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A Hébron, comme à Ramallah ou à Amman, les manifestations de Palestiniens se sont multipliées à la veille du sommet où doit être présenté le seul volet économique d'un plan de paix avec Israël proposé par les Etats-Unis.

Sommet de Bahrein : pourquoi la paix ne se fera pas sans les Palestiniens

4 min
À retrouver dans l'émission

A Manama, les Etats-Unis espèrent lever 50 milliards de dollars pour la Palestine et la région. Les pays arabes sont en grande partie représentés. Mais les Palestiniens boycottent la réunion. Et le volet politique du plan a encore été repoussé. Autant dire que les chances de succès sont limitées.

A Hébron, comme à Ramallah ou à Amman, les manifestations de Palestiniens se sont multipliées à la veille du sommet où doit être présenté le seul volet économique d'un plan de paix avec Israël proposé par les Etats-Unis.
A Hébron, comme à Ramallah ou à Amman, les manifestations de Palestiniens se sont multipliées à la veille du sommet où doit être présenté le seul volet économique d'un plan de paix avec Israël proposé par les Etats-Unis. Crédits : Hazem Bader - AFP

"De la paix à la prospérité", c'est le nom de la conférence économique co-organisée par les Etats-Unis ce mardi et le lendemain, à Bahreïn. La première phase du plan de paix américain pour le Proche-Orient est ainsi lancée : le volet économique avec 50 milliards de dollars sur dix ans pour les Palestiniens.

Mais ces derniers ont d'avance refusé cette initiative, dirigée par Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, en l'absence d'un règlement politique du conflit avec Israël.

Présentation de ce plan et des réactions provoquées : 

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1 min
Analyse d'Aurélien Colly, notre correspondant à Beyrouth

Et reportage en Palestine de notre correspondant à Jérusalem, Etienne Monin.

"L'économie palestinienne a besoin d'en finir avec l'occupation (israélienne) et ses conséquences"

En Palestine, Bassem Khoury est un important chef d’entreprise. Il dirige Pharmacare, qui exporte des médicaments génériques. Elle emploie 350 personnes. Et pour se développer, le chef d’entreprise dit, à l'instar de la Banque mondiale, qu’il n’a pas besoin d’une béquille économique, « d'une chose, d'une seule chose »

Ce dont a besoin l’économie palestinienne, c’est qu’on mette fin à l’occupation [israélienne, ndlr]. Qu'on mette fin à l’occupation et à toutes les restrictions qui en découlent, sur la circulation des biens et des personnes.

En pratique, cela se traduit par des blocages au quotidien :

« Pour que je puisse exporter dans n’importe quel pays, il faut qu’un représentant du ministère de la Santé de ce pays vienne inspecter mon entreprise. Et beaucoup de pays arabes n’ont pas de relation avec Israël, ce qui les empêche d'entrer en territoire occupé. »

« Si on supprime les contraintes imposée à la Palestine, poursuit Bassem Khoury, elle peut devenir un Etat qui n'a besoin ni d'aides ni de donations. »

La conférence de Bahreïn et l’approche américaine sont rejetées par les Palestiniens. Depuis la reconnaissance par le président des Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël, le 6 décembre 2017, le fossé se creuse entre l'Amérique et la Palestine. Donald Trump est soupçonné d’avoir adopté la ligne politique des nationalistes israéliens pour satisfaire son électorat évangélique.

"Une longue comédie"

Hanan Ashrawi est l’une des plus importantes figures de l’OLP, l’Organisation de libération de la Palestine. 

« La conférence de Bahreïn est clairement la suite d’une longue comédie. C’est une façon de contourner les vrais problèmes, qui sont politiques et légaux, en donnant plus de temps aux Israéliens pour qu’ils avancent encore sur le terrain. »

Le vrais but, en arrière-plan, c’est d’abord d’intégrer Israël au monde arabe, et, en parallèle, de dire aux Palestiniens qu’ils doivent se rendre, accepter leur captivité, le vol de leurs terres, de leur culture, de leur ressources, de leur histoire.

La solution américaine tord un peu plus les critères traditionnels de règlement du conflit. Intitulée « De la paix à la prospérité », elle tend en effet à troquer les critères politiques pour des critères économiques. Une façon d’enterrer Oslo, dit Bassem Khoury.

Au départ, l’idée, c'était « les terres en échange de la paix ». Les arabes récupéraient les terres occupées illégalement [par Israël] en échange [pour l'Etat hébreu] de la paix avec le monde arabe et les Palestiniens.

Maintenant, l’idée américaine, c’est la paix pour la prospérité.  Les Etats-Unis veulent signer un accord de paix aujourd’hui avec tous les pays arabes; En retour, ils promettent la prospérité pour plus tard.

Les Palestiniens réunis

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Jordanie, notamment, ont répondu à l’invitation des Américains. Les Israéliens doivent envoyer une délégation qui ne sera pas politique. Mais il ne faut pas en attendre grand chose, estime Ghassan Khatib, politologue à Ramallah.

Parce que les Palestiniens, qui sont censés être au centre des discussions, seront absents. Et parce que la plupart des pays arabes qui participent ne le font qu'à cause des pressions qu’ils sont subies. Ils ne sont pas convaincus. 

Cette conférence a en tout cas réussi à souder le camp palestinien. Elle est rejetée par tous, y compris par le Hamas, à Gaza. Le chef de son bureau politique, Ismael Hanyeh, explique : 

Le projet national était déjà menacé par l’occupation israélienne et ce qu'elle fait pour saper ses fondement. Il est maintenant menacé par l’administration américaine, qui essaye de pousser ce que l'on appelle « le deal du siècle » avec son projet de Manama [capitale de Bahreïn].

Un vaste plan de financement qui, estime Washington, devrait créer 1 million d’emploi sur dix ans en Palestine. Les Etats-Unis promettent aussi des investissements dans les infrastructures. Mais le volet politique, le plus sensible, est reporté au plus tôt au mois de novembre.

Avec la collaboration de Chadi Romanos

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