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Photo prise le 04 mars 1962, pendant pendant la guerre d'Algérie, d'un homme lisant des graffitis en faveur de l'OAS, l'organisation de l'armée secrète prônant l'Algérie française, sur un mur d'une rue d'Alger.

Jean-Marie Blas de Roblès : "«Pied-noir» était une insulte des journalistes anticolonialistes pour stigmatiser les Français d’Algérie qui l’ont récupéré comme étendard"

21 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec Jean-Marie Blas de Roblès qui signe un roman parcourant la vie d'une famille ancrée dans l'histoire de la guerre d'Algérie et questionnant les liens d'un fils à son père, par le prisme de la transmission des souvenirs.

Photo prise le 04 mars 1962, pendant pendant la guerre d'Algérie, d'un homme lisant des graffitis en faveur de l'OAS, l'organisation de l'armée secrète prônant l'Algérie française, sur un mur d'une rue d'Alger.
Photo prise le 04 mars 1962, pendant pendant la guerre d'Algérie, d'un homme lisant des graffitis en faveur de l'OAS, l'organisation de l'armée secrète prônant l'Algérie française, sur un mur d'une rue d'Alger. Crédits : DPA - AFP

Lundi livre dans le Réveil culturel, avec :

Jean-Marie Blas de Roblès, écrivain, pour Dans l’épaisseur de la chair, aux éditions Zulma

Jean-Marie Blas de Roblès signe une fiction, la saga d'une famille française, mais française depuis 1962, date du rapatriement des Français d'Algérie. L'histoire, donc, d'une famille de pieds-noirs espagnols d'Algérie et celle d'un homme à la mer qui se débat pour ne pas se noyer et va se remémorer quelques instantanés, non pas de sa vie, mais du passé de son père et de son grand-père à Sidi Bel Abbès...

J’avais 8 ans quand ma famille a été rapatriée en France, la guerre m’a effleuré dans mon enfance mais je l’ai vécue à travers les yeux de mes parents. Mon père m’a transmis son expérience, sa mémoire, son histoire, et dès que j’ai eu la maturité, vers 13 ou 14 ans, je me suis intéressé à la colonisation et ce qu’avait vécu mon père.

Jean-Marie Blas de Roblès, 2017
Jean-Marie Blas de Roblès, 2017 Crédits : JOEL SAGET - AFP

Il y a une dizaine d'années mon père m'a lancé une "insulte" lors d'une éternelle conversation sur les Français d'Algérie, la colonisation... Il m'a dit : « Tu n’es pas un vrai pied-noir ». Je ne me considère pas comme un « vrai » pied-noir et il m’a fallu écrire tout ce livre et arriver à l’âge que j’ai pour pouvoir l’écrire, mais bizarrement ça m'a blessé alors que je n'ai jamais eu ni fierté ou le contraire de la fierté à me considérer comme un pied-noir, j'étais indifférent, mais je me suis senti rejeté, ça m’a poussé dans mes retranchements et je me suis questionné sur la notion de pied-noir…

Si être un « vrai » pied-noir c’est considérer qu’il y aurait pu avoir une Algérie française viable, une Algérie française légitime, je ne serai jamais un « vrai » pied-noir, c’est impossible, le forfait colonialiste est trop inscrit dans l’épaisseur de ma chair pour que je puisse jamais prendre ce parti-là.

Le coup de coeur d'Oriane Jeancourt, rédactrice en chef littérature du magazine Transfuge

Aujourd'hui, coup de coeur partagé pour le roman de Jean-Marie Blas de Roblès.

Je pense que c’est très intéressant que la génération de Jean-Marie Blas de Roblès s’empare du sujet de la guerre d’Algérie, on attend ça depuis longtemps en littérature, et même si c’est en terrain miné il faut y aller, et je crois que cette génération-là, c’est-à-dire les enfants illégitimes de cette histoire -puisqu’ils y étaient sans y être-, par leur pouvoir romanesque et par leur liberté politique et intellectuelle, peuvent peut-être aller dans des zones où leurs parents ne pouvaient pas aller.

Retrouvez également dans le numéro d'octobre du magazine Transfuge un grand entretien avec Charles Dantzig.

© Transfuge
© Transfuge

Musique : The Whitest boy alive, album "Dreams" (2006), titre : "Golden cage"

Intervenants
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