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Un collectif s'est monté dans cette rue de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) pour lutter contre l'installation d'antennes 5G.

Rue de la Fraternité : tous unis contre la 5G

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A Fontenay-sous-Bois, les habitants de la rue de la Fraternité luttent contre des antennes relais 5G prévues sur le toit d'un petit immeuble d'habitation. Le propriétaire a conclu un accord avec SFR, alors qu'à dix mètres habite une jeune femme électrosensible. Eve a mobilisé ses voisins. Récit.

Un collectif s'est monté dans cette rue de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) pour lutter contre l'installation d'antennes 5G.
Un collectif s'est monté dans cette rue de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) pour lutter contre l'installation d'antennes 5G. Crédits : T.S. - Radio France

La 5G avance à très grande vitesse. Le processus d’attribution des fréquences à peine terminé (le 20 octobre dernier) voici que les opérateurs retenus, commencent à déployer leurs offres commerciales. Depuis la mi-novembre Orange propose ses forfaits 5G qui seront opérationnels dès le 1er décembre. Et les autres opérateurs de téléphonie mobile lui emboîtent le pas. 

Il faut dire qu'Orange, SFR, Bouygues et Free vont avoir fort à faire pour rentabiliser leurs investissements. La mise initiale, l'achat des fréquences, leur a déjà coûté 2,786 milliards d'euros. Une somme dont l'Etat s'est félicitée : elle est bien supérieure au 1,5 milliard que l'Arcep, l'autorité de régulation indépendante, avait fixée avant les enchères. Mais le gouvernement n'a pas écouté l'arbitre des télécoms et la loi du marché a fait le reste. 

Les quatre opérateurs se sont donc engagés, depuis cet automne, dans une véritable course contre la montre afin d'installer dans l'espace urbain les antennes qui permettront d'utiliser, d'ici quelque temps, les nouvelles fréquences qu'ils viennent d'acheter. Pour l'instant, la 5G n'est pas encore accessible et le déploiement de cette technologie se fera de façon très progressive. Mais la bataille acharnée pour trouver des toits susceptibles d'héberger les futures antennes n'en fait pas moins rage.

Or certaines communes espèrent freiner ce mouvement vers la 5G. De grandes métropoles, souvent devenues écologistes lors des dernières élections municipales, ont demandé un "moratoire" au gouvernement. En septembre dernier, onze grandes villes, Lyon, Bordeaux, Marseille en tête, ont ainsi signé une tribune pour exiger de l'Etat la tenue d'un véritable débat démocratique - avant de s'engager dans une voie technologique dont les impacts sanitaires et environnementaux n'ont pas été évalués. Une soixantaine d'élus avaient rejoint cet appel, sans résultat. Des communes plus modestes ont même voté un voeu en conseil municipal pour tenter de s'opposer aux nouvelles implantations. 

La maison de Eve, juste à côté de l'immeuble qui devrait héberger les antennes.
La maison de Eve, juste à côté de l'immeuble qui devrait héberger les antennes. Crédits : T.S. - Radio France

C'est le cas de Fontenay-sous-Bois, une ville de 53 000 habitants en Île-de-France, qui se présente comme "électro consciente". Sur l'impulsion d'Anne Vienney,  la conseillère municipale en charge de la santé environnementale, un voeu a été voté le 30 septembre dernier. Voeu de demander un moratoire national et de le respecter sur le territoire de la commune "en vertu du droit à la subsidiarité concernant l'application du principe de précaution" , tant que les études scientifiques commandées n'ont pas abouti. Dans les faits, le maire a peu de pouvoirs en matière de radiofréquence. Mais il peut au moins informer les riverains des demandes d'installation formulées par les opérateurs de téléphonie mobile. 

Lorsque l'élue Anne Vienney a su que SFR avait trouvé à s'implanter rue de la Fraternité, sur un petit immeuble au coeur d'une zone pavillonnaire, elle a immédiatement contacté les habitants. Et en particulier Eve, une résidente qui s'était enregistrée auprès de la mairie comme "électrosensible". 

Eve habite à une dizaine de mètres seulement de l'immeuble où les antennes relais devraient être installées. Dans sa jolie maison, qu'elle a "mis dix ans à trouver", il lui a fallu blinder tous les murs pour se protéger de la wifi du voisinage. Autour de son habitation, il n'y a pas - pour l'instant - d'antenne relais à moins de 500 mètres. Eve est donc relativement à l'abri des ondes qui menacent très sérieusement sa santé. Ses symptômes sont particulièrement sévères. Elle raconte comment, lorsqu'elle se trouve "sous ondes", elle vomit de façon continue, son "sphincter se vide, littéralement", ses tympans sont soumis à une si forte pression qu'ils semblent exploser, et sa tête la fait horriblement souffrir. La jeune femme affirme qu'elle pourrait mourir de ces radiofréquences, si elle ne se munissait pas constamment d'un appareil capable de mesurer les ondes auxquelles son corps est soumis et par conséquent de la prévenir qu'il faut qu'elle s'éloigne de toute urgence d'un lieu trop "contaminé". Dans ce premier extrait, Eve nous accueille chez elle et nous guide vers sa mezzanine d'où l'on peut voir, à moins d'une douzaine de mètres, le toit de l'immeuble où devraient être installées les antennes : 

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Eve souffre depuis plus de dix ans d'électrosensibilité mais ses symptômes se sont beaucoup aggravés.
Eve montre le tissus en fibre d'argent dont elle doit s'envelopper dès qu'elle sort pour échapper aux ondes qui dérèglent son organisme.
Eve montre le tissus en fibre d'argent dont elle doit s'envelopper dès qu'elle sort pour échapper aux ondes qui dérèglent son organisme. Crédits : T.S. - Radio France

C'est donc à côté de son domicile, que l'opérateur SFR a décidé d'installer six antennes relais, dont trois devraient servir très prochainement à la technologie 5G. A peine prévenue par la conseillère municipale Anne Vienney, Eve a donc mobilisé tout son voisinage pour tenter de faire reculer l'entreprise téléphonique. Pour l'instant sans succès. Mais ses voisins de la Rue de la Fraternité ont créé un collectif et décidé de prendre un avocat. Ils vont poursuivre SFR en justice pour tenter d'éloigner ce péril. Chacun a une bonne raison de ne pas vouloir de la 5G dans son périmètre. 

Eric est cadre dirigeant dans une multinationale informatique et passe ses journées en télétravail. et la connexion, dit-il est parfaite. La couverture de leur quartier par des antennes 2G, 3G et 4G est largement suffisante. Arnaud, qui prend la parole, juste après Eric, est ingénieur du son. Lui aussi affirme qu'il arrive parfaitement à se servir de son téléphone portable avec les antennes déjà existantes. Et il s'insurge contre Emmanuel Macron qui le 14 septembre dernier, lors d'un discours devant les entreprises du numérique avait rappelé "Oui, la France va prendre le tournant de la 5G". le chef de l'Etat avait ensuite ironisé :  " J'entends beaucoup de voix qui s'élèvent pour nous expliquer qu'il faudrait releveer la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile ! Je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l'écologie contemporaine". Une petite phrase qui met aujourd'hui encore Arnaud très en colère : 

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Eric, cadre dirigeant, et Arnaud, ingénieur du son, rappellent qu'ils n'ont pas besoin de la 5G

Moi, je suis désolé, on est dans un quartier très résidentiel, il n'y a pas de commerces, il n'y a pas de restaurants, il n'y a pas besoin de mobilité. Moi, je n'ai pas besoin de regarder Netflix en sortant ma poubelle. Donc la 4G me va très bien. La 5G ne sert rien. D'ailleurs personne n'a encore compris exactement à quoi elle allait servir la 5G. A part à nous faire voler des drones, éventuellement, pour nous livrer des cadeaux ou alors un frigo qui va me dire si j'ai encore des yaourts ou pas. Je n'en ai rien à faire.

L'opérateur de téléphonie mobile SFR a accepté de répondre aux questions d'Arnaud. Ils se sont longuement parlés au téléphone. Apparemment la maison d'Arnaud serait seulement "en bordure des 60 degrés dangereux", car les opérateurs - ajoute Arnaud - admettent "qu'il y a peut-être un danger, du bout des lèvres". Pour être plus précis : les six antennes qui seront installées sur le toit vont chacune émettre sur un plan horizontal couvrant 120 degrés (et non pas 360 degrés comme les anciennes antennes de téléphonie mobile). A l'intérieur de ces 120 degrés, d'après l'opérateur que Arnaud a eu au téléphone, il y a un angle de 60 degrés qui serait plus problématique : "Ils estiment que la fourchette des 60 degrés est là où il y a le plus de millivolts par mètre." Mais l'ingénieur du son n'est guère convaincu par ces paroles : 

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Arnaud n'est pas rassuré par les explications techniques de SFR.

Eric, l'autre voisin, qui est cadre dirigeant dans une société informatique dont le chiffre d'affaires dépasse les 30 milliards d'euros, s'inquiète à la fois du manque de respect des valeurs humaines et des nombreux "vides juridiques dans cette affaire". Il n'est pas normal, souligne notamment Eric, que le propriétaire qui accepte d'héberger des antennes, moyennant un loyer très conséquent, n'habite pas sur place. Il sera donc protégé  des éventuelles nuisances sanitaires, tout en touchant un revenu important.

La mairie de Fontenay-sous-Bois précise, par ailleurs, que la plupart des édifices que les opérateurs téléphoniques démarchent pour installer leurs antennes 5G, sont soit des immeubles appartenant à des propriétaires qui ne résident pas dans la commune, soit des immeubles HLM appartenant à des bailleurs sociaux. Autrement dit, ce sont rarement des particuliers qui installent les antennes sur le toit en dessous duquel ils habitent ... Eric égrène les vides juridiques qu'il a recensés : 

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Eric rappelle qu'installer une 5G rapporte entre 10 000 et 15 000 euros par an pendant 12 ans à un propriétaire.

Dans cette affaire là, il n'y a aucun respect. C'est l'argent : cela rapporte 10 000 à 15 000 euros de revenus de mettre une antenne sur son toit. Et nous avons donc une personne à côté, un propriétaire, qui n'habite pas l'immeuble (...). Il n'en aura donc pas les nuisances, il en aura les revenus. C'est donc le second défaut, au delà des valeurs humaines, il y a pour moi un vide juridique dans cette affaire. Est-il volontaire ou non, je ne le sais pas. Mais en tous cas, il nuit aux citoyens aujourd'hui. 

Nous sommes, Rue de la Fraternité, dans un quartier pavillonnaire. La plupart des habitants sont propriétaires de leur maisons, qui valent d'ailleurs fort cher. Or l'installation d'une antenne relais ne manquera pas de déprécier leur bien. Un expert, sollicité par Eve, assure que les maisons perdront environ un cinquième de leur valeur. Par ailleurs, Arnaud revient sur les risques sanitaires encourus probablement par les riverains. Aucun principe de précaution n'est respecté en matière de 5G : 

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Caroline, Eve et Arnaud rappellent que leurs maisons vont perdre de la valeur.

Eve souffre de tels symptômes qu'elle doit vivre, en permanence, avec à ses côtés un appareil capable de mesurer les radiofréquences auxquelles elle est soumise. Elle en profite pour rappeler qu'il existe une application qui joue le même rôle. Pour moins de 3 euros, tout un chacun peut savoir dans quel bain d'ondes il se trouve plongé : 

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Eve vit en permanence avec un appareil qui mesure les radiofréquences. Il lui semble risquer sa vie dès qu'elle sort de chez elle.

Les habitants de ce quartier de Fontenay-sous-Bois ont recensé quelques 500 enfants qui se trouveront dans le périmètre des futures antennes relais. Pour Eric, il faudrait faire respecter un principe de précaution. Le collectif s'est donc tourné vers un avocat qui va poursuivre SFR en justice. La Marie étant incapable de freiner le mouvement, les citoyens estiment qu'il est de leur devoir d'agir. Ils vont devoir porter plainte individuellement et ils espèrent qu'à force d'acharnement ils pourront gagner. Mais c'est le combat du "pot de terre contre le pot de fer" reconnaît Eric : 

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Un avocat a été saisi par le collectif. Les habitants comptent bien poursuivre l'opérateur.
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