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La dernière banque de Ladon (Loiret) a définitivement fermé ses volets en 2018, mais la mairie a réussi à garder le distributeur de billets.

Près de Montargis, les habitants des déserts bancaires s'adaptent à marche forcée

4 min
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En dix ans, le nombre d'agences bancaires a baissé de 9 % en France, selon Infostat Marketing. Conséquences : 650 communes ont perdues toutes leurs banques sur cette même période, créant des "déserts bancaires". Près de Montargis, dans le Loiret, les habitants sont forcés de s'adapter.

La dernière banque de Ladon (Loiret) a définitivement fermé ses volets en 2018, mais la mairie a réussi à garder le distributeur de billets.
La dernière banque de Ladon (Loiret) a définitivement fermé ses volets en 2018, mais la mairie a réussi à garder le distributeur de billets. Crédits : Théo SIRE - Radio France

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’amplifie depuis dix ans. Entre 2010 et 2020, le nombre d'agences bancaires a baissé de 9 %. Soit 3 700 établissements en moins, en majorité dans le Grand-Est et les Pays-de-la-Loire, selon une étude Infostat Marketing pour Moneyvox. La France compte aujourd’hui près de 32 000 guichets.

Les raisons de cette baisse sont multiples : baisse des taux d’intérêts, concurrence croissante des banques en ligne, et surtout baisse de la fréquentation de ces agences bancaires… Les banques cherchent à réduire les coûts en supprimant les agences les moins rentables.

650 communes ont donc vu toutes leurs banques fermées, en dix ans. Si tous les départements français sauf deux sont touchés, ces fermetures sont parfois concentrées dans les mêmes régions et départements, créant de véritables "déserts bancaires". Déposer un chèque ou gérer son épargne oblige alors à faire 10 minutes de voiture aller-retour.

Les traces de l’ancienne poste et Banque postale de Corquilleroy sont encore visibles sur la façade du bâtiment.
Les traces de l’ancienne poste et Banque postale de Corquilleroy sont encore visibles sur la façade du bâtiment. Crédits : Théo SIRE - Radio France

De l’entraide et des alternatives

C’est notamment le cas dans le Loiret, département le plus touché par ce phénomène dans la région Centre-Val de Loire, avec une agence pour 1 775 habitants. En dix ans, 55 agences bancaires ont fermé. Parmi ces fermetures, il y a celle de la Banque postale de Corquilleroy, en 2010.

Cette petite commune de 2 800 habitants au nord de Montargis n’a pas de distributeur de billets non plus. Mais une décennie sans services bancaires de proximité a forcé les habitants à s’adapter. Comme Christiane, 74 ans, de passage à Corquilleroy où elle était directrice d'école pendant quarante ans. Elle habite dans le village voisin de Girolle, mais la disparition de la banque ne l’a jamais dérangée.

On est bien obligé de s’adapter, et on s’adapte très bien. Pour retirer du liquide, on a un distributeur à Cepoy, à 3-4 kilomètres, donc ce n’est quand même pas loin du tout. On se débrouille pour avoir un petit peu de liquide à la maison, mais on a peut toujours compter sur la solidarité des voisins. Il y a toujours quelqu’un qui se propose de nous ramener de l’argent, si on lui prête notre carte. 

Christiane, 74 ans, devant le bar-restaurant de Corquilleroy.
Christiane, 74 ans, devant le bar-restaurant de Corquilleroy. Crédits : Théo SIRE - Radio France

Surtout, Christiane estime qu’on peut facilement éviter de se rendre dans une banque physique.

Maintenant, on a Internet, donc moi je fais mes virements en ligne. J’ai des grands petits-enfants qui réclament quelque fois un coup de pouce financier, donc je leur fais des virements en ligne et tout se passe bien. 

Comme elle, de nombreux habitants de Corquilleroy vivent très bien sans banques, misant sur la carte bleue et les services accessibles sur le site web de leur banque. Mais cette dernière alternative exclut une partie des personnes âgées : selon l’Insee, 53 % des séniors de plus de 75 ans n’ont pas Internet à leur domicile.

Les commerces dépendent quand même des banques

La carte bleue ne fait pas non plus office de panacée. A quatre kilomètres au sud de Corquilleroy, toujours dans la campagne montargoise, la ville de Pannes et ses 3 700 habitants n’ont jamais connu d’agence bancaire. La mairie avait bien promis un distributeur cette année, à l’occasion du projet de regroupement des commerces, "mais les banques ne veulent pas parce que ça coûte trop cher", explique Jessica Bourgoin, patronne du bar-tabac-presse La Renaissance. 

La jeune femme regrette l’absence d’un automate, qui a des conséquences directes sur son commerce :

Un commerce sans TPE [terminal de paiement électronique], c’est pas la peine : la plupart des gens payent par carte bleue. Mais il suffit que le TPE ne marche pas, forcément on rate une vente parce que les gens vont ailleurs pour trouver un distributeur, ou un autre commerce qui a un TPE qui marche. Donc heureusement que ça n’arrive pas tout le temps. Par contre quand il y a des brocantes on n’en a pas du tout, donc on manque d’un distributeur.

Jessica Bourgoin gère le bar-tabac-presse La Renaissance, à Pannes, depuis cinq ans.
Jessica Bourgoin gère le bar-tabac-presse La Renaissance, à Pannes, depuis cinq ans. Crédits : Théo SIRE - Radio France

Même lorsqu’il y a un distributeur, ça ne suffit pas toujours pour gérer un commerce au quotidien. C’est le cas pour la commune de Ladon, 1 300 habitants, à un quart d’heure de route à l’Est de Pannes. La ville n’a plus aucune agence bancaire, depuis 2018. Le Crédit agricole est définitivement parti, mais la Caisse d’épargne a laissé son distributeur sur place.

Pourtant, la fermeture des guichets oblige quand même la pharmacienne Stéphanie Denaes à s’organiser différemment. La banque la plus proche est à dix minutes en voiture, à Bellegarde.

Il faut pouvoir se déplacer à la banque pour aller chercher de la monnaie. Auparavant ça nous prenait très peu de temps, mais maintenant il faut anticiper, et il faut prendre plus de monnaie d’un seul coup qu’avant quoi. J’ai un petit coffre avec une clé qui me permet d’y aller hors des horaires d’ouverture. Le service est quand même là, mais je ne croise plus personne puisque j’y vais quand c’est fermé, et puis c’est un déplacement supplémentaire. C’est beaucoup plus de contraintes.

Stéphanie Denaes est pharmacienne à Ladon, depuis 13 ans.
Stéphanie Denaes est pharmacienne à Ladon, depuis 13 ans. Crédits : Théo SIRE - Radio France

Un départ perçu comme un abandon

Au-delà du simple échange d’argent, la présence d’un guichet de banque physique permet aussi d’offrir plus de services qu’un simple automate. Et le contact humain facilite parfois les échanges. C’est ce qui énerve Evelyne, 70 ans. Elle se balade avec sa petite-fille dans les rues désertes de Ladon. Elle peste contre le départ des banques, qui abandonnent une partie des habitants selon elle.

Ils auraient pu en laisse une ! Maintenant faut se débrouiller pour aller à Bellegarde. Même si ça ne prend que dix minutes, tout le monde n’a pas de voiture. Ils ne pensent pas aux personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. Moi ma sœur peut m’emmener et je suis retraitée, mais certaines personnes se retrouvent obligées à prendre des rendez-vous le samedi ou de prendre leur journée ! 

Le dernier distributeur de Ladon, depuis 2018, après le départ de l'agence de la Caisse d'épargne et du Crédit agricole.
Le dernier distributeur de Ladon, depuis 2018, après le départ de l'agence de la Caisse d'épargne et du Crédit agricole. Crédits : Théo SIRE - Radio France

Surtout, Evelyne a vécu toute sa vie à Ladon, alors elle regrette de voir partir un énième service de proximité. "Tout s’en va ! Il n’y a plus de poste, il n’y a plus rien du tout. Ce n’est pas logique tout ça, on est en train de détruire tous les petits villages !" Un avis partagé par Stéphanie Denaes : "Le phénomène de désertification du village s’intensifie. Il y a eu la banque, il n'y a plus de médecin… c’est le début de la mort du village."

Un ressenti qui se confirme, à l'échelle nationale : selon une étude de l'Insee, publiée en 2010, plus de la moitié des communes rurales métropolitaines ne possèdent aucun commerce du quotidien. Au-delà des déserts bancaires, la fuite des agences participe à un phénomène plus large : la disparition des services de proximité au profit des villes moyennes et des métropoles.

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