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Les capteurs de cette machine à voyager permettent de souffler de l'air chaud ou froid, mais aussi de diffuser des odeurs.

Voyager virtuellement pour apaiser ses angoisses

5 min

Une entreprise nordiste, Virtysens, a créé une machine multi-sensorielle pour permettre de s’évader, sans bouger de son fauteuil. Un outil devenu indispensable dans les Ehpad et les Maisons d’accueil pour handicapés qui en sont équipés depuis le début de la crise du Covid-19.

Les capteurs de cette machine à voyager permettent de souffler de l'air chaud ou froid, mais aussi de diffuser des odeurs.
Les capteurs de cette machine à voyager permettent de souffler de l'air chaud ou froid, mais aussi de diffuser des odeurs. Crédits : Lise Verbeke - Radio France

Toutes les semaines, dans la Maison d’accueil spécialisée (MAS) de Cantin, près de Douai dans le Nord, les résidents ont pris l’habitude de faire la queue… pour voyager. C’est l’ergothérapeute de l’établissement qui est chargé de les installer. Ce matin-là, Christine, 58 ans, a choisi de visiter Venise. Pierre Titecat ajuste sur son nez le casque de réalité virtuelle. Et place son fauteuil roulant au centre de la machine. Christine se retrouve entourée de cinq capteurs fixés sur un cercle en métal. Le voyage peut commencer. 

Christine voyage à Venise, pendant une vingtaine de minutes, sous l'oeil de l'ergothérapeute, la directrice et l'aide médico-psychologique de la MAS de Cantin.
Christine voyage à Venise, pendant une vingtaine de minutes, sous l'oeil de l'ergothérapeute, la directrice et l'aide médico-psychologique de la MAS de Cantin. Crédits : Lise Verbeke - Radio France

"Oh c’est beau !", s’exclame la résidente, avant de se plonger dans le silence et d’apprécier. "Les résidents réagissent de manière différente, explique Alexis Hochart, aide médico-psychologique de la MAS. Certains parlent beaucoup, racontent ce qu'ils voient, ou essaient d'entrer en interaction avec les chats et les chiens. D’autres ne disent rien, mais tournent la tête en haut et en bas, de droite à gauche". 

Capsule multi-sensorielle à destination de l'Égypte ou du pôle Nord

La machine a été conçue par la société Virtysens, une entreprise nordiste. Elle permet avec la réalité virtuelle de voyager dans une dizaine de destinations. "Il y a l’Égypte, qui a beaucoup de succès, détaille l’ergothérapeute, mais on peut aussi aller au pôle Nord, s’assoir simplement face à la mer, visiter Paris, ou encore voir des chiens et des chats". Pour que le voyage soit parfait, la machine, via les capteurs, fait appel à tous les sens. Un souffle froid ou chaud est diffusé, mais aussi des odeurs, via des huiles essentielles. "Comme de l’humus quand on est en forêt, de l’iode à la mer, de la cannelle, etc.", précise l’aide médico-psychologique, "pour l’avoir testé, on a vraiment l’impression d’y être, c’est bluffant". 

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Une baisse des angoisses

Au bout d’une vingtaine de minutes, le voyage en gondole se termine pour Christine. Lorsqu’elle retire le casque, elle a le sourire jusqu’aux oreilles. "C’était beau, s’exclame-t-elle, j’ai vu les bateaux, les maisons, il y avait des gens qui peignaient, des petits garçons qui jouaient, et des églises". Les bénéfices de chaque voyage se ressentent tout de suite, assure la directrice de la MAS, Cathy Frizzarin, "les résidents ont moins d’angoisses, ils sont apaisés, et cela leur procure de la joie. Ils en parlent aussi beaucoup entre eux. Et cela peut aussi leur faire remonter des souvenirs. Par exemple, Christine est allée en Égypte il y a quelques années, quand elle a fait le voyage virtuel, elle s'y est replongée et cela l'a beaucoup émue". Un moment devenu indispensable dans leur quotidien, car depuis un an, les entrées et les sorties sont très limitées par le Covid. 

Nous qui sommes habituellement si ouvert vers l’extérieur, nous avons dû nous réinventer pour leur permettre de s’évader.

La machine coûte à la MAS 7 000 euros en location à l’année. Un investissement conséquent, mais compensé par les sorties qui n’ont pas eu lieu depuis mars dernier. 

Sept ans de R&D

Cette machine particulière a été imaginée par Xavier Melin : "Il a fallu sept ans de recherche et développement pour aboutir". A 30 ans, le manager commercial dans une grande entreprise, décide de tout plaquer pour s’y consacrer. Il a eu l’idée en observant sa fille, Lilou, autiste sévère. "A 6 ans, elle ne pouvait plus aller à l’école, il fallait que je trouve un moyen pour elle de s’évader". Quand il lui met le casque, le changement est incroyable : "D’habitude, elle n’a pas de réaction, elle est capable de fixer un mur pendant une heure, le casque l’a focalise sur autre chose et lui donne envie de découvrir, de voir ce qu’il se passe". Il s’entoure d’ingénieurs, de scientifiques, son projet est incubé chez Euratechnologie à Lille et Saint-Quentin, où il trouve des financements. 

Aujourd’hui, la machine Virtysens est installée dans une quinzaine d’établissements dans les Hauts-de-France, dans des Ehpads, des Maisons pour handicapés moteurs ou psychiques, ou encore des instituts médico éducatifs pour enfants et des services de soins palliatifs dans les hôpitaux. 

Xavier Melin veut aller encore plus loin. Il travaille actuellement à un projet avec le rectorat du Nord. Des élèves vont filmer l’intérieur du musée de la Piscine à Roubaix, pour créer un nouveau voyage sensoriel. 

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