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Justine Bô, pour Le Réveil Culturel, 2019

Justine Bo : "Je n'arrive pas à faire le deuil de mes colères"

26 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec Justine Bo pour la sortie de son roman "Onanisme" paru aux éditions Grasset

Justine Bô, pour Le Réveil Culturel, 2019
Justine Bô, pour Le Réveil Culturel, 2019 Crédits : © Corinne Amar - Radio France

Lundi-livre

Tewfik Hakem reçoit la romancière Justine Bo pour la sortie de Onanisme, paru aux éditions Grasset.

Nour a vingt ans, en 2018. Le roman commence au lendemain de la victoire de la finale de la Coupe du monde de football. C'est un moment de gueule de bois, d'hébétude, un moment de joie et aussi un moment de flottement. Cette jeune fille qui s'appelle Nour reprend son service au Mac Donald et quand elle rentre chez elle le soir, elle découvre que son père, Saïd, vient de mourir. A ce grand moment de liesse senti la veille succède la tristesse immédiate de la mort de son père.

Je ne suis pas fan de foot, mais j'ai vécu cette Coupe du monde sidérée par tout ce qui se passait autour de moi, comme tout le monde, je me suis prise au jeu. J'avais dix ans, à cette époque. Ce qui était intéressant c'était de me souvenir avec tous mes amis de cette époque, de 98 comme d'un moment sculpté de grande victoire, de grande communion, cette époque aussi du raï, de 1,2,3 Soleil...

"J'ai commencé à écrire le livre entre la demi-finale et la finale, et c'était cette sensation de malaise que j'avais en marchant dans Paris entre les deux moments qui a fait naître cette écriture"

Il y avait cette volonté de se rattacher à cette grandeur de 98 que représentait symboliquement cette victoire, en même temps, malgré la liesse, il y avait quelque chose d'électrique, avec l'évocation d'une menace sécuritaire, et déjà une ébullition politique en germe sur laquelle on n'arrivait pas à mettre des mots. C'est cette atmosphère que j'ai voulu retranscrire.

Nour, par son père, français qui faisait partie du Racing Club d'Alger, footballeur, a vécu dans une image du football idolâtrée, et de la perception aussi de la déchéance de son père qui était très claire. Elle passe la journée dans son box à regarder le parking dos à la mer. Elle habite dans une résidence qui s'appelle "Bellevue", mais c'est aussi un rêve déchu - une résidence qui date, qui a dû être agréable à un moment. Ce qui est déterminant chez Nour, c'est l'absence de perspective ; elle est totalement démunie par rapport à son futur, n'a pas fait d'études. 

"L'un des éléments les plus importants de Nour est son silence. Elle ne comprend pas les mots des autres. Elle se réfugie dans des lieux où on ne peut pas la découvrir, et cette masturbation qui l'occupe est un mouvement de ressassement permanent"

La référence à Camus est forcément là, c'est la figure de l'écrivain qui m'a le plus guidée dans ma vie, mais ce n'était pas une référence d'écriture. Effectivement, il y a ce soleil, élément de beauté mais qui aveugle la narratrice, cette chaleur suffocante, et sont des éléments qui vont aggraver au fur et à mesure son état de sidération, de colère, et qui vont modifier sa trajectoire. 

Mon personnage est dans une extra-lucidité de ce qui se passe autour d'elle. Moi-même, je n'arrive pas à faire le deuil de mes colères.

Programmation musicale

Cyndi Lauper, Shebop 1984

Bibliographie

Onanisme

OnanismeJustine BoGrasset, 2019

Intervenants
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