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Dave Heath, New York 1960

Dave Heath, photographe des solitudes américaines, chaînon manquant entre Walker Evans et Diane Arbus

26 min
À retrouver dans l'émission

Diane Dufour, commissaire de l'exposition " Dave Heath, Dialogues with Solitudes ", au BAL, à Paris, est l'invitée du Réveil Culturel.

Dave Heath, New York 1960
Dave Heath, New York 1960 Crédits : © Dave Heath / Courtesy Howard Greenberg Gall, NY, Stephen Bulger Gall. Toronto

mardi - expo

avec Diane Dufour, co-directrice du BAL, à Paris, et commissaire de l'exposition " Dave Heath, Dialogues with Solitudes ", jusqu'au 23 décembre 2018. Une première présentation en Europe de l'oeuvre de Dave Heath (1931-2016), photographe majeur mais peu connu parce que peu exposé, et pourtant. Avec des photographies de rues et des gros plans sur des visages qui expriment la solitude dans la société américaine des années 60, il est un témoin de son temps, et c'est une oeuvre qui réunit quelques 150 tirages d'époque mis en dialogue - sur ce thème de la solitude - avec trois chefs-d'oeuvre du cinéma indépendant américain de cette période.

Né à Philadelphie en 1931, abandonné par ses deux parents à l'âge de quatre ans, Dave Heath a passé toute son enfance entre orphelinats et familles d'accueil, autant dire, une enfance sombre, solitaire, démunie. A quinze ans, à la lecture d'un photo reportage dans "Life Magazine", il découvre sa vocation de photographe et devient totalement autodidacte.  

Dave Heath, Chicago 1956
Dave Heath, Chicago 1956 Crédits : © Dave Heath/ Courtesy H.Greenberg Gal, NY/ S. Bulger Gal, Toronto

Ce n'est qu'à partir du début des années 50, à partir du moment où il est envoyé comme simple soldat en Corée, pas en photographe mais comme tirailleur qu'il va commencer à photographier ses camarades soldats en peu perdus en eux-mêmes, un peu absorbés, et c'est ce qui va déclencher vraiment son oeuvre, une oeuvre très courte, étroite, profonde et comète.  Un historien anglais dira de lui : " Dave Heath est le chaînon manquant entre Walker Evans et Diane Arbus.

Dave Heath, Sesco, Corée 1953-1954
Dave Heath, Sesco, Corée 1953-1954 Crédits : © Dave Heath/ Courtesy H.Greenberg Gall. NY/ Stephen Bulger Gall. Toronto

Il était tellement en avance sur son temps, proche d'une photographie conceptuelle ou expérimentale, mais à l'époque on n'utilisait pas ces mots-là, et c'est sous le coup du hasard et de la chance qu'il va publier son grand livre, "A Dialogue with Solitude ", en 1965, qui va lui permettre d'être un peu reconnu. 

Il appelait ça " Inner landscapes "- les paysages intérieurs - où il va alterner des paysages avec une mise à distance des opérations militaires ( les chars, les soldats) avec des portraits en très gros plan où il entre dans l'esprit de la personne photographiée comme pour lire les pensées intérieures.

C'est en Corée qu'il va créer son langage qui ne va plus le quitter, c'est là qu'il va dire : "tout ça, tous ces portraits que j'ai réalisés pendant des années dans toutes ces villes américaines, c'est un autoportrait : j'ai reconnu dans mes alter ego, j'ai reconnu dans ces gens dans la rue quelqu'un qui me ressemble ". Ce quelque chose de la faille, de la vulnérabilité, d'une Amérique qui commence à douter. Dave Heat va s'engouffrer dans cette brèche, avec la  " Beat Generation ".

Il dira : "J'ai voulu photographier des présences absentes à elles-mêmes. " Ses noirs sont parmi les plus beaux noirs de la photographie.

Dave Heath, Washington Square, New York 1960
Dave Heath, Washington Square, New York 1960 Crédits : © Dave Heath/ Courtesy H. Greenberg Gall, NY/ Stephen Bulger Gall, Toronto

Dave Heat va être totalement réaliste et abstrait en même temps, en un jeu avec le spectateur, comme un ping-pong émotionnel. Il avait une technique bien à lui pour photographier qui renvoyait à son enfance de solitaire avec du mal à entrer en contact avec les autres ; il se glissait au milieu des foules pour saisir, sans être remarqué, un visage absorbé. On a l'impression que cette "absorption ", c'était ce qu'il savait reconnaître chez l'autre, une sorte de reconnaissance non dite. 

Dave Heath, Washington Square, New York 1960
Dave Heath, Washington Square, New York 1960 Crédits : © Dave Heath/ Courtesy H Greenberg Gal, NY/ S. Bulger, Gal,Toronto

Programmation musicale : 

Sonny Rollins, Solitude.

Vidéo © Matthieu Samadet.  Lien vers le site Le BAL. 

Bibliographie

Dialogues with Solitudes

Dialogues with SolitudesLe BAL/Steidl, 2018

Intervenants
L'équipe
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Avec la collaboration de
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