficier d'un meilleur accès au financement car l’investissement public est défaillant en raison d’un endettement de 130 % du PIB hérité pour une bonne part des dettes bancaires. Difficile donc pour le gouvernement de faire des investissements à long terme : universités, pourtant réputées de qualité et hôpitaux sont au bord de la faillite. Les programmes européens pour la compétitivité et l'innovation devraient générer 900 millions d'euros d'investissements supplémentaires pour les entreprises du pays, mais ces aides peinent à arriver jusqu'au PME dû à la complexité des procédures de demande et les conditions qui entourent leur attribution. Le phénomène de la captation des financements européens par les grands groupes au plus haut niveau de l’Etat portugais très centralisé est aussi dénoncé par Transparency international.

Faire revenir la jeunesse au pays

Autre problème  : l’effondrement démographique et l’exil de la jeunesse surtout qualifiée qui pèse sur le développement d’entreprises. Le Portugal perd ainsi 25 000 habitants par an sur 10 millions environ. Par exemple, Otilia Santos a ainsi remobilisé tous les anciens du village qui détiennent les savoirs faire mais elle peine à recruter et former des jeunes pour son nouveau lavoir à laine, ou encore l’atelier de production des pièces de rechange qu’elle met en place faute de pouvoir compter sur les fournisseurs des machines très anciennes. Côté rémunérations, même si le gouvernement actuel a relevé le salaire minimum à 600 euros et même si les fonctionnaires vont connaître leur première augmentation depuis 2009, les bons chiffres du chômage redescendus à 7% (aussi en raison de la démographie) cachent encore une grande précarité de l'emploi et un niveau de vie plutôt bas. La moitié des embauches se ferait en contrat à durée déterminée selon l’association des travailleurs précaires. Alors en forme de bilan résumé par Rui Tavarès ancien eurodéputé de la gauche indépendante, fondateur du parti "libre" qui adhère au mouvement du printemps européen, on ne peut pas parler de miracle économique, juste "on respire un peu mieux". Selon lui, 3 questions majeures manquent cruellement dans le débat public portugais : l'Europe, l'écologie et une véritable réforme de l'enseignement secondaire et de la formation en général, il souhaiterait voir émerger une stratégie pour les 10 ans à venir pour la nouvelle génération.

2019, année d’élections 

Cette année sera charnière pour la politique portugaise car 2019 sera marquée par deux élections importantes. Les élections européennes et les élections législatives, qui se dérouleront en octobre. La grogne sociale qui monte depuis plusieurs mois chez les infirmières et dans les hôpitaux pourrait avoir raison du gouvernement de gauche en place. Gouvernement qui a annoncé 4 milliards d'euros pour le financement de nouveaux centres médicaux et le recrutement de 1000 nouveaux fonctionnaires en 2019.   

Pour encourager les forces vives à rentrer au pays , le gouvernement a mis en place une mesure d'allègement fiscal. Les personnes ayant émigré entre 2011 et 2015 et  qui rentreront au Portugal entre 2019 et 2020 ne paieront que la moitié de l´impôt sur le revenu.

Crédits : Visactu
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