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Patrick Maurin en est à sa troisième marche de ce genre pour sensibiliser les agriculteurs

Suicide des agriculteurs : un élu marche pour sensibiliser à ce tabou

4 min
À retrouver dans l'émission

Patrick Maurin est conseiller municipal de Marmande (Lot-et-Garonne). Le 10 février, il est parti du Touquet pour rejoindre la Porte de Versailles et le Salon de l'agriculture qui débute samedi prochain. Une nouvelle marche pour alerter sur un sujet encore tabou : le suicide des agriculteurs.

Patrick Maurin en est à sa troisième marche de ce genre pour sensibiliser les agriculteurs
Patrick Maurin en est à sa troisième marche de ce genre pour sensibiliser les agriculteurs Crédits : Lise Verbeke - Radio France

C'est la troisième fois que Patrick Maurin entame ce type de périple. Cette fois, la marche sera de 250km entre Le Touquet et Paris. En septembre dernier, il avait parcouru 540km entre le Lot-et-Garonne et le Morbihan avec en tête, le même objectif : alerter sur la question du suicide des agriculteurs. Lors de sa marche, il recueille les doléances des professionnels qu'il rencontre. Il compte les remettre à Emmanuel Macron lors de l'inauguration du Salon de l'agriculture.

Crédits : Visactu

L'origine intime de la démarche

A l'origine de cette marche, un souvenir très personnel de Patrick Maurin : "Mon meilleur ami s'est suicidé il y a une dizaine d'années. Ça m'a mis la puce à l'oreille. Plus largement dans le secteur, il y a une dizaine de personnes qui ont mis fin à leur jour. Je me suis aperçu qu'il y avait un réel problème." L'élu constate le manque de considération pour les agriculteurs, leur solitude aussi : "Il faut que les paysans soient mieux considérés. Il est temps notamment de dire aux Français : acheter français en premier, aidons nos paysans !"

Les langues mettent du temps à se délier

Lors d'une réunion à Thieulloy l'Abbaye, Patrick Maurin rencontre une dizaine d'agriculteurs avec lesquels il évoque le sujet. Une discussion s'entame mais les langues mettent du temps à se délier. Les agriculteurs évoquent d'abord leurs difficultés financières, les charges qui pèsent, les dettes qui les étranglent. Certains confient vivre avec 800 euros par mois. D'autres s'insurgent contre ce qu'ils appellent "l'agri-bashing". "On nous prend pour des pollueurs. Moi, le glyphosate, j'en répands sur mes champs, en respectant les normes. Mais je ne suis pas stupide, je le fais bien avant les récoltes. On nous accuse de tous les maux, alors que notre métier est de nourrir les gens. Sans nous, personne ne mange", s'exclame un jeune paysan qui habite le village. 

Au bout d'une heure de discussion, où chacun exprime ses inquiétudes, la question du suicide dans le milieu rural est enfin abordée. Une question qui reste très taboue pour les agriculteurs. Un quinquagénaire ose s'exprimer : "Le problème est d'arriver à détecter les gens en difficulté, les faire se confier pour les accompagner. Petit à petit, on voit des agriculteurs se replier sur eux-mêmes. Quelque part, on est aussi fautifs car c'est quelque chose que l'on doit voir."  Une de ses collègues surenchérit :

Avant, on était beaucoup moins seuls qu'aujourd'hui car on avait la famille. Aujourd'hui, dans nos métiers, on peut rester une semaine sans voir personne !

Dans la salle des fêtes, il y aussi "les anciens" comme ils s'appellent. "On est venu parler de cette question du suicide, car c'est important, explique un agriculteur à la retraite. Personne n'en parle car cela reste une honte, un déshonneur pour la famille."

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Un dispositif d'écoute qui fonctionne

La Mutualité sociale agricole a mis en place en 2014 un dispositif "Agri'écoute" pour aider les professionnels en difficulté. La ligne est disponible 7 jours sur 7 et 24h sur 24. Au bout du fil, des psychologues sont là pour écouter les agriculteurs qui en font la demande. Le numéro de téléphone fonctionne à plein régime explique le docteur Véronique Maeght-Lenormand : "On a reçu plus de 4 700 appels en 2018." 40% de ces appels ne concernent pas une urgence directe mais un simple besoin de parler : 

Les gens appellent ce numéro pour des raisons personnelles surtout, comme des problèmes familiaux ou sentimentaux par exemple. Ce métier est caractérisé par une grande solitude, un manque de lien social. On vit sur son lieu de travail et c'est particulièrement compliqué. D'ailleurs, les personnes qui nous appellent ne veulent pas exprimer leurs problèmes à des gens du métier. Ils sont satisfaits de parler à quelqu'un qui ne connaît pas le monde agricole, qui n'est pas leur voisin parce qu'il ne faut pas dire ses difficultés. C'est important d'avoir quelqu'un de neutre et de se confier de manière anonyme.

Environ 10% des appels font l'objet d'un suivi avec ces psychologues : "L'écoutant ou l'agriculteur peuvent rester en contact et se rappeler jusqu'à trois fois, détaille Véronique Maeght-Lenormand. L'avantage est que c'est le même psychologue qui reste en contact avec l'agriculteur, il n'a pas à reprendre son histoire depuis le début. Avant, on avait un système en place où l'agriculteur appelait et il ne se passait plus rien après. Aujourd'hui, on tente d'accompagner l'agriculteur pour ne pas le laisser seul avec ses difficultés. A la demande de l'agriculteur, les services de la MSA peuvent ensuite s'emparer du dossier s'il le souhaite."

Un nouveau réseau de prévention baptisé "Agri-sentinelles" devrait voir le jour à l'été pour alerter et prévenir les agriculteurs en difficulté et ensuite les orienter vers des plateformes d'écoute.

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