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La Suède et sa capitale Stockholm reste la vitrine du modèle social européen.

Suède : son modèle social à l’épreuve

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Largement reformé depuis les années 90, le modèle social suédois montre quelques faiblesses. Des pensions plus faibles qu'en France, une privatisation des services publics qui s’accélère. Forte d'une économie dynamique et d'un taux d'emploi élevé, la Suède reste une vitrine sociale en Europe.

La Suède et sa capitale Stockholm reste la vitrine du modèle social européen.
La Suède et sa capitale Stockholm reste la vitrine du modèle social européen. Crédits : Holger Hollemann - Maxppp

La Suède sort d'une longue et éprouvante campagne législative qui a abouti en janvier dernier, après quatre mois de négociations à la formation d'un gouvernement de coalition entre les partis de centre gauche, libéraux et Verts. Mais la montée du parti d’extrême droite  "les démocrates de Suède" se confirme au fil des élections et les élections européennes en mai prochain ne devraient pas faire exception. Ce parti met la pression sur les questions d'immigration et le fameux modèle social suédois. Ces cinq dernières années, le pays a accueilli plus de 400 000 réfugiés pour une population de 10 millions d'habitants. La difficulté d'intégration des étrangers met à mal la tradition multiculturelle de la Suède pourtant réputée libérale et tolérante.   

La Suède, hôte en 2017 du Sommet Social Européen à Göteborg, avait été l'occasion pour les 28 de promouvoir auprès de leurs citoyens leurs ambitions de construire une Europe qui protège. Un Socle Européen des Droits Sociaux y avait été proclamé qui comportait vingt grands principes, qui restaient toutefois au stade de recommandations, non contraignantes, l'Europe ne disposant pas dans le domaine social de réelles prérogatives. 

Sur les questions d'égalité entre les hommes et les femmes ou encore d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la Suède est en avance. Avec un congé parental qui peut s'étaler sur 16 mois dont 8 à répartir entre la mère et le père, la Suède est le pays d'Europe qui rémunère le mieux les parents. Ils conservent jusqu'à  80% de leur salaire pendant les 13 premiers mois, les trois restants sont indemnisés à hauteur de 500 euros.  

Denis avec ses deux filles en congés parental de 6 mois.
Denis avec ses deux filles en congés parental de 6 mois. Crédits : Annabelle Grelier - Radio France

Pour Denis, papa français de deux filles, et marié à une Suédoise : 

La Suède est l'eldorado des parents. Quand j'ai dit à mes employeurs que je prenais six mois de congés parental, la nouvelle a été bien acceptée. Ils m'ont félicité. Ici, je paie beaucoup d'impôts mais j'en suis content, je sais où va mon argent.   

Inscrit dans le Socle Européen des droits sociaux, le congé parental à la suédoise fait en effet figure de vitrine quand la directive européenne conciliation vie privée vie professionnelle ne prévoit que 10 jours minimum rémunérés pour le père. D'ailleurs, le revenu de remplacement suit les mêmes règles qu'un revenu classique : il est imposable et les cotisations retraite sont également maintenues.  

Toutefois, le modèle social suédois relève aujourd'hui bien moins de l'Etat providence que des communes et des comtés. En 30 ans, son système de santé est devenu l'un des plus décentralisé de l'OCDE. Si le financement reste public, écoles, hôpitaux ou encore maisons de retraite ont largement été privatisés, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes, estime Anna Werkelhin Alyn de la principale association de défense des retraités PRO :

On remarque que la compétition entre les différentes entreprises privées et publiques n'est pas de nature à accroître la qualité mais plutôt à faire baisser les coûts, ce qui entraîne une baisse de qualité et puis il y a aussi le problème de coordination des soins. Pour nous, ce n'est pas un problème la privatisation, ça offre un choix mais il faudrait pouvoir limiter le profit des entreprises qui opèrent dans le social.

La culture du consensus, voilà le principal secret du modèle social suédois. Le système des retraites si souvent cité en exemple en France a nécessité près de 15 ans de négociations. Modèle de rigueur et d'efficacité à la nordique, il n'échappe pourtant pas à la critique.  

Il y a de plus en plus de gens qui doutent que ce système soit vraiment juste et équitable... Beaucoup de gens qui ont travaillé dur toute leur vie se retrouvent à toucher la même pension que d'autres qui ont peu travaillé percevant le minimum vieillesse, c'est le cas notamment des femmes qui travaillent dans le secteur de la santé, des emplois peu rémunérés avec beaucoup de temps partiel.
Anna Werkelhin Alyn

L'organisation du marché du travail reste l'un des piliers les plus stables du modèle suédois. Il repose principalement sur la négociation collective entre les syndicats et le patronat. Plus qu'avec l'Etat qui n'impose pas de salaire minimum. Aussi la Suède ne souhaite pas que l'Europe s'immisce sur ce terrain. En revanche, la réglementation du marché du travail européen reste une priorité pour Johan Danielsson, numéro 2 sur la liste socio démocrate aux élections européennes et candidat unique de la très puissante confédération syndicale LO :

Notre principal problème est de nous assurer que les entreprises étrangères ne puissent pas venir nous concurrencer en baissant les salaires et les conditions de travail, comme ces ouvriers polonais qui viennent travailler temporairement en Suède. Il est essentiel qu'ils travaillent dans le cadre des conventions collectives suédoises, qu'ils aient des salaires du même niveau que les Suédois. Dans certains secteurs, vous pouvez voir tous les jours des abus. Quelques jours avant Noël, la police suédoise décrivait la situation dans le secteur de la construction comme de l'esclavage moderne. Nous devons renforcer la directive sur les travailleurs détachés, ce qui a été demandé par la Suède mais aussi par la France. Il est important de combattre le dumping social et la concurrence déloyale mais aussi, nous devons utiliser l'Europe et les leviers que nous avons pour assurer des conditions de travail et de vie décentes aux travailleurs européens. Rappelons qu'encore 4 000 personnes meurent chaque année sur leur lieu de travail en Europe.

Une économie en pleine forme , un marché de l'emploi dynamique et un taux de chômage redescendu à son taux le plus bas depuis 2008. La Suède traverse pourtant une crise de confiance face aux migrants et leur intégration. Avec l'accueil de 270 000 réfugiés entre 2014 et 2015€, la question de l'immigration pourrait bien à nouveau dominer la campagne européenne suédoise. Jenny Anderson de l'association féministe SKL regrette que les femmes issues de l'immigration soient trop souvent laissées à la marge du modèle social suédois.

Jenny Andersson
Jenny Andersson Crédits : SKL

Quand on en vient à parler du marché de l'emploi, notre objectif principal est d'améliorer l'intégration des femmes immigrées, elles pâtissent d'un taux d'emploi beaucoup plus faible et par conséquent bénéficient beaucoup moins des aides sociales. Nous souhaitons que les programmes d'Etat consacrent des budgets spécifiques pour les femmes immigrées, car ce sont souvent les hommes qui les reçoivent. C'est un élément de cohésion sociale pour notre société, il faut que les femmes immigrées puissent être économiquement .

Dans une Europe déchirée sur sa politique migratoire, les électeurs suédois vont-ils reporter leur vote sur le parti d' extrême droite ? Réponse le 26 mai.

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