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Laurence Romance

Laurence Romance : "Bien sûr, il y a encore de la critique rock, mais il ne faut plus espérer en vivre"

26 min
À retrouver dans l'émission

Portrait d'une rock critic. Entretien avec Laurence Romance, journaliste, auteure et traductrice.

Laurence Romance
Laurence Romance Crédits : Régis Durand de Girard - Collection Laurence Romance

Tewfik Hakem s'entretient avec Laurence Romance, journaliste, rock critic, auteure, traductrice. Si dans sa signature, le mot rock n'est pas mentionné, tout ce qu'elle a écrit, tout ce qu'elle a traduit, a forcément quelque chose à voir avec le rock. C'est pour ceux qui se souviennent des années 80-90, au fil des pages du journal Libération, des Inrockuptibles ou de Best, un nom, des années passées à écrire des articles sur le rock,  les groupes de métal, sur ce qu'on appelait à l'époque la "new wave" et tous les bruits émergeant des scènes électro alternative... Rock critic, c'était son job. Elle est par ailleurs, traductrice de Charles Manson par lui-même, paru aux éditions Séguier. 

Bien sûr, il y a encore de la critique rock, mais il ne faut plus espérer en vivre. En tous cas, je n'aimerais pas commencer maintenant.  

J'ai grandi au fin fond du Pas-de-Calais, en écoutant - mais en écoutant seulement, je précise - les Who, Led Zeppelin, Jimi Hendrix, tout ce qu'on veut. Et tout ça, gravé, mine de rien, dans mon ADN, même si je ne savais pas du tout à quoi ressemblaient ces gens, ni d'où ça venait. C'était juste la bande son de ma vie. 

Quand j'ai eu 11 ans, mon frère a fait l'acquisition d'un électrophone, un ces vieux modèles horribles, orange, marron et vert, avec le couvercle qui sert de haut parleur, qu'on appelait tourne-disque. Et du coup, il a des disques, pas beaucoup, trois, quatre disques, cinq, grand maximum, et dedans il y a le premier "Stooges". Je tombe en arrêt devant la pochette. Pour la première fois, je voyais à quoi ressemblaient les rockers. Et donc, du coup après, moi, j'étais foutue. 

Pour être un rock critic, il faut être passionné par ce qu'on fait, comme les musiciens eux-mêmes. Oui, évidemment, un minimum de culture est nécessaire, mais on l'acquiert, on l'acquiert même à rebours. Moi, par exemple, je ne connaissais rien du tout au rock des années 50, puisque ce n'était pas mes années, ma génération, je n'étais pas née, mais j'ai découvert des choses grâce à des groupes comme Les Cramps, par exemple, qui faisaient beaucoup de reprises de groupes des années 50. Comme dans plein d'autres métiers, comme dans tous les métiers, le principal, c'est vraiment, vraiment la passion.

Charles Mansoni, Axl Rose, Marilyn Manson, les Beach Boys
Charles Mansoni, Axl Rose, Marilyn Manson, les Beach Boys Crédits : Laurence Romance (DR)

Les premières références, ça a été justement des gens comme Philippe Garnier qui parlait des Cramps, et qui était lui, à fond là dessus ; des gens comme Yves Adrien qui ont lancé le punk. Donc là, j'étais moi toujours teenager dans le Pas de Calais, crevant d'envie d'aller ailleurs parce que coincée là où il ne se passait rien, au lieu d'être à Paris et de les voir. Je faisais du stop pour aller à des concerts d'Aerosmith, mais la police me ramenait chez moi au bout de trois fois, parce que j'étais sur l'autoroute, tout ça ... De toute façon, je n'avais pas un rond. Même si on m'avait prise en stop, je serais restée à la porte.

Je n'ai pas écrit que sur le rock, j'ai écrit aussi sur des sujets de société, mais dans tous les cas, il n'y a pas quinze mille approches : soit vous avez une interview, avec questions/réponses, ce qui est le plus classique, mais bon, pas forcément très inventif, soit vous incorporez les propos dans un article. Quoi qu'il en soit, il faut que votre personnalité soit dedans. Sinon, c'est une anecdote.

On sait que Charles Manson voulait être une star du rock. Il y a beaucoup de théories visant à expliquer le pourquoi du comment des abominables meurtres de Sharon Tate et ses amis, mais celle qui reste la plus répandue et, à mon humble avis, la plus crédible, c'est que le mec a pété les plombs à force d'être rejeté. 

Archive

Archive TV,  1997, M6, Rock Express - Présentation de Laurence Romance

Programmation musicale

The Stooges, No fun

Charles Manson par lui-même
Charles Manson par lui-même Crédits : Laurence Romance - Elodie Richesse

"Charles Manson par lui-même"

"Tout semblait avoir été dit sur les crimes de cet été 1969 et leur commanditaire, Charles Manson, devenu l’un des pires cauchemars de l’Amérique… tout, sauf bien sûr la version du criminel. Jusqu’à ce qu’en 1979, Nuel Emmons, l’un de ses anciens compagnons de prison, lui soumette le projet d’une autobiographie où Manson se raconterait sans détour. Le résultat, écrit à la première personne, est le seul récit jamais livré par l’homme de sa furieuse existence. [...] 

« Le mythe Charles Manson ». Ce mythe, c’est l’accumulation des chansons, des films, des livres, des pages Web qui, en l’espace de cinquante ans, ont forgé une sorte de légende noire du leader de la Famille. Autant de projections fantasmatiques, d’images-écrans superposées au réel, à travers lesquelles Manson – mort en 2017 – court toujours. Comment l’un des plus dangereux criminels de l’histoire est-il devenu une icône sombre de la pop-culture ? Qui était vraiment l’homme derrière le masque grimaçant du psychopathe ? Une partie des réponses, à n’en pas douter, se trouve dans le labyrinthe de ces pages glaçantes, longtemps confinées au silence et maintenant traduites en français. Préface de Simon Liberati. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurence Romance.

Intervenants
  • journaliste. Traductrice du Journal de Kurt Cobain. Elle a réalisé la dernière interview filmée de Kurt Cobain.
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