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Le naufrage des civilisations

Amin Maalouf : "Sa manière de gouverner était pour le moins contestable mais Nasser a donné aux Arabes le sens de la dignité"

26 min
À retrouver dans l'émission

Rencontre avec l'écrivain essayiste Amin Maalouf pour la parution de son ouvrage, "Le naufrage des civilisations".

Le naufrage des civilisations
Le naufrage des civilisations Crédits : Amin Maalouf © JF PAGA - éd. Grasset

Lundi-livre 

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivain Amin Maalouf, à l'occasion de la parution de son essai, "Le naufrage des civilisations", aux éditions Grasset. Il revient pour nous sur ses jeunes années estudiantines marquées par la fameuse date du 9 juin 1967, jour où le Président égyptien Nasser annonçait sa démission à l'issue de la Guerre des Six Jours avec Israël.

Je me souviens de ce discours, je l'avais écouté ce jour-là, et c'était un coup de massue. C'était un vendredi, j'avais 18 ans, je devais recevoir les résultats de mon premier examen à l'université. J'ai vu la liste, j'ai vu mon résultat, je suis sorti de l'université, en ayant oublié si j'avais réussi ou échoué ; c'est dire si la confusion mentale était énorme ce jour-là, dans le pays, et un peu dans toute la région arabe. La chute de Nasser - au sens de défaite - a été la fin d'une époque et le début d'une autre.

Du temps de Nasser, l'idéologie dominante c'était le panarabisme, le nationalisme arabe qui était personnifié par Nasser. La défaite de Nasser en 1967 a signifié la fin de cette idéologie et la montée d'une autre idéologie qui, elle, était basée sur la religion. D'autres ont essayé, mais personne n'a jamais pu avoir la popularité de Nasser. Il est arrivé au pouvoir avec un conflit très grave avec les Frères musulmans. Il a pu s'imposer, et sa défaite est apparue comme une victoire des Frères musulmans qui ont pu dire : "Regardez, c'était un enchanteur mais il nous a bernés". C'est ce qui s'entendait à cette époque, dans les régions.

D'un autre côté, la famille de ma mère était installée depuis la fin du XIXe siècle en Egypte, et l'arrivée de Nasser au pouvoir s'est traduite par une expulsion en réalité qui a poussé vers la sortie tous ceux qui n'étaient pas des Égyptiens de souche dont la famille de ma mère. Ce qui a suscité beaucoup de ressentiment. Il y avait en Nasser le meilleur et le pire. 

C'est un homme qui a incarné les espoirs de la région, il était certainement profondément intègre, dédié à son combat, avec un projet national, et en même temps, il a voulu gouverner par un parti unique - c'était l'esprit de l'époque - il a voulu contrôler la presse, les maisons d'édition - sa manière de gouverner était pour le moins contestable et sa politique économique était fondée sur un dirigisme un peu de type soviétique, très bureaucratique, qui a mené à la ruine, mais il a donné véritablement aux gens le sens de la dignité. 

Programmation musicale :

Fairouz, Habbaytak Bessayf

En savoir plus

Dans Les Nuits de France Culture, 7 février 2016 :

Bibliographie

Intervenants
  • Ecrivain, essayiste, membre de l’Académie française.
L'équipe
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