LE DIRECT
Un des cinq humoristes de “Comédie Chéri(e)”, stand-up clandestin, devant une trentaine de spectateurs réunis dans un grand appartement du 20e arrondissement de Paris, le 27 mars 2021.

Spectacle vivant : des stand-ups clandestins "mais raisonnables" face à la pandémie

4 min
À retrouver dans l'émission

De jeunes humoristes bravent la fermeture des lieux culturels en se produisant dans des appartements, devant un public pressé de retrouver un contact réel avec la scène. Insouciance ou responsabilité ? Il y a une forte condition pour profiter du spectacle : présenter un test antigénique négatif.

Un des cinq humoristes de “Comédie Chéri(e)”, stand-up clandestin, devant une trentaine de spectateurs réunis dans un grand appartement du 20e arrondissement de Paris, le 27 mars 2021.
Un des cinq humoristes de “Comédie Chéri(e)”, stand-up clandestin, devant une trentaine de spectateurs réunis dans un grand appartement du 20e arrondissement de Paris, le 27 mars 2021. Crédits : Benoît Grossin - Radio France

Discrètement, les invitations sont envoyées sur les réseaux sociaux, pour Comédie Chéri(e), un événement clairement présenté comme clandestin, en pleine crise sanitaire. 

Un premier rendez-vous s’est tenu au mois de février dans un appartement du 19e arrondissement de Paris, en réponse à la privation des bars et cafés-théâtres.

Quelques jours avant la fermeture des classes et l’instauration d’un troisième confinement partout en France, un deuxième épisode, samedi 27 mars, dans le 20e arrondissement, a rassemblé dans un grand salon une trentaine de spectateurs, âgés de moins de 30 ans.

Pour une heure de spectacle, chacun d’entre eux devait montrer patte blanche, en présentant à l’entrée, un test antigénique négatif de moins de 24 heures, dans ce cercle privé. Pour éviter que cela ne s’ébruite, ils ont tous été conviés directement et secrètement par les cinq jeunes humoristes : deux femmes et 3 hommes (dont les prénoms ont été changés et tous les visages floutés sur les photos, à leur demande) pour lesquels le stand-up ne peut être virtuel et doit "absolument" s’accomplir, par le rire, dans une interaction palpable et sonore avec un public. 

L’invitation du deuxième stand-up clandestin, envoyée discrètement et uniquement sur les réseaux sociaux. Les noms et l’adresse exacte ont été effacés à la demande des organisateurs.
L’invitation du deuxième stand-up clandestin, envoyée discrètement et uniquement sur les réseaux sociaux. Les noms et l’adresse exacte ont été effacés à la demande des organisateurs. Crédits : Anatole

"On se sent vivant, quoi !"

Il est 16 heures. Andréa, bénévole, est dans le couloir d’entrée de l’immeuble, pour accueillir les spectateurs : "J'attends que les gens arrivent. Je récupère les tests. Ils sont là, dans mes mains. C'est très rassurant de voir que les gens jouent le jeu !"

Tous doivent présenter un test antigénique de moins de 24 heures. C'est le cas de Marie. Son test est négatif. Elle reçoit un feu vert d'Andréa pour participer au deuxième épisode de Comédie Chéri(e). La jeune femme est comblée avant même d'assister au stand-up : 

Voir jouer des gens, ça me manque de fou ! Et ça fait plaisir aussi de voir que la culture, c'est pas fini. Je ne sais pas ce qu'ils vont faire. Je ne sais pas la qualité, mais juste voir des gens qui sont sur scène, on se sent vivant, quoi ! Que ce soit de recevoir ou de donner, on a besoin de contact humain, face à face. Une salle qui rigole ensemble, c'est beaucoup plus fort que de rigoler tout seul derrière son écran, dans son lit. Les corps humains échangent entre eux et ça, il ne faut pas le perdre !

Musique, discussions et rires, avant le coup d'envoi du spectacle, l'ambiance est déjà festive, dans le grand salon de 60m2. Au fond de la pièce, il y a un tabouret de bar, un pied perche et son micro, rien de plus sur la "scène "devant laquelle sont installés deux canapés et une trentaine de chaises pour les spectateurs, sans masque, pour la plupart dans l'espace clos.  

La scène du deuxième '"Comédie Chéri(e)" clandestin, au fond du grand salon d'un appartement, dans l'Est parisien, le 27 mars 2021.
La scène du deuxième '"Comédie Chéri(e)" clandestin, au fond du grand salon d'un appartement, dans l'Est parisien, le 27 mars 2021. Crédits : Benoît Grossin

"Le stand-up, c'est un antidépresseur !"

C'est parti pour une heure de spectacle : Lancelot, sous les applaudissements, prend le micro et demande au public : "Qui vient pour la première fois voir du stand-up en appartement en période de pandémie ?" La réponse - un fort et grand "oui" collectif - est suivie de sa part d'un Bienvenue au Comédie Chéri(e) clandestin !

Écouter
1 min
“On ne fait pas n’importe quoi. On ne veut pas faire de la mauvaise pub parce qu’on n’est pas non plus dans le déni de la pandémie” : Lancelot, humoriste et co-organisateur des stand-ups clandestins.
“On est dans l'illégalité, mais on veut prouver que ça peut devenir une sorte de légalité dans le futur” :  Lancelot, humoriste et co-organisateur de “Comédie Chéri(e)”.
“On est dans l'illégalité, mais on veut prouver que ça peut devenir une sorte de légalité dans le futur” : Lancelot, humoriste et co-organisateur de “Comédie Chéri(e)”. Crédits : Benoît Grossin - Radio France

Un bocal en verre passe dans le public à la fin du stand up, pour une participation au chapeau. Mais ce n'est pas ça qui compte le plus. Pour Daniela, comme pour les autres humoristes, la priorité des priorités aujourd'hui est de revenir sur scène : 

Besoin de le faire, de pratiquer, de jouer. Besoin de se sentir vivant. Concrètement, le stand up fait rire. C'est un antidépresseur ! De manière générale, c'est mon exutoire. Alors oui, on se reconvertit, on fait des vidéos, on est sur les réseaux sociaux, sur Instagram. Mais ça n'a rien à voir. Il n'y a pas ce contact avec le public. Il n'y a pas ce retour de flamme, quand les gens rigolent, que ça nous fait du bien et que ça nous procure une force de vivre, une envie ! 

Écouter
2 min
“Ce n’est pas parce que c’est illégal que c’est forcément mal “ : Solange, une des deux jeunes femmes humoristes qui ont participé au deuxième “Comédie Chéri(e)” clandestin.
Une des chambres de l'appartement a servi de loge pour les cinq comédiens du stand-up clandestin, le 27 mars 2021.
Une des chambres de l'appartement a servi de loge pour les cinq comédiens du stand-up clandestin, le 27 mars 2021. Crédits : Benoît Grossin - Radio France

Les spectateurs expriment tous, exactement, le même sentiment. Et pour Julie, ce stand-up est d'abord un cadeau : 

J'attendais ça, comme Noël, depuis plusieurs jours, de retrouver le spectacle et juste de rire ensemble, pas tout seul devant son écran. C'est un moment partagé. Ça fait énormément de bien. On parle beaucoup tous de santé mentale aussi et je pense que c'est important de garder des moments comme ça. Même si c'est illégal, je ne me suis pas dit : "Oh là là, on va créer l'énorme cluster de 2021 !". Je n'y serais pas allé, sinon.  

Julie, comme le reste du public, est partie sagement, avant le couvre-feu.

Écouter
1 min
“Prouver qu'on peut jouer en minimisant tous les risques, en montrant qu'on est responsable, qu'on peut passer un bon moment, en sécurité” : Amir, humoriste du deuxième “Comédie Chéri(e)” clandestin.
"C'est un spectacle vivant ! Il faut donc qu'il y ait vraiment des gens qu'on voit" : Anatole, humoriste et co-organisateur des stand-ups clandestins.
"C'est un spectacle vivant ! Il faut donc qu'il y ait vraiment des gens qu'on voit" : Anatole, humoriste et co-organisateur des stand-ups clandestins. Crédits : Benoît Grossin - Radio France

"C'est ce qui se passe en Espagne. On n'a rien inventé !"

L'humoriste Anatole, coorganisateur du stand-up clandestin, ne pense pas avoir vraiment franchi la ligne jaune pour faire vivre son spectacle : 

C'est un spectacle vivant ! Il faut donc qu'il y ait vraiment des gens qu'on voit. On ne peut pas construire une blague chez soi sans la délivrer pour savoir si ça marche ou pas. Et par Internet, ce n'est pas le même rendu et ce n'est plus du stand-up. Il faut que les gens soient là. C'est ça qui nous manque aujourd'hui, c'est de se retrouver, en fait. On nous dit toujours que ça va ouvrir et on ne sait pas quand. On n'a pas de date. Donc, on s'est dit plutôt qu'attendre, soyons acteurs, essayons de proposer des solutions ! Ce qu'on a fait ce soir, c'est une solution, à mon sens. C'est ce qui se passe en Espagne. On n'a rien inventé. C'est une solution raisonnable.  

La prochaine édition de Comédie Chéri(e) doit se tenir le 1er mai, en banlieue parisienne, non pas dans un appartement cette fois, mais dans une spacieuse galerie d'art.  

Écouter
1 min
“Quand ça va rouvrir, il faut qu'on soit opérationnel ! “ : Daniela, humoriste du deuxième “Comédie Chéri(e)” clandestin, a “tout quitté” cette année pour faire du stand-up.
Dans un grand appartement d’un immeuble du 20e arrondissement de Paris, les cinq humoristes d’un stand-up clandestin, devant leur public, après une heure de représentation, le 27 mars 2021.
Dans un grand appartement d’un immeuble du 20e arrondissement de Paris, les cinq humoristes d’un stand-up clandestin, devant leur public, après une heure de représentation, le 27 mars 2021. Crédits : Benoît Grossin - Radio France
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......