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Pierre Singaravelou, Musée d'Orsay 2020

Spécialiste de la colonisation et de la mondialisation, l'historien Pierre Singaravélou investit le Musée d'Orsay

22 min
À retrouver dans l'émission

Rencontre avec l'historien Pierre Singaravélou, à propos des " Mondes numériques d'Orsay : une histoire connectée des collections ", à découvrir en ligne sur les réseaux sociaux et le site du Musée d’Orsay

Pierre Singaravelou, Musée d'Orsay 2020
Pierre Singaravelou, Musée d'Orsay 2020 Crédits : Claire Delfino

Mardi-Expo

Tewfik Hakem s'entretient avec l'historien Pierre Singaravélou, à propos des Mondes numériques d'Orsay : une histoire connectée des collections. L'historien, universitaire, auteur et spécialiste de la colonisation et de la mondialisation du XXIe siècle est invité par le musée à écrire une petite histoire de ses œuvres d'art.

L'histoire, comme discipline savante, est présente depuis longtemps au Musée d'Orsay, depuis même sa préfiguration au début des années 1980. C'est un musée d'art qui donne également à voir, de par la diversité de ses collections une époque extrêmement dense, en ce second 19e siècle, de1948 à 1914, qui est une époque de révolution - politique, économique, sociale, artistique - importante pour l'histoire de la France et du monde. C'est aussi la grande période de la mondialisation contemporaine, économique. C'est l'époque où le mot "modernité" est inventé. 

J'ai été chargé par la Direction du musée de concevoir un programme de recherche qui se propose de réinsérer les différentes collections du musée dans un contexte mondial.

De tous les musée du monde, le Musée d'Orsay est sans doute celui qui rend le mieux compte de cette période de l'histoire de l'art, du point de vue de la France et notamment, de celui de la capitale. Paris et la France ont joué un rôle prépondérant dans l'histoire culturelle, mais il faut désormais réinsérer cette histoire de l'art très localisée dans l'horizon d'une approche globale sur le monde, avec des œuvres célèbres ou moins connues qui révèlent des connexions avec des pays voisins voire des régions éloignées. On pense à Pissarro, né dans les Caraïbes, à Gauguin qui vécut les quatre premières de sa vie au Pérou, à Lima - sa mère étant d'origine créole péruvienne…

" On observe aujourd'hui une convergence entre les travaux des historiens de l'art et des historiens tout court "

Je dirais que l'approche historienne aura tendance à insister davantage sur l'analyse du contexte de production et l'étude de la circulation de l'œuvre. Dans le cas par exemple de " L'Origine du monde"  de Gustave Courbet qui date de 1866, c'est donc insister sur le rôle du commanditaire de cette œuvre, le diplomate turco-égyptien Khalil-Bey. L'œuvre est cachée immédiatement par son premier propriétaire derrière un rideau vert dans son cabinet de toilettes, puisque considérée à l'époque comme une œuvre pornographique. Par la suite, L'Origine du monde fait partie de la collection du psychanalyste Jacques Lacan qui, lui aussi, l'a soigneusement dissimulée derrière un panneau coulissant dans un recoin de sa maison de la banlieue parisienne. Le tableau est exposé 120 ans plus tard pour la première fois à New-York en 1988. 

" L'Origine du monde " fait son entrée au Musée d'Orsay en 1995, et sur les réseaux sociaux aujourd'hui cette toile continue à poser question.

Albert Bartholomé (1848-1928), Masque de Tadamasa Hayashi 1892
Albert Bartholomé (1848-1928), Masque de Tadamasa Hayashi 1892 Crédits : Albert BartholoméTadamasa Hayashi© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewa

De la décolonisation des musées

Il y a plusieurs manières de penser la décolonisation des musées, la première étant la question de la terminologie ; certains musées déjà ont décidé de transformer cette terminologie en bannissant certains termes très connotés  : par exemple, au Musée du Louvre, le magnifique tableau de Madame Benoist, de 1800, " Portrait d'une négresse " a été rebaptisé " Portrait d’une femme noire, Madeleine ".  

Il faut être à la fois pragmatique et constructif. Quand on pense à une Afrique subsaharienne privée de son patrimoine de par les prédations coloniales d'un côté et de l'autre à des milliers d'Occidentaux qui regorgent de ces œuvres, non exposées pour la plupart mais conservées dans des dépôts en réserve, il s'agit d'envisager une redistribution, mais aussi une numérisation de ce patrimoine - patrimoine mondial désormais. Le front pionnier pour nous, c'est l'accessibilité à ces œuvres par tous les citoyens du monde, notamment par le moyen numérique. 

Claude Monet, Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard, 1904
Claude Monet, Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard, 1904 Crédits : © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Les Mondes numériques d'Orsay

A l'invitation du Musée d'Orsay, depuis le mois de novembre et pendant toute la durée du confinement, l’historien Pierre Singaravélou propose trois fois par semaine (mardi, jeudi et samedi), de porter un nouveau regard sur des œuvres célèbres ou moins connues du grand public. Ces textes, publiés sur Twitter, Facebook et Instagram, invitent à relire les collections du musée d’Orsay à travers une histoire globale et de réinsérer celles-ci dans un contexte mondial.

Intervenants
  • Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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