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L'assurance retraite se vit de plus en plus en ligne, comme l'illustre cette photo d'un couple de retraités.

Réforme des retraites : l'information au grand public fait sa révolution

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Le groupement d'intérêt public Union Retraite représente les 35 régimes obligatoires de retraite. Ses salariés sont en charge du droit à l'information sur les retraites et ils développent le simulateur officiel des citoyens français.

L'assurance retraite se vit de plus en plus en ligne, comme l'illustre cette photo d'un couple de retraités.
L'assurance retraite se vit de plus en plus en ligne, comme l'illustre cette photo d'un couple de retraités. Crédits : Gary Burchell - Getty

Créé par la loi de réforme des retraites du 20 janvier 2014, le Gip Union Retraite est un groupement d'intérêt public avec lequel tous les actifs et les retraités sont en lien. Installé dans le 12e arrondissement de Paris, il regroupe en effet la totalité des organismes qui assurent la gestion des régimes de retraite obligatoires. Mais surtout, en cette période de grande anxiété sur le montant des futures pensions, ses trente salariés sont en charge du droit à l'information sur les retraites. Le gouvernement a ainsi commandé à la structure un outil de pédagogie à la réforme des retraites. Cet outil sera transitoire avant la grande transformation qui s'annonce au sein du simulateur actuel du nom de M@rel. 

Le simulateur M@rel, un outil déjà consulté par 4 millions de Français

Le Gip Union Retraite qui coordonne les 35 régimes obligatoires par répartition est en charge de trois sujets essentiels aux retraites des Français. Le groupement d'intérêt public envoie tous les 5 ans à chacun d'entre eux à partir de 35 ans un relevé de situation individuelle (RIS) et à partir de 55 ans une estimation indicative globale sur laquelle figurent une synthèse des droits acquis et une estimation des pensions. De plus, depuis une dizaine d'années, un outil de simulation est fabriqué par une quinzaine de développeurs. Depuis 2017, la plateforme M@rel permet ainsi de simuler son âge de départ à la retraite et la somme touchée en fonction de cette date grâce aux chiffres constatés sur le relevé de situation individuelle. Le simulateur permet également d'intégrer différentes modalités de départ en retraite selon que l'assuré opte pour une retraite progressive ou un cumul emploi-retraite. 4 millions de simulations ont ainsi été demandées par les Français en 2019. "Nous couvrons 96% de la population qui part à la retraite" se félicite Stéphane Bonnet, le directeur du Gip Union Retraite. "C'est le seul outil en France qui couvre autant de personnes". 

Le site "suis-je concernée par la réforme", une transition avant une version implémentée de M@rel

C'est donc tout naturellement au Gip Union Retraite que le gouvernement a passé commande de son outil de sensibilisation à la retraite par point, début décembre, un peu en urgence. Même si le principe avait été acté à l'été dernier, se souvient Stéphane Bonnet : 

Dans l'activité privée, vous avez aujourd'hui une capacité qui vous est présentée en terme de simulation sans commune mesure avec ce qui se faisait il y a encore cinq ou dix ans donc l'attente sociale était beaucoup plus forte à l'occasion de cette réforme.

Pour autant, l'outil actuellement développé "suis-je concernée par la réforme" par deux des développeurs du Gip Union Retraite n'est pas un simulateur de situation individuelle.  "C'est un simulateur collectif qui intégrera environ deux cent cas types" précise Stéphane Bonnet, dont les équipes sont en train de terminer le design de cette plateforme transitoire. 

La communication du ministre des retraites reste assez flou sur les possibilités de l'outil transitoire car il faudra réellement attendre le vote de la réforme pour traduire en langage informatique dans M@rel les règles législatives de la retraite par points. Philippe Retailleau en aura la charge. "Il y aura un défi de paramétrage pour les personnes qui vont dépendre des deux systèmes, explique-t-il. Notre problème sera de déterminer quels seront les proratas avec les règles qui nous seront donnés" précise le directeur adjoint du Gip Union Retraite.

Stéphane Bonnet (à droite) directeur du GIP Union Retraite travaille à améliorer l'univers numérique pour faciliter la liquidation des droits à la retraite avec son adjoint Philippe Retailleau.
Stéphane Bonnet (à droite) directeur du GIP Union Retraite travaille à améliorer l'univers numérique pour faciliter la liquidation des droits à la retraite avec son adjoint Philippe Retailleau. Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France

Les bases des 35 régimes de retraite obligatoires vont bientôt fusionner dans un méga fichier de plusieurs milliards de données

Dans l'immeuble du Gip Union Retraite se joue également une révolution de la donnée. Ces prochains mois vont fusionner toutes les bases carrière des régimes existants dans un méga fichier de 4,5 milliards de données. Le décret qui instaure ce répertoire dit de gestion des carrières uniques (RGCU) a été publié au Journal Officiel le 3 mars 2018 et il prévoit la migration de toutes les données dans ce fichier d'ici à 2022. Selon Stéphane Bonnet, le directeur du Gip Union Retraite, ce fichier va considérablement augmenter le niveau de service :  

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Stéphane Bonnet : "A moyen terme avec le répertoire unique, vous pourrez faire des liquidations uniques de pension"

Ce répertoire dit de gestion des carrières uniques n'est pas sans poser question pour Clément Mabi. Il est maître de conférence en Science de l’information et de la communication à l’UTC de Compiègne, spécialiste des usages politiques du numérique. "Globalement, il y a une reconfiguration des politiques publiques. L'administration impose un cadrage, une définition des problèmes publics par une maîtrise du chiffre et de la donnée rendant ainsi imparable l'argumentation et la communication des gouvernements. La centralisation des données rend à priori l'analyse des données plus efficaces. Mais cette analyse est liée au niveau de confiance qu'on donne à ceux qui vont les traiter, ce qui n'est pas sans poser questions dans nos sociétés actuelles marquées par la défiance. Puis il s'interroge : Quels acteurs allons-nous mobiliser pour les traiter ? Est-ce qu'on va en partie permettre à des acteurs privés dans des logiques open data de s'en emparer" ?

Des demandes privées pour avoir un accès plus direct aux données

Les cabinets en conseil privés peu développés en France (ils seraient à peine une vingtaine selon le Gip Union Retraite) ainsi que les secteurs des banques et des assurances ont besoin des données du Gip Union Retraite pour développer leurs activités. Ils utilisent notamment le relevé de situation individuelle, ce document délivré gratuitement et qui contient toutes les informations de carrière de l'assuré. Valérie Batigne, la fondatrice et dirigeante de Sapiendo Retraite, demande un accès plus direct à ce fichier émis en format PDF :

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Valérie Batigne explique pourquoi la portabilité des données est insuffisante

Le Gip Union Retraite estime toutefois qu'il n'y a pas de pressions, que ces sociétés privées sont bien identifiées. Pour Philippe Retailleau, le directeur adjoint de la structure, il n'est pas question d'aller plus loin dans la portabilité des données personnelles, "tout simplement parce que la composition technique d'un RIS est faite de dizaines de milliers d'informations et qu'il n'y a pas de besoins suffisamment caractérisés pour justifier à ce stade de faire remonter ces demandes aux donneurs d'ordre à savoir les 35 régimes de retraite obligatoires."

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