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Maurice Gouirant (en blouse, à droite) en 1968 lors d'une pause conviviale entre deux AG, avec les étudiants (blouses blanches) et les ouvriers des ateliers (blouses bleues au premier plan)

Maurice Gouiran : "En 68 à Marseille, nous étions vus comme des bandits par les droites et comme des aventuriers par le parti communiste et la CGT qui s’arrogeaient la primauté de la révolution"

26 min
À retrouver dans l'émission

« Avoir 20 ans en mai 68 » 4/5 avec l'écrivain Maurice Gouiran qui retrace 1968 à Marseille où régnait un climat particulier, un mélange d'intense euphorie et de réflexions.

Maurice Gouirant (en blouse, à droite) en 1968 lors d'une pause conviviale entre deux AG, avec les étudiants (blouses blanches) et les ouvriers des ateliers (blouses bleues au premier plan)
Maurice Gouirant (en blouse, à droite) en 1968 lors d'une pause conviviale entre deux AG, avec les étudiants (blouses blanches) et les ouvriers des ateliers (blouses bleues au premier plan) Crédits : © Maurice Gouirant

À l'occasion des 50 ans de mai 1968, le Réveil Culturel propose de faire entendre toute la semaine le témoignage d’acteurs culturels qui avaient vingt ans en mai 68, à l’époque où les événements commençaient à tourbillonner autour du monde et bousculer les habitudes...

Aujourd'hui, jeudi polar avec :

Maurice Gouiran, écrivain, auteur de Sous les pavés, la rage, aux éditions Jigal et d'une nouvelle publiée dans le recueil 50 ans après, des nouvelles de Mai 68 aux éditions du Caïman.

En 68 je faisais des études de mathématiques à la fac Saint Charles à Marseille, un des hauts lieux de la contestation parce qu’elle était dans un quartier populaire proche de plusieurs établissements qui scolarisaient tous les lycéens de la Belle de Mai. Ça a été une période d’euphorie pleine de réflexions, on sortait alors d’une époque un peu vieillotte à la morale étriquée, une société de cuisses closes avec des patriarches. On s’est retrouvés dans cette mouvance avec un certain plaisir et cinquante ans après, on peut dire que ça nous a marqués, donné la légitimité de contester, dénoncer les injustices, l’ordre établi et apporté une certaine profondeur vis-à-vis des partis politiques et des syndicats. 

Je retranscris dans mon roman la différence très importante qui existe entre le ressenti dans les villes et le ressenti dans les campagnes. En 1968 c’est un peu la fin de la France rurale, une transformation, les gens ne comprenaient pas du tout la situation. Aujourd’hui la moindre info peut être montée en neige, à cette époque-là avec une ORTF qui entièrement gouvernementale et la plupart des journaux qui ne comprenaient pas ce qui se passait, il y avait vraiment une coupure dans la population. 

Marseille était une ville de rock avec notamment Rocky Volcano, le concurrent de Johnny Hallyday à l’époque... Il y avait énormément de groupes et ce qui est important, indépendamment de ces événements politiques, c’est 67, la Californie, l’été de l’amour, le concert de Monterey, les Etats-Unis sont très importants aussi par leurs contestations de la guerre du Vietnam, ce pays montre la voie de cette euphorie, de cette volonté de vivre autrement…

Ces événements, cinquante ans plus tard, je les vois avec un peu de recul, de l’humour aussi, je pense que cette période a été déterminante pour moi et beaucoup d’autres, elle nous a apporté ce goût de la liberté, de la fraternité, cette volonté de lutter contre l’injustice, l’arbitraire, ce qu’on retrouve dans le polar avec sa dimension sociétale. Ce mai 68 m’a fait voir depuis le monde avec un autre regard, toujours chercher le côté un peu caché, tabou de l’histoire.

Références musicales

Musique du générique : Dominique Grange, Chacun de vous est concerné, 1968

Musique diffusée durant l'entretien : Léo Ferré, Vingt ans, 1961
 

Bibliographie

50 ans après, des nouvelles de Mai 68Les éditions du Caïman, 2018

Intervenants
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