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Le 31 juillet dernier, en 24h, 745 personnes à bord de 21 embarcations ont été interceptées et débarquées sur l'île de Lampedusa par les garde-côtes italiens.

Sauvetages en mer : Lampedusa, l’île aux deux visages

7 min
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Lampedusa, à une heure de vol au sud de la Sicile, est un coin de paradis aux plages de sable fin et aux eaux turquoises. Cette île de l’archipel des Pélages est minuscule : 20 km² et 6 500 habitants, qui pour la plupart vivent du tourisme. C’est aussi un point d’entrée en Europe.

Le 31 juillet dernier, en 24h, 745 personnes à bord de 21 embarcations ont été interceptées et débarquées sur l'île de Lampedusa par les garde-côtes italiens.
Le 31 juillet dernier, en 24h, 745 personnes à bord de 21 embarcations ont été interceptées et débarquées sur l'île de Lampedusa par les garde-côtes italiens. Crédits : Emmanuelle Chaze - Radio France

Lampedusa, 31 juillet dernier. En l’espace de 24h, 754 personnes venant de 21 embarcations de fortune sont interceptées par les garde-côtes italiens et débarquées en lieu sûr, dans le petit port de plaisance où les bateaux des autorités croisent ceux des vacanciers en bikini. Lampedusa est lieu de tourisme et un hotspot, un point d’entrée pour des milliers de personnes qui tentent chaque année de rejoindre l’Europe depuis les côtes libyennes et tunisiennes.

"Personne n'est venu m'aider pour récupérer les corps"

Lorenzo, un gardien de cimetière aujourd’hui retraité, assiste régulièrement aux débarquements. Pendant des années, c’est lui qui enterrait les corps des noyés.

Tout le monde dit éprouver de la compassion pour les migrants, qu’il faut les accueillir. Mais en 1996, quand j’étais gardien du cimetière, personne n’est venu pour m’aider à récupérer tous les corps ramenés dans les filets des pêcheurs. (…) Alors je l’ai fait, parce que comme je dis toujours, je le fais parce que je crois en Dieu, et Jésus a dit 'Si je le fais pour mon frère, mon frère le fera pour moi'. Alors je l’ai fait. Ce n’est pas mon rôle, mais je l’ai fait parce que Jésus l’a dit.

Dans le même cimetière, l’ONG Mediterranean Hope a décidé d’ériger quelques stèles à la mémoire des naufragés. Nicolo, bénévole de Mediterranean Hope :

Ici, on a des gens qui étaient dans un gros bateau en bois, dans la cale, ils se sont sans doute endormis et sont morts à cause des gaz du moteur et du manque d’oxygène.

Ces morts sont le plus souvent anonymes, mais le but de Mediterranean Hope est de faire vivre leur mémoire :

Au début, c’était très difficile de retracer l’histoire des gens arrivés ici. De retrouver leurs noms, leurs histoires, mais c’est notre devoir de le faire. C’est vraiment important, si on ne parle que de chiffres, à un moment donné ces gens ne deviendront que des chiffres. Il faut raconter ce qui se passe derrière, et pour ça il faut donner au moins quelques informations sur la façon dont ces personnes sont arrivées ici, quelles sont leurs histoires.

Des vacanciers à quelques centaines de mètres des ferrys de quarantaine

A quelques centaines de mètres seulement du cimetière, des touristes profitent des plages féériques de l’île, avec en fond un ferry de quarantaine, passage obligatoire pour tous les migrants arrivés sur l’île. Ils sont ensuite transportés dans un centre de rétention administrative, le plus souvent dans le sud ou le centre de l’Italie. Sur l’île de Lampedusa, le centre opère souvent en surcapacité, comme l’explique Flavio Di Giacomo, porte-parole de l’Organisation Internationale pour les Migrations : 

Il y a toujours beaucoup plus de personnes qu’on pourrait loger. C’est très rapide, quand les personnes arrivent, elles sont identifiées et transférées à bord des navires où elles doivent passer la quarantaine pendant dix jours. Donc le problème est qu’il n’y a pas assez d’espace, les centres sont très petits, des gens sont parfois obligés de dormir par terre, donc la capacité d’accueil, surtout en cette période de Covid, n’est pas suffisante.

Après leur arrivée, les migrants passent quelques semaines sur des ferrys réquisitionnés par l'Etat italien pour une quarantaine avant un centre de rétention.
Après leur arrivée, les migrants passent quelques semaines sur des ferrys réquisitionnés par l'Etat italien pour une quarantaine avant un centre de rétention. Crédits : Emmanuelle Chaze - Radio France

Un cimetière de bateaux

À quelques minutes du centre, près d’une falaise calcaire et d’un site militaire, dans un paysage lunaire, on retrouve les embarcations de fortune déposées là par les autorités, qui les brûlent régulièrement pour faire de la place aux nouvelles arrivées. Empilées en cercles, une trentaine d’embarcations dans lesquelles on retrouve encore des gilets de sauvetages, chaussures et autres effets personnels des candidats à l’exil, sont des témoins silencieux des drames qui se jouent quotidiennement en Méditerranée centrale.

Dans un paysage lunaire, tout près d'une falaise, un cimetière de bateaux témoigne du nombre d'embarcations de fortune utilisées par les candidats à l'exil.
Dans un paysage lunaire, tout près d'une falaise, un cimetière de bateaux témoigne du nombre d'embarcations de fortune utilisées par les candidats à l'exil. Crédits : Emmanuelle Chaze - Radio France
Les arrivées et les morts en Méditerranée depuis le début de l'année.
Les arrivées et les morts en Méditerranée depuis le début de l'année. Crédits : Visactu
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