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Illustration extraite de "Le Pas de la Manu"

L'histoire de la Manufacture des armes de Saint-Étienne racontée en bande-dessinée : comment rendre hommage à des ouvriers qui ont passé leur vie à fabriquer des armes ?

22 min
À retrouver dans l'émission

Rencontre avec l’auteur de bande dessinée Baptiste Deyrail pour la parution de son album "Le pas de la Manu"

Illustration extraite de "Le Pas de la Manu"
Illustration extraite de "Le Pas de la Manu" Crédits : Baptiste Deyrail

Vendredi-BD

Tewfik Hakem s'entretient avec l’auteur et dessinateur Baptiste Deyrail pour la parution de sa première bande-dessinée, Le pas de la Manu, co-édité par Actes Sud et l’An 2. Un récit qui rend hommage à l'histoire de La Manufacture d’armes de Saint-Etienne fermée en 2002, et à laquelle l'auteur redonne vie.

Retour dans les années 1960 avec les " Manuchards ", ces personnages de la manufacture dont Baptiste Deyrail esquisse le portrait et, avec eux, le témoignage d’une autre grande disparue : la classe ouvrière française. 

Le Pas de la Manu
Le Pas de la Manu Crédits : Baptiste Deyrail

Ça n’est pas évident d’étudier les Beaux-Arts dans un lieu où étaient fabriquées des armes. La première année où je suis arrivé, qui était aussi celle de l’ouverture de l’école, il y avait encore des bâtiments sous contrôle militaire. Avec les autres étudiants, nous passions avec nos cartons à dessins à côté de militaires avec qui nous n’avions aucun échange et cette situation nous semblait absurde.

« Adopter le pas de la Manu, c'est travailler sans se presser ou faire les choses tranquillement »

Les Manuchards disent que c’était surtout un acte de résistance pendant la guerre. Au début des années 1940, la Manufacture d’armes représentait un enjeu stratégique et avait été placée sous occupation allemande. Le fait de marcher et de travailler lentement était un moyen qu'avaient trouvé les ouvriers pour ralentir l’effort de guerre allemand.

Le Pas de la Manu
Le Pas de la Manu Crédits : Baptiste Deyrail

Pour parler autrement de cette usine que j’avais connue étudiant, j’ai voulu parler du travail de « la perruque » [utilisation du temps et des outils de travail de l'entreprise par un ouvrier pour réaliser des travaux personnels]. C’était un moyen très beau d’aborder l’usine. C’est l’irruption d’un acte presque artistique de l’ouvrier, une envie totale de l’ouvrier qui cherche un sens à ce qu’il fait, autrement qu’en construisant toujours la même chose. La perruque, c’est le moment où l’on suit un objet sur toute sa fabrication ; un objet utilitaire ou décoratif, pour faire plaisir à quelqu’un.

Je situe le récit à la fin de la Guerre d’Algérie. J’aimais cette idée de l’après-guerre, où il y avait quelque chose d’heureux dans les usines et notamment à la MAS. C’était un moment euphorique. Les Manuchards disaient qu’ils travaillaient très dur mais qu’ils étaient heureux.

Le Pas de la Manu
Le Pas de la Manu Crédits : Baptiste Deyrail

2000 dessins pour raconter l’arrivée de la technique du monotype sur zinc

C’est une technique qui consiste à utiliser une encre très grasse et à dessiner sur une plaque de zinc. Une fois le dessin fait, il est passé sous presse et par transfert, on obtient un tirage et on découvre une estampe. Je trouvais cette technique parfaite pour parler des usines et réaliser cet ouvrage.

À l’inverse du dessin sur feuille blanche, moi j’encre toute la plaque et je pars du noir. Les dessins sont par nature très sombres et je joue sur les valeurs de gris, comme si je faisais rentrer de la lumière dans mes dessins. Comme si on était dans une usine noire et qu’on ouvrait une fenêtre.

Réalisation d'un monotype lors d'un concert dessiné en 2015. À consulter sur le site de l'auteur : baptistedeyrail.com
Réalisation d'un monotype lors d'un concert dessiné en 2015. À consulter sur le site de l'auteur : baptistedeyrail.com Crédits : Margot Sztajman

Comment rendre hommage à des ouvriers qui ont passé leur vie à fabriquer des armes ?

C’est tout le problème du point de vue à adopter dans cette bande-dessinée. Ça questionne beaucoup. L’idée n’était pas non plus de « charger » les ouvriers. La Manu était une école dans laquelle on rentrait à l’âge de 15 ans. On y faisait toute sa scolarité et toute sa carrière. Ce qu’aimaient les ouvriers avant tout, c’était fabriquer des choses : des outils, des pièces… Alors quand on aborde le sujet spécifique des armes, ils restent vagues, ils concèdent qu’ils auraient préféré fabriquer autre chose. Mais ça fonctionne comme ça : les ouvriers les plus qualifiés fabriquent des armes.

Le Pas de la Manu
Le Pas de la Manu Crédits : Baptiste Deyrail

Pour aller plus loin :

Consulter le site de Baptiste Deyrail.

Extraits sonores et références musicales

Jean-François Brun, La création de la nouvelle manufacture d'armes de Saint-Étienne (1862-1866). Cycle « Sites industriels de l’armement », Musée d’Art et d’Industrie à Châtellerault (2019). Plus d'informations ici.

Bernard Lavilliers, Les mains d'or (2014)

Bibliographie

Le Pas de la Manu

Le Pas de la ManuBaptiste DeyrailActes Sud - L’ An 2, 2020

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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