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En Alsace, les entreprises du groupe Velcorex reconstituent un filière textile 100% française autour du lin

Relocalisations : les débuts d'une filière textile française autour du lin

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La France est le premier producteur mondial de lin, une fibre écologique et aux usages multiples. Mais 80% part en Chine pour être filé. Depuis dix ans, en Alsace, le groupe Velcorex s'efforce de recréer une filière textile 100 % française autour du lin.

En Alsace, les entreprises du groupe Velcorex reconstituent un filière textile 100% française autour du lin
En Alsace, les entreprises du groupe Velcorex reconstituent un filière textile 100% française autour du lin Crédits : Catherine Petillon - Radio France

Vingt ans qu'elles avaient disparu de France. C'est à Hirsingue, au sud de Mulhouse, dans l'une des quatre entreprises textiles de son groupe Velcorex que Pierre Schmitt a installé une machine à filer le lin. Arrivée l'an dernier, elle était le maillon manquant pour reconstituer en France une filière entière, de la fibre au produit.  Car la France est le premier producteur mondial de lin avec 150 000  tonnes par an. La plante aime le climat de la Normandie et de Picardie. Seulement depuis 20 ans, les filatures françaises ont fermé.Alors le lin est envoyé en Chine, surtout, et dans les pays de l'Est, où il est filé avant d'être réimporté.  Ceux qui traitaient la matière, eux, ont perdu leur emploi. Ce savoir-faire, Thierry Guth est l'un des derniers en France à l'avoir et à encore travailler, plus pour très longtemps. L'an dernier, le groupe Velcorex l'a fait venir. 

J’ai fermé la dernière filature en 2002, alors rouvrir la première filature d'Alsace, ça fait du bien. J'ai toujours travaillé dans le textile, alors depuis 2002, j'étais en Turquie, au Maroc :  Je suivais un peu la délocalisation.

Avant d'arriver chez Emanuel Lang, ces machines à filer, anciennes ont été en Irlande, puis en Grande-Bretagne avant d'être revendues en Hongrie. Mais c'est à Guebwiller, à moins de 50 km de là, qu'elles ont été construites par l'entreprise NSC Schlumberger.  Industriels, chercheurs tous sont sur le territoire. Pierre Schmitt en est convaincu : régénérer une filière locale ne peut être que vertueux. 

En relocalisant, on tire vers le haut parce que la proximité permet la réflexion, les essais, cela permet de travailler en groupe avec les universités, les laboratoires. C'est un processus vertueux.

Recréer une filière complète autour du lin, de la plante au produit
Recréer une filière complète autour du lin, de la plante au produit Crédits : Catherine Petillon - Radio France

C'est aussi une condition pour développer une nouvelle génération de textiles biosourcés. Une nouvelle machine, une craqueuse, conçue exprès pour Velcorex, a été livrée cette semaine par le fabriquant alsacien de machines textiles. Elle permet d’appliquer au lin des traitements spéciaux. Afin de le rendre moins froissant pour les vêtements par exemple.  
 

“A partir du moment où on a des moments, on a les bobines ici, on a la matière première disponible, on peut la modifier, l'améliorer. On peut imaginer plein de mélanges qu'on ne pouvait pas faire avant parce qu'avant, on était dépendant d'un produit qui revenait de Chine dans sa forme la plus simple, la plus basique. Par exemple avec des matières comme le carbone ou le kevlar.” explique Pierre Schmitt. Cela permet d’imaginer des produits techniques, pour isoler les murs ou remplacer la fibre de verre par exemple.  La vente de ces machines représente  à peine 1% du chiffre d’affaires de NSC Schlumberger. L’intérêt pour le fabricant de machines est à plus long terme  “Avoir ces clients à quelques kilomètres nous permet de faire du sur-mesure, d’envoyer nos ingénieurs faire des tests. En somme de relancer de la recherche et de l’innovation. Nous n’aurions pas pu concevoir une machine comme celle que nous venons de livrer avec des clients en Chine ou en Turquie”, souligne Olivier Demangeat, responsable de l’innovation chez NSC Schlumberger.
 

Le travail mené par Velcorex “montre la faisabilité d’une filière entière en France. Mais il faut désormais voir plus grand”, estime Etienne Leroi, le directeur général de l’entreprise de machines textiles. Et imaginer des installations de taille mondiale, avec des volumes pour concurrencer avec le prix mondial qui existe bel et bien”. Un changement d’échelle qui nécessite l’aide de l’Etat estime Pierre Schmitt, PDG de Velcorex.  

Il faut une intervention, une aide de l'Etat pour stimuler, accélérer, encadrer toute cette réforme. Et soutenir une filière longtemps abandonnée. L'Etat peut mettre à la disposition des crédits spécifiques pour ce genre de projet, mais aussi accompagner à travers des subventions pour la mise au point de tous les nouveaux produits. Il faut quand même rattraper le temps perdu.

A travers la France, d'autres entreprises travaillent à reconstituer une filière française du lin. Pour tous, les appels à projets déjà lancé par la Banque publique d'investissements, et plus globalement le plan de relance, pourraient servir d'accélérateur.

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