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 Des soldats turcs transportent le cercueil du soldat turc Halil Cankaya, qui a été tué lors d'une frappe aérienne dans la ville syrienne d'Idlib, lors des funérailles d'Ankara, en Turquie, le 1er mars 2020

Turquie : montée du sentiment anti-syrien

4 min

La Turquie a lancé une vaste offensive en Syrie. Le déclencheur de cette opération : la mort de plus d’une trentaine de soldats turcs dans un bombardement du régime d'Assad dans la nuit de jeudi à vendredi. Des morts qui, au sein de la population, ont aussi réveillé un sentiment anti-syrien.

 Des soldats turcs transportent le cercueil du soldat turc Halil Cankaya, qui a été tué lors d'une frappe aérienne dans la ville syrienne d'Idlib, lors des funérailles d'Ankara, en Turquie, le 1er mars 2020
Des soldats turcs transportent le cercueil du soldat turc Halil Cankaya, qui a été tué lors d'une frappe aérienne dans la ville syrienne d'Idlib, lors des funérailles d'Ankara, en Turquie, le 1er mars 2020 Crédits : Adem Altan - AFP

En une nuit, entre jeudi et vendredi, plus d’une trentaine de soldats turcs ont perdu la vie dans un pilonnage de l'artillerie syrienne. En réponse, il n'a pas fallu plus de quelques heures pour que la colère monte en Turquie. Une colère dirigée contre les réfugiés syriens, dans les villes proches de la frontière, où les hôpitaux accueillaient les dépouilles des soldats tués ou leurs frères d’armes gravement blessés.

Hassan, un Syrien qui a fui en Turquie, raconte cette éruption de violence, assez inquiet pour demander qu’on change son nom et qu’on ne cite pas la ville où il habite.

Le jour de la mort des soldats turcs, il y avait un magasin syrien qui était ouvert tard le soir. Le propriétaire a été tabassé parce qu’il était encore ouvert et qu’on lui reprochait de ne pas être triste pour la mort des soldats. La police a dû intervenir pour ramener le calme.

Cette poussée de fièvre a amené la police turque à prendre les devants pour éviter d’autres violences contre les réfugiés syriens, installés pourtant dans cette bourgade frontalière depuis plusieurs années.

La police a prévenu le maire, pour qu’il demande aux réfugiés syriens de rester chez eux pendant quelques jours. Des Syriens ont quand même ouvert leur magasin alors les policiers sont allés les voir un par un, pour leur recommander de fermer, pour leur propre sécurité.

Boucs-émissaires

Les précautions sont les mêmes à quelques kilomètres, dans une autre ville frontière. Ici, aucune manifestation de violence de la population turque n'a justifié de déclencher une mise en garde des autorités, mais les réfugiés syriens ont senti eux-mêmes la nécessité de faire profil bas.

Selim, originaire d’Idlib, réfugié en Turquie depuis quatre ans, a entendu le message violent envoyé par ses hôtes : "Les Turcs nous font porter la responsabilité de la mort de [leurs] soldats."

Il y a eu des mots racistes… des voitures ou des magasins de syriens qui ont été attaqués dans la région, donc on limite nos déplacements, on essaye de ne pas être en contact avec les trucs, de ne pas sortir de la maison si ce n’est pas nécessaire.

Sur les 5,6 millions de réfugiés syriens recensés par le HCR, 3,6 millions se trouvent en Turquie, notamment sur la frontière avec la Syrie, comme ici, à Gaziantep.
Sur les 5,6 millions de réfugiés syriens recensés par le HCR, 3,6 millions se trouvent en Turquie, notamment sur la frontière avec la Syrie, comme ici, à Gaziantep. Crédits : Ozan Kose - AFP

Pour ce père de famille, ce sentiment anti-syrien peut se comprendre, surtout qu’il est alimenté, selon lui, par certains partis politiques turcs pour affaiblir le président Erdogan. Pour ses enfants, en revanche, c’est beaucoup plus difficile.

Sa fille aînée Samia, 17 ans, raconte une journée délicate au lycée, au lendemain de la mort des soldats turcs : "Quand je suis allé à l’école, tous mes amis me regardaient comme si c’était moi qui les avait tué."

Ils nous regardaient, avec mes copines syriennes, et nous disaient : "Vous êtes venus de Syrie pour vous amuser, vous pouvez boire, manger…" Ils nous bousculaient en nous disant : "Vous êtes contents que nos soldats soient morts !"

Une solution régionale ?

Une pression et des commentaires que le cadet de la famille a aussi entendus et dû encaisser, qu'ils émanent de ses camarades ou d’un professeur… Des mots qui blessent, mais qui restent rares, assure Mervé, une enseignante turque qui a plusieurs classes mixtes.

Quand ça se produit, les professeurs essayent de mettre en garde les élèves turcs d’une manière gentille et de leur dire qu’ils ne doivent pas faire ce genre de chose. Avec les autres profs, on essaye de faire de la sensibilisation…

Mais pour Selim, le père de famille, la solution à ce sentiment de rejet qui monte en Turquie se trouve ailleurs, dans les capitales européennes : "La Turquie ne peut pas assumer seule un tel afflux de Syriens."

Tous les réfugiés ne veulent pas venir en Turquie ou aller en Europe. Ils veulent rester dans leur propre pays et vivre leur vie dans leur village. Les européens doivent aider militairement la Turquie à mettre un terme à ce régime, à cette guerre.

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