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Hervé Le Corre

Hervé Le Corre : l'art d'aborder toute la colère des laissés pour compte sans jouer au romancier à thèse.

22 min
À retrouver dans l'émission

Avec " Traverser la nuit ", le maître du roman noir français, Hervé Le Corre, met en scène trois personnages en proie à leurs propres démons

Hervé Le Corre
Hervé Le Corre Crédits : Philippe Matsas - Opale - 2021

Lundi-Livre

Tewfik Hakem s'entretient avec l'écrivain romancier Hervé Le Corre, à l'occasion de la parution de Traverser la nuit, un polar paru aux éditions Rivages noirs. Où il y a Louise, trente ans et des poussières, des parents morts accidentellement et une vie de paumée, un ancien compagnon qui la harcèle, un flic à la dérive qui voudrait l'aimer, et un assassin sous la coupe de sa mère. L'histoire se passe de nos jours et sous la pluie, à Bordeaux.

A partir du moment où on sévit dans un genre littéraire qui s'apparente au naturalisme, au réalisme, il est difficile d'éviter la réalité sociale telle qu'elle se présente à nous, là avec sa pesanteur. J'ai pris du recul et, en même temps, je ne sais pas comment dans un roman aborder toute la colère, toute la rage, le désarroi que je peux éprouver en faisant le constat de notre société dans son chaos ; comment faire sans la jouer romancier à thèse ?  

" Je me demande quelle intrigue, quelle distance romanesque adopter pour que ce que j'ai envie de raconter puisse imprégner le texte sans le saturer "

Je ne fais jamais de fiche signalétique sur mes personnages, ils ne se présentent pas tout faits au début de l'écriture, je les travaille au fur et à mesure. Mon personnage Jourdan est un policier de brigade criminelle, j'ai eu beaucoup de mal à cerner pour lui trouver une densité ; j'étais parti sur un personnage corrompu à la Abel Ferrara, et puis, je l'ai adouci, j'en ai fait un personnage plein de douleur, de violence rentrée, et au fur et à mesure, je me suis surpris à le faire renoncer à cette violence. 

Louise, est l'inverse de la femme fatale, elle n'a d'autre idée que de survivre, tenir debout. Elle s'appuie sur son petit garçon, Sam, sa seule raison de vivre. Je me suis trouvé une empathie, une complicité avec ce personnage. je n'ai aucune idée de ce à quoi elle ressemble physiquement, ce n'est pas pour autant qu'elle n'est pas séduisante. Elle est auxiliaire de vie. Lui donner ce métier m'a servi aussi à m'ouvrir à d'autres solitudes que la sienne, ces personnes qui vieillissent seules, désemparées. Elle est le pivot du roman, l'univers tourne autour du soleil qu'elle est.

Et puis, il y a aussi un tueur dans cette histoire, Christian. Les monstres à mon avis n'existent pas, quels que soient les actes immondes qu'ils puissent commettre, ce sont des êtres humains, d'où le fait qu'ils sont d'autant plus redoutable. Comme lui, hérissé de couteaux et de violence - une mère incestueuse - qui éprouve un besoin de décharger son amour-haine pour sa mère sur les femmes qu'il rencontre sur son chemin.

Pour traverser leur nuit chacun de ces personnages à sa manière dispose de lampions vacillants qu'il ou elle suit tant bien que mal. Vers le jour vraisemblablement, même si l'aube commence à peine à poindre - mais j'ai eu du mal à trouver les interrupteurs…

Programmation musicale

David Bowie, Lazarus, 2015

Bibliographie

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