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A la mairie d'Istanbul, le principal candidat d’opposition, Ekrem Imamoglu, espère l’emporter une seconde fois face à celui du pouvoir, Binali Yildirim.

Turquie : à Istanbul, l'opposition menace toujours le parti d'Erdogan

4 min

A Istanbul, ce dimanche, les partis rejouent la municipale du 31 mars, annulée à la demande d'Erdogan, au prétexte d’irrégularités. Dans la ville natale du Président, dont il a lui-même été maire, l’opposition revendique une légère avance dans les sondages. Mais la bataille est loin d'être gagnée.

A la mairie d'Istanbul, le principal candidat d’opposition, Ekrem Imamoglu, espère l’emporter une seconde fois face à celui du pouvoir, Binali Yildirim.
A la mairie d'Istanbul, le principal candidat d’opposition, Ekrem Imamoglu, espère l’emporter une seconde fois face à celui du pouvoir, Binali Yildirim. Crédits : AFP

Il entre comme une rock-star revêtu d’un costume-chemise, dans une salle bondée où les climatiseurs viennent de tomber en panne.

« Ekrem, président ! » crie la foule, alors qu’Ekrem Imamoglu avance au rythme des selfies, des poignées de main, des accolades.

Comme son principal rival, l’ancien Premier ministre Binali Yildirim, le candidat d’opposition concentre cette seconde campagne sur les arrondissements les plus excentrés d’Istanbul – là où le parti au pouvoir enregistre ses meilleurs scores.

Ce jour-là, il est à Bayrampasa, dans les locaux d’une association de Bosniaques d’Istanbul, un électorat influent. Pour achever de convaincre cette foule déjà conquise, il traduit dans la langue bosniaque son slogan de campagne – « Tout ira très bien ».

Nuriye Demirol se lève pour applaudir. Celle qui porte un voile à carreaux dit n’avoir qu’une envie : faire perdre l’AKP – parti du président Recep Tayyip Erdogan – une seconde fois en deux mois. Pourtant, elle l’a longtemps soutenu, dès l’époque de son élection à la mairie de la mégapole, en 1994 :

Tayyip, c’était mon numéro un ! Je l’aimais vraiment beaucoup. C’est grâce aux gens comme nous qu’il est arrivé là où il est. Mais il nous a oubliés, nous les pauvres. J’en suis à compter le nombre d’oignons, de tomates et de patates que j’achète. Et ce n’est pas tout : beaucoup de gens ont peur de parler, peur de le critiquer quand ils discutent au téléphone. Il y a eu tant d’emprisonnements… Je ne sais pas comment il en est arrivé là. Ce que je sais, c’est qu’Imamoglu sera le remède pour Istanbul.

Mobiliser les indécis

La plupart des instituts de sondage accordent une faible avance – de l’ordre de deux points – au candidat d’opposition. Murat Gezici, directeur de l’institut Gezici, de bonne réputation, confirme cette avance. Mais il prévient : la partie est loin d’être gagnée...

Fait intéressant : 65 % des Stambouliotes interrogés par nos soins estiment qu’Imamoglu va gagner… Pourquoi ? Parce qu’Ekrem Imamoglu a réussi à se forger une image ultra-populaire, grâce aux réseaux sociaux et grâce à la très forte mobilisation de ses partisans sur le terrain. Une partie des électeurs de l’AKP s’imagine donc qu’il mène largement. Pourtant, son avance est loin d’être aussi grande.

Les partisans d’Ekrem Imamoglu ont une crainte : que la formation au pouvoir, l’AKP, soit finalement la plus efficace pour mobiliser ses électeurs – notamment les indécis et les déçus qui n’étaient pas allés voter le 31 mars, ou s’étaient reportés sur l’opposition. 

Ekrem Imamoglu a moins de réserves de voix que son rival. Donc chaque voix, parmi les 10,5 millions d’électeurs d'Istanbul, compte plus que jamais. C’est la raison pour laquelle Faruk Saglam, qui travaille en Serbie dans une entreprise textile, a fait le voyage jusqu’à Istanbul :

Je suis venu uniquement pour voter… C’est une élection capitale. Ekrem Imamoglu me semble être un homme honnête, qui peut aider à panser les plaies de cette société. Chaque fois que je reviens, je constate à quel point les gens sont devenus agressifs les uns envers les autres, surtout ceux qui ne pensent pas comme eux...

Le risque d'un camouflet

Dans le camp du pouvoir, l’enjeu aussi est énorme, ou perçu comme tel : une seconde défaite serait un camouflet majeur pour Recep Tayyip Erdogan. Prenant acte de l’échec de la stratégie employée avant le 31 mars – polariser la société entre pro et anti-terroristes, dramatiser l’enjeu dans l’espoir de faire oublier les problèmes économiques – Binali Yildirim a opéré un virage à 180 degrés.

Recep Tayyip Erdogan, l'actuel président turc, a été maire d'Istanbul.
Recep Tayyip Erdogan, l'actuel président turc, a été maire d'Istanbul. Crédits : AFP

Alors que l’élection a lieu à Istanbul, il est allé jusqu’à Diyarbakir, dans le sud-est du pays, pour y réclamer le soutien des électeurs kurdes. Mais d’après le sondeur Murat Gezici, l’AKP se trompe de cible :

Au fil des années, l’AKP a perdu une partie de sa base électorale : des électeurs qui votaient AKP non pas parce qu’ils étaient pieux ou conservateurs ou partisans de l’islam politique, mais uniquement pour améliorer leur niveau de vie. Ce sont eux qui, aujourd’hui, forment l’essentiel des électeurs qu’on appelle « indécis ». Ce ne sont pas des Kurdes, ce ne sont pas des partisans… Ce sont des gens qui ont du mal à joindre les deux bouts parce que leur pouvoir d’achat a baissé.

Comme le 31 mars, la bataille de dimanche pourrait être serrée. Les partis d’opposition seront aux aguets, présents dans tous les bureaux de vote pendant toute la journée, jusqu’à la fin du dépouillement. Et ils feront remonter leurs propres résultats... Depuis l’annulation du premier scrutin, ils ont perdu toute confiance dans les autorités électorales.

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