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Zineb Sedira, The Lovers II, 2008

" En attendant Omar Gatlato ": rétrospective de l'art en Algérie et dans sa diaspora

22 min
À retrouver dans l'émission

Un regard sur l’art en Algérie et dans sa diaspora à travers vingt-neuf artistes de différentes générations. Après New-York, l'exposition " En attendant Omar Gatlato " est à la Friche La Belle de Mai, à Marseille. Avec sa commissaire, Natasha Marie Llorens et l’essayiste Wassyla Tamzali

Zineb Sedira, The Lovers II, 2008
Zineb Sedira, The Lovers II, 2008 Crédits : ©Adagp, Paris 2021 Courtesy de l’artiste et Kamel Mennour, Paris/Londres

Mardi-Art

Tewfik Hakem s'entretient avec la commissaire, Natasha Marie Llorens, à propos de l’exposition En attendant Omar Gatlato, Regard sur l’art en Algérie et dans sa diaspora (-16 mai 2021), à la Friche La Belle de Mai, à Marseille. Avec la participation de l’écrivaine essayiste algérienne, Wassyla Tamzali dont le titre de l’exposition est emprunté à l’un de ses ouvrages - lequel faisait, dès 1979, référence au film culte, Omar Gatlato.

"En attendant Omar Gatlato”, Triangle - Astérides, Centre d’art contemporain, 2021. Mohammed Khadda, Sans titre, circa 1962, private collection.
"En attendant Omar Gatlato”, Triangle - Astérides, Centre d’art contemporain, 2021. Mohammed Khadda, Sans titre, circa 1962, private collection. Crédits : Aurélien Mole

L'exposition

" Vingt-neuf artistes d’Algérie et de la diaspora algérienne, à travers une sélection d’œuvres datant de 1965 à nos jours, certaines spécialement produites pour l’occasion, un regard inédit sur ce contexte artistique, inspiré du classique du cinéma de Merzack Allouache, Omar Gatlato (1976), connu pour être le premier film algérien centré sur une expérience individuelle de l’émancipation et de la découverte de soi." (Présentation de l'exposition. Extrait)

Natasha Marie Llorens

Ces artistes disent tous de l'Algérie quelque chose différent. Je dirais qu' "Omar Gatlato" est un film magnifique qui tourne, il est vrai, autour de l'individu et de son émancipation personnelle, mais c'est aussi un film autour d'un jeu de double discours : le vécu, le quotidien d'Omar se confronte au vécu, au quotidien mythologique nationaliste algérien. 

C'est la structure du film qui m'a intéressée pour un cadre d'exposition collective. Entre le dit et le non- dit, dans ce jeu de sens, et dans une réalité à laquelle Omar doit faire face, dans un contexte d'après l'indépendance algérienne, qui parle vraiment de l'Algérie en soi - ça reste entre Algériens, quelque part. 

C'est la clef de cette exposition. C'était important de centrer sur un regard curatoriel et esthétique, mettre en valeur la production qui se fait là bas, en Algérie et qui a des échos, des résonances dans la communauté de la diaspora. C'est peut-être cela qui distingue cette exposition des autres qui font à peu près la même chose - mais plus centrées sur un discours européen. 

" L'enjeu de cette exposition était de commencer dans les écrits de Wassyla Tamzali, dans un film de Merzack Allouache, dans les pratiques artistiques de personnes basées là-bas " 

L'idée était de partir aussi de ces artistes qui ont fait leurs études là-bas, et qui sont venus en France ensuite ; en somme, de partir de ces bases de données ancrées dans le territoire algérien pour se poser des questions sur l'évolution esthétique de personnes qui ont un lien très fort avec l'Algérie.

Fella Tamzali Tahari, Mare Nostrum, 2019. Courtesy the artist
Fella Tamzali Tahari, Mare Nostrum, 2019. Courtesy the artist Crédits : Fella Tamzali Tahari

Wassyla Tamzali 

On peut parler effectivement de clandestinité de ces artistes. Cette clandestinité arrive jusqu'à nous avec Omar Gatlato, et avec lui, cette libération de l'individu, des jeunes femmes et des jeunes hommes que nous étions.

" Nous cherchions notre place dans ce grand récit nationaliste étouffant, nous faisions les cent pas devant la Cinémathèque, en attendant quoi ? En attendant Omar Gatlato "

Il s'agissait de donner un espace à cette intimité, cette subjectivité qui a beaucoup de mal à s'imposer à Alger. Aujourd'hui les jeunes artistes travaillent sur cette matière, ont un discours existentialiste à côté du grand discours politique. C'est un peu ce que j'ai cherché dans cette exposition, et j'ai trouvé des réponses. 

Hassen Ferhani, 143 rue du désert, 2019, installation vidéo. Courtesy de l’artiste
Hassen Ferhani, 143 rue du désert, 2019, installation vidéo. Courtesy de l’artiste Crédits : Hassen Ferhani

Programmation musicale

Extrait de la bande originale du film, Omar Gatlato, Merzack Allouache ( 1976 )

“En attendant Omar Gatlato”, Triangle - Astérides, Centre d’art contemporain, 2021. Fatima Chafaa, My Father’s Painting: Fatma d’Arc or Jeanne N’soumer (detail), 2019
“En attendant Omar Gatlato”, Triangle - Astérides, Centre d’art contemporain, 2021. Fatima Chafaa, My Father’s Painting: Fatma d’Arc or Jeanne N’soumer (detail), 2019 Crédits : Photo: Aurélien Mole.

Pour en savoir plus

Visite virtuelle de l'exposition 

Le titre de l’exposition emprunté à l’ouvrage de Wassyla Tamzali, En attendant Omar Gatlato : regards sur le cinéma algérien(1979) fait référence au film culte Omar Gatlato de Merzak Allouache et à la pièce de théâtre En attendant Godot de Samuel Beckett. Deux œuvres sources, portraits d’anti-héros qui tentent de donner un sens à leur vie quotidienne.

Avec : Mohamed Aksouh, Arezki-Aoun, Kader Attia, Louisa Babari, Baya, Fayçal Baghriche, Abdallah Benanteur, Mahjoub Ben Bella, Adel Bentounsi, Halida Boughriet, Nasser Bouzid, Fatima Chafaa, Hakima El Djoudi, Hassen Ferhani, Abdelkader Guermaz, Mohammed Khadda, Mourad Krinah, Nawel Louerrad, Amina Menia, Ahmed Merzagui, Lydia Ourahmane, Sadek Rahim, Sara Sadik, Zineb Sedira, Massinissa Selmani, Fella Tamzali Tahari, Djamel Tatah, Hellal Zoubir, Sofiane Zouggar.

" En attendant Omar Gatlato, Regard sur l’art en Algérie et dans sa diaspora "
" En attendant Omar Gatlato, Regard sur l’art en Algérie et dans sa diaspora " Crédits : La Friche Belle de mai, Marseille 2021

EN ATTENDANT OMAR GATLATO, Regard sur l’art en Algérie et dans sa diaspora, jusqu’au 16 mai 2021, à la Friche La Belle de Mai, à Marseille. Une proposition de Triangle France-Astérides.

Intervenants
  • Commissaire d'exposition, enseignante au Royal Institute of Art, Stockholm
  • essayiste, ancienne avocate à Alger et ancienne directrice des droits des femmes à l'Unesco, membre fondateur du Collectif Maghreb Egalité et directrice du centre d’art contemporain « Les ateliers sauvages »
L'équipe
Production
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