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L'affiche avec des photos de martyrs de Kobané, janvier 2020.

Syrie : quel avenir pour Kobané ?

4 min
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Le retrait surprise des forces américaines du nord de la Syrie, en octobre dernier, a permis à l’armée turque de prendre le contrôle d’une large bande de territoire dans une région à majorité kurde. La ville de Kobané est devenue une enclave sous protection de l’armée syrienne.

L'affiche avec des photos de martyrs de Kobané, janvier 2020.
L'affiche avec des photos de martyrs de Kobané, janvier 2020. Crédits : Valérie Crova - Radio France

La ville de Kobané, capitale de la résistance kurde face à l’organisation Etat islamique, est devenue une enclave, placée sous protection de l’armée syrienne. Mais les habitants de Kobané redoutent aujourd'hui une invasion de la Turquie, au moment où la tension est montée d'un cran entre les forces d'Ankara et Damas.

Notre envoyée spéciale, Valérie Crova, a pu se rendre à Kobané, avec l'autorisation des autorités syriennes.

Une présence syrienne discrète

A l'entrée de Kobané se dresse une imposante statue blanche. Elle représente une femme, deux ailes d'ange dans le dos, bras levés vers le ciel. "C'est la place de la femme libre. La statue, c'est pour les femmes kurdes qui se sont battues contre Daech.", explique un habitant.

La place de la femme libre. La statue représente les femmes kurdes qui se sont battues contre Daech.
La place de la femme libre. La statue représente les femmes kurdes qui se sont battues contre Daech. Crédits : Valérie Crova - Radio France

Deux tanks ont été disposés autour de la statue. Fadhel, membre des Forces démocratiques syriennes emmenées par les Kurdes, nous explique qu'ils ont été utilisés par l'organisation État islamique pour attaquer Kobané fin 2014. Et c'est une combattante kurde, Arin Mirkan, qui s'est sacrifiée pour arrêter l'avancée des blindés de Daech. La statue de la femme libre lui est dédiée. 

Sur un bâtiment, à l'autre bout de la ville, flotte le drapeau de la République arabe syrienne. La présence de l'armée de Bachar el-Assad est discrète. Nous demandons à un jeune Kurde croisé dans le centre de Kobané ce qu'il pense de cette présence :

C'est une très bonne chose que l'armée syrienne soit à Kobané, mais juste dans certains points de la ville, pas dans toute la ville. C'est surtout pour protéger notre frontière, ne pas subir d'attaques turques. La présence de l'armée syrienne, c'est bien pour ça. 

Une sorte de "modus vivendi" avec le régime syrien

Quand la Turquie a lancé son offensive, le 9 octobre dernier dans le nord de la Syrie, les Kurdes - qui avaient établi une administration autonome à la faveur du conflit syrien - ont demandé l'aide de Damas. Ils n'avaient pas d'autre choix. Aujourd'hui, les autorités locales tentent de trouver un "modus vivendi" avec le régime syrien.

Drapeau de la République Arabe Syrienne sur un bâtiment de Kobané où sont positionnées des troupes syriennes.
Drapeau de la République Arabe Syrienne sur un bâtiment de Kobané où sont positionnées des troupes syriennes. Crédits : Valérie Crova - Radio France

Nous avons rendez-vous avec Rania Mohammad, là où siège l'administration civile de Kobané :

Ici, à Kobané, nous sommes sur une partie du territoire syrien et on ne veut pas se couper du régime syrien. Mais on veut aussi des droits et une région administrative autonome, là où nous nous trouvons. Pour ce qui est de la protection de la frontière, elle est assurée collectivement avec le régime. On a passé un accord pour que les forces démocratiques syriennes soit juste derrière l'armée syrienne qui est à la frontière. 

L'Armée syrienne est positionnée tous les dix kilomètres, le long de la frontière turque. Mais aucun accord politique n'a pour l'heure été passé avec Damas. 

Crédits : Visactu

Des tunnels pour se protéger

Convaincue qu'une guerre peut éclater à tout moment avec la Turquie, la population de Kobané perce des tunnels. Partout dans la ville, des marteaux piqueurs creusent dans la roche des galeries souterraines.

La population de Kobané perce des tunnels dans la ville par crainte d'une attaque turque
La population de Kobané perce des tunnels dans la ville par crainte d'une attaque turque Crédits : Valérie Crova - Radio France

Autour de Kobané, il n'y a pas de montagnes pour se réfugier en cas d'offensive. Un habitant confie :

Ces travaux, c'est pour notre sécurité au cas où il y aurait des attaques. On se protège des frappes aériennes. On pourra se mettre à l'abri à l'intérieur, mais nous, on ne partira pas d'ici. 

Une galerie a même été creusée devant le cimetière des Martyrs, où sont enterrés 2 000 combattants, hommes et femmes morts pour défendre la ville.

Dans une chanson, une combattante kurde parle de la résistance de son peuple et de l'exode dû à la guerre contre Daech. Que va devenir Kobané alors que le territoire du Rojava fait l'objet de tractations entre Moscou, allié du régime syrien, et Ankara ? La Turquie a déjà récupéré les villes d'Afrine, de Ras al-Aïn et de Tall Abyad, jetant sur les routes des dizaines de milliers de civils kurdes. Les habitants de Kobané, eux, n'abandonneront pas leur ville qu'ils ont si chèrement reconquise et sont prêts à de nouveaux sacrifices. 

Le cimetière de Kobané
Le cimetière de Kobané Crédits : Valérie Crova - Radio France
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