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Les 555 personnes sauvées de la noyade par l'"Ocean Vicking", dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2021, sont restées plus d’une semaine à bord du bateau, dans l’attente d’un port de débarquement.

Sauvetages en mer Méditerranée : l'errance des naufragés

4 min
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Avec beaucoup de difficultés, des ONG continuent à porter secours aux naufragés en mer Méditerranée, faute d’intervention systématique des États côtiers. Alors que c’est pourtant de leur responsabilité. Comme celle d’assurer un lieu sûr pour débarquer.

Les 555 personnes sauvées de la noyade par l'"Ocean Vicking", dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2021, sont restées plus d’une semaine à bord du bateau, dans l’attente d’un port de débarquement.
Les 555 personnes sauvées de la noyade par l'"Ocean Vicking", dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2021, sont restées plus d’une semaine à bord du bateau, dans l’attente d’un port de débarquement. Crédits : Flavio Gasperini / SOS Méditerranée

Depuis le début de l’année, plus de 1 200 personnes sont mortes en tentant de rejoindre l’Europe par la mer. La route migratoire de Méditerranée centrale est la plus dangereuse : on y dénombre presque trois fois plus de morts qu’à la même période, en 2020. Alors que la responsabilité du sauvetage en mer relève des États côtiers, des ONG sillonnent également la mer pour intervenir, lorsque ces États ne le font pas.

Fin juillet, seuls trois navires de sauvetage étaient opérationnels en Méditerranée centrale : l’Ocean Viking de SOS Méditerranée, le navire humanitaire allemand Sea-Watch 3, et le Nadir d'une autre ONG allemande Resqship, un voilier qui ne peut pas procéder au sauvetage mais qui peut signaler et stabiliser une embarcation en détresse jusqu’à l’arrivée des secours. Tous remplissent le rôle qui incombe, légalement, aux États côtiers. Le 21 avril dernier, après avoir en vain réclamé l'assistance des autorités, l'Ocean Viking était arrivé trop tard sur les lieux d'un naufrage. Ce jour-là, il n'y a eu aucun survivant, 130 personnes sont mortes. 

Ces drames humains sont une réalité quotidienne en Méditerranée centrale.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les navires d’ONG "Ocean Viking", "Sea-Watch 3" et "Nadir" ont coordonné leurs efforts pour effectuer le sauvetage critique de près de 400 personnes à bord d’un bateau en train de couler.
Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les navires d’ONG "Ocean Viking", "Sea-Watch 3" et "Nadir" ont coordonné leurs efforts pour effectuer le sauvetage critique de près de 400 personnes à bord d’un bateau en train de couler. Crédits : Flavio Gasperini /SOS Méditerranée

En 48 heures, près d'un millier de personnes sauvées de la noyade

Fin juillet, en l’espace de deux jours seulement, onze opérations de sauvetage sont réalisées, dont l’une, dramatique, s’effectue de nuit, coordonnée par les trois navires d’ONG, car il y a urgence : 400 personnes sont à bord d’un bateau en bois venu de Tunisie. Il est en train de couler, l’eau s’est déjà engouffrée dans la partie inférieure, plusieurs personnes sont tombées par-dessus bord.

Après l’ensemble de ces sauvetages, 555 personnes se trouvent à bord de l’Ocean Viking et 354 à bord de Sea-Watch. Elles viennent principalement d'Afrique subsaharienne, mais aussi de Syrie, du Yémen et d'Égypte. Commence alors plusieurs jours d'attente, avant l'attribution d'un port de débarquement par les autorités responsables. Pourtant, d’après la convention SOLAS sur la sauvegarde de la vie en mer datant de 1974, un sauvetage ne peut être considéré comme achevé que lorsque la personne secourue en mer a été débarquée dans un lieu sûr. Encore une fois, ce sont aux Etats côtiers d’y pourvoir, comme l'explique Julia, marin-sauveteuse à bord de l'Ocean Viking :

Nous renouvelons notre demande d’obtention d’un lieu sûr tous les jours, et nous ne pouvons que demander aux Etats européens d'intensifier leur soutien aux autorités pour faciliter le débarquement des hommes, des femmes et des enfants qui se trouvent à bord. On peut voir la santé physique et mentale des gens se détériorer d’heure en heure. Il y a davantage de plaies infectées, des douleurs généralisées, des maux de têtes, surtout chez les enfants et les femmes enceintes.

A bord du bateau en bois ayant fait naufrage dans la nuit du 31 juillet au 1er août.
A bord du bateau en bois ayant fait naufrage dans la nuit du 31 juillet au 1er août. Crédits : Flavio Gasperini / SOS Méditerranée

Des ONG isolées pour faire le travail incombant aux Etats côtiers

Des bateaux en bois, en fibre de verre, des pneumatiques en caoutchouc d’une épaisseur de quelques millimètres seulement : chaque année c’est sur ces embarcations de fortune que des milliers de candidats à l’exil tentent de rejoindre l’Europe. Selon la convention SOLAS, ce sont aux Etats côtiers d’assurer les sauvetages, chacun dans des zones de recherche et secours définies. C’est aussi une loi maritime, celle de l’inconditionnalité du sauvetage en mer. Mais à l’heure actuelle, il n’y a pas de coordination des secours à l’échelle européenne, comme le déplore Flavio Di Giacomo, porte-parole de l'OIM, l’Organisation Internationale pour les Migrations :

Les États européens devraient créer un système de patrouillage des eaux internationales avec des bateaux internationaux qui puissent sauver des migrants et les ramener dans des ports sûrs : à ce moment-là, cela veut dire, en Europe. Avant, il y avait l'opération Mare Nostrum. Il y avait des patrouilles, des navires internationaux de la marine militaire italienne, les garde-côtes italiens. il y avait même l'agence Frontex qui étaient aussi très active, il y a 4-5 ans. Maintenant, la mer Méditerranée est vide, totalement vide. Il y a seulement les ONG qui travaillent dans les eaux internationales, quand elles ont la possibilité de le faire, et il y a les garde-côtes libyens qui sont très très très actifs.

Une errance de plusieurs jours en mer avant l'attribution d'un lieu sûr pour débarquer

À cette expérience de mort imminente en mer pour les naufragés s’ajoutent le traumatisme de leur expérience de dénuement, de guerre et d’errance depuis leurs pays d’origine, de brutalité, d’abus et de torture en Libye, et cette attente dans l’incertitude. En attendant le débarquement, ils dorment à même le sol, les uns contre les autres malgré la pandémie, faute de place. Ils souffrent d'insolations, du mal de mer, de froid ou de chaud. Tous doivent désormais s’armer de patience avant d’atteindre l'Europe.

Arrivées de migrants par la Méditerranée.
Arrivées de migrants par la Méditerranée. Crédits : Laurence Saubadu, Romain Allimant - AFP
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