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Le lycée français Jean Mermoz à Dakar avait fermé le 14 mars dernier comme tous les établissements scolaires du Sénégal sur décision du président Macky Sall.

Rentrée scolaire : le casse-tête des lycées français de l'étranger

4 min
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L'enseignement français à l'étranger dans 139 pays, une des vitrines de notre culture dans le monde, est confronté à une rentrée des classes particulièrement complexe. Les lycées français de l'étranger doivent faire face à des protocoles sanitaires différents et à des familles réfractaires.

Le lycée français Jean Mermoz à Dakar avait fermé le 14 mars dernier comme tous les établissements scolaires du Sénégal sur décision du président Macky Sall.
Le lycée français Jean Mermoz à Dakar avait fermé le 14 mars dernier comme tous les établissements scolaires du Sénégal sur décision du président Macky Sall. Crédits : Nicolas Thibaut - AFP

L'enseignement français à l'étranger, une des vitrines de notre culture dans le monde, est confronté à une rentrée des classes particulièrement complexe. Disséminés dans 139 pays, les lycées français de l'étranger doivent faire face à autant de protocoles sanitaires différents et à des familles réfractaires à l'idée d'accepter les solutions des directions d'établissement.

Agacés, en colère, exaspérés parfois, des groupes de parents de parents d'élèves s'opposent fermement à verser des frais de scolarité souvent conséquents. Le rapport qualité-prix des lycées français ne serait-il plus aussi attractif ? La crise sanitaire révèle-t-elle un malaise plus profond ?

Un enseignement trop coûteux pour un enseignement hybride ?

Quelle que soit l'option choisie par les directeurs de lycée : présentielle, distancielle ou mixte, la voie officielle nous dit que la majorité des établissements a su négocier ce virage délicat. Mais à l'évidence quelques poches d'irréductibles parents d'élèves subsistent et critiquent l'organisation proposée, comme Anne, elle-même touchée par la crise et dont le fils est inscrit au lycée Jean Mermoz de Dakar. Elle estime aujourd'hui les frais de scolarité bien trop élevés :

Cela ne nous semble pas juste de payer les mêmes frais de scolarité avec le système hybride qui ne nous assure pas la même qualité d'enseignement. Pour la partie hybride, donc en partie à distance, il faudrait que l'école, même si elle paye les instituteurs, elle a des charges de structures qui doivent être plus faibles et qui devraient être répercutés sur les coût de scolarité. Moi, j'attendrais bien une ristourne de 15 à 20% sur les frais de scolarité.

Refus catégorique du responsable du lycée Jean Mermoz qui n'a pas non plus souhaité expliquer sa décision à notre correspondante Théa Ollivier.

A Rome : une évaluation au cas par cas 

Autre problématique : à Rome, où le conflit semble totalement figé entre le directeur du prestigieux lycée Chateaubriand et des mères de famille comme Stéphanie : 

L'Italie a dit : "Si vous ne pouvez pas assurer un mètre de distance entre les élèves, ce n'est pas grave, vous mettez un masque. Et le directeur n'a pas voulu, je ne sais pas s'il a été frileux. Et il a dit "on sépare les classes en deux". Le problème, c'est qu'il a aussi coupé en deux les emplois du temps. Par exemple, ma fille qui est en 4ème n'a que 2h de français au lieu de 4h30. Ou alors certains cours ne sont plus des cours mais des permanences assurées par des surveillants qui ne sont pas encore diplômés.

Stéphanie présentera aujourd'hui au directeur une pétition signée par 400 des 1 500 parents d'élèves du lycée français de Rome, résultat d'une colère qui ne date pas d'hier :

Il y a deux ans, la vice-consul a invité les parents d'élèves boursiers, tous des Français, à partir. Un lycée français sans élève français, je ne vois pas bien à quoi cela peut ressembler. Cela ne rime à rien !

Pour certaines familles de Chateaubriand, un discours et un tel emploi du temps ne justifient pas les 6 000 euros qu'elles sont sur le point de verser pour cette année scolaire. Le directeur de l'Agence de l'enseignement français à l'étranger, Olivier Brochet rappelle que l'Etat a déjà versé, fin juillet, une rallonge de 100 millions d'euros supplémentaires pour permettre aux établissements d'affronter la crise et soutenir les familles. Difficile de concéder de nouveaux efforts financiers :

Pour nous, l'objectif est de fournir la meilleure offre pédagogique possible. Mais nous ne pouvons pas d'emblée partir sur une réduction des frais de scolarité sans se poser les questions de l'équilibre économique de l'établissement. Ce ne serait pas dans l'intérêt des familles. La situation doit être étudiée au cas par cas.

Doit-on pour autant se montrer alarmiste sur la gestion de cette rentrée "Covid" dans nos chers lycées de l'étranger ?

"L'argent n'est pas nécessairement le nerf de la guerre" estime la députée La République en marche des Français établis hors de France Samantha Cazebonne, rédactrice d'un rapport sur l'enseignement français à l'étranger, en février 2019. Aujourd'hui, les clients payent et n'ont pas leur mot à dire. C'est cette méthode qui, à la lumière de cette rentrée en mode Covid, ne semble plus passer auprès de certains parents d'élèves à l'étranger :

Le point qui émerge est aussi la gouvernance, qui amène les parents à subir des situations plus qu'à y être associées. L'enseignement français à l'étranger souffre d'un déni du bien et du moins bien. On ne veut pas valoriser ce que l'on fait en démontrant que l'offre de la concurrence n'est pas forcément meilleure. Par contre, quand il y a des difficultés, il faut les entendre et ne pas considérer que le discours des parents est infondé. Si l'on veut retrouver un climat de sérénité, il va falloir dans les prochains mois et même semaines - c'est bien plus urgent - retrouver le chemin du travail coopératif. Au plus haut niveau comme au niveau local.

Une cellule existe au quai d'Orsay pour coordonner l'action des différents acteurs de l'enseignement français à l'étranger, aucun siège n'est prévu pour les associations de parents d'élèves... aucun médiateur non plus pour gérer les conflits. Une fonction qui serait bien utile pour cette rentrée 2020. Un dernier exemple au Maroc, un tiers des familles du plus important lycée français au monde hésitent encore à verser leur cotisation, il ne leur reste plus que 3 jours pour se déterminer.

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