LE DIRECT
Oliviers touchés par la bactérie de la Xyllela, qui a décimé la province de Lecce, dans le sud des Pouilles, en Italie.

Rien ne va plus pour l’huile d’olive italienne !

4 min
À retrouver dans l'émission

La première région de production d'olives (les Pouilles) était déjà touchée par la terrible bactérie Xyllela, qui ravage les oliviers depuis des années. Elle vit une autre catastrophe avec une vague exceptionnelle de gel et la présence de mouches, qui font chuter la production de plus de 50%.

Oliviers touchés par la bactérie de la Xyllela, qui a décimé la province de Lecce, dans le sud des Pouilles, en Italie.
Oliviers touchés par la bactérie de la Xyllela, qui a décimé la province de Lecce, dans le sud des Pouilles, en Italie. Crédits : Italia Olivicola

A Bitonto, la procession des Saints Patrons de la Ville lance traditionnellement la saison de la récolte des olives. Mais cette année, au cœur de la principale région productrice d’Italie, le calendrier est détraqué. La récolte a démarré dès la fin septembre et devrait être bouclée dès les premiers jours de novembre. Les oliviers produisent deux fois moins de fruits que les autres années. L’Italie devrait passer de 420 000 tonnes d’huile d’olive produites d’ordinaire à 200 000 cette année selon les prévisions des professionnels du secteur. Dans le très compétitif marché de l’huile d’olive, c’est un coup dur pour le pays. 

Mathilde Imberty, notre correspondante, s'est rendue dans la capitale de l'huile d'olive italienne, près de Bari, dans les Pouilles.

Exemple dans ce champ de 700 oliviers où nous conduit Gaetano Bonasia, responsable technique de l’huile Oliveti Terra di Bari, l’une des dénominations d’origine protégée des Pouilles.

Gaetano Bonasia, responsable technique de Oliveti Terra di Bari une organisation de Producteurs d’Huile qui regroupent 12 000 producteurs de la région des Pouilles.
Gaetano Bonasia, responsable technique de Oliveti Terra di Bari une organisation de Producteurs d’Huile qui regroupent 12 000 producteurs de la région des Pouilles. Crédits : Radio France

Ces arbres-ci produisent normalement 30 kilos d’olive chacun ! Cette année on ne tirera pas plus de 5 ou 6 kilos par arbre. Il y a deux explications : d’abord, l’épisode de gel en février dernier, il a fait -7 degrés ! L’arbre n’a pas supporté et les tissus se sont rompus. La deuxième : une invasion de mouches qui attaquent les olives et provoquent leur pourrissement. Ceci explique la baisse de rendement  des oliviers de l’ordre de 60 à 70%.      
Gaetano Bonasia, membre d'une organisation de producteurs

Au pressoir industriel de Bitonto, le responsable de production Giuseppe Carriello bichonne sa production annuelle. C’est chez lui qu’arrivent les olives, qui sont ensuite dénoyautées, nettoyées, pressées, et au terme d’un scrupuleux processus, transformées en huiles d’olive parées pour l’export. "On va fermer le site dès le début du mois de novembre ! D’habitude, nous avons du travail jusqu’à après Noel voire la fin janvier. Dans cette coopérative, on traite chaque jour quasiment 200 tonnes d’olives. Cette année, on en traite deux fois moins. Ce sont des phénomènes exceptionnels, on n'avait pas vu ça depuis des années !", déplore-t-il.

Conséquence de cette baisse de production : le prix de l’huile italienne va augmenter d’environ 10%. Les producteurs compensent en puisant dans leur trésorerie, en réduisant leurs investissements, en faisant appel aux fonds de la Politique Agricole Commune qui leur garantit un revenu minimum - 300 euros en moyenne l’hectare par saison. Il n’est en tous cas pas question de compléter la maigre récolte de cette année avec des olives des précédentes saisons… Encore moins de mixer olives italiennes et étrangères. 

Précisément parce que la qualité est tout ce qu’il reste, selon Gennaro Sicolo, président de Terra Olivicoltura, le consortium national des producteurs.

Nos huiles italiennes sont appréciées pour leur qualité, elles sont incomparables avec les huiles espagnoles ou tunisiennes. Nous avons 450 variétés d’olives, les huiles espagnols n'en comptent que deux ou trois… Ce sont des huiles plates, des huiles Coca Cola ! La vraie huile d’olive doit avoir du piquant, signe de qualité et signe qu’elle est bonne pour la santé !        
Gennaro Sicolo, président de Terra Olivicoltora

La bataille est rude au niveau européen. L’Italie, premier producteur d’huile il y a 20 ans, s’est fait (et de loin !) dépasser par l’Espagne qui assure plus de 40% de la production mondiale. Et elle subit depuis cinq ans les ravages de la Bactérie Xyllela qui a décimé une province entière des Pouilles, celle de Lecce. Et remonte petit à petit le talon de la botte italienne. "C’est une bactérie qui a été importée du Costa Rica et elle nous cause des problèmes sans fin… Nous essayons d’intervenir comme nous le recommandent les chercheurs en extirpant les oliviers infectés et d’aller vers de bonnes pratiques agricoles, plus de labour, de consommation biologique… La recherche progresse mais nos politiques sont trop lents et ne prennent pas de mesures drastiques", explique-t-il.

Les accusations pleuvent contre une politique italienne qui ne sait pas défendre suffisamment ses producteurs. Ceux que nous rencontrons n’en reviennent toujours pas : après l’épisode de gel de l’an dernier, ils s’attendaient à ce que l’état de calamité naturelle soit reconnu. Eh bien non, racontent-ils. La région des Pouilles n’a pas envoyé à temps le dossier de demande au ministère de l’Agriculture à Rome. Une illustration des retards qu’accuse le système italien de production. 

L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......