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Miguel Benasayag, invité du Réveil Culturel, France-Culture

Miguel Benasayag : "Penser un monde géré par une raison calculante est la pire des folies"

26 min
À retrouver dans l'émission

Rencontre avec le philosophe, psychanalyste, qui fait paraître "La tyrannie des algorithmes", aux éditions Textuel

Miguel Benasayag, invité du Réveil Culturel, France-Culture
Miguel Benasayag, invité du Réveil Culturel, France-Culture Crédits : Corinne Amar - déc 2019 - Radio France

Lundi-livre

Tewfik Hakem s'entretient avec Miguel Benasayag, psychanalyste, essayiste, chercheur en épistémologie, auteur de La tyrannie des algorithmes, paru aux éditions Textuel.

"(...) C’est au quotidien que la vie collective est insidieusement "prise en charge" par les machines : logiciels de surveillance couplés à des caméras, justice prédictive, suivi marketing de nos moindres faits et gestes sur internet pour élaborer des prédictions d’achat…" La tyrannie des algorithmes, Conversation avec Régis Meyran (éd. Textuel). Quand les big data décident des orientations du monde... Alerte.

J'ai beaucoup travaillé sur le rapport cerveau-machine-digital, c'est pour ça qu'on en arrive à ce petit bouquin. Ce dont on se rend compte, c'est qu'il existe un mécanisme qu'on appelle en neurologie de délégation des fonctions cérébrales et corporelles vers la machine, or cette délégation des fonctions n'est hélas pas un pur profit, elle est à sens unique. On délègue de plus en plus nos fonctions, et par conséquent, ce que le cerveau n'a plus à faire, il ne le fait plus. 

Quand on délègue par exemple avec l'utilisation du GPS à une trop grande vitesse la fonction de s'orienter - où je vais, vais-je à droite, à gauche - et qu'on perd petit à petit les notions spatio-temporelles, il se passe des phénomènes d'atrophie. C'est ce qu'on appelle, quelque part, l'homme "diminué" : je diminue mes fonctions, je les mets sur la machine - le cerveau va devenir un segment dans la grande machine, etc, etc. 

"Quand on apprend à un enfant à faire une racine carrée, un algorithme, un truc un peu compliqué, on peut voir comment le cerveau se complexifie : si le môme se contente d'appuyer sur un bouton, il ne se complexifie pas"

On est dans une situation très paradoxale - les machines font tant de choses, il y a tout à coup un robot qui fait tout, tout, tout, c'est très bien mais on peut se poser cette question centrale aujourd'hui de la singularité du vivant, de l'humain. Il y a une déresponsabilisation de plus en plus grande. On se rend absent à notre vie de plus en plus. 

"Le problème principal c'est ça : la vitesse de colonisation de notre vie par la machine"

Il existe une fascination pour les algorithmes - ce qui signifie la "calculabilité"- et elle peut se comprendre. Or, la vie humaine n'est pas gérée par la "rationalité calculante", celle qui dirait "je n'ai rien à cacher"..... Il ne s'agit pas de n'avoir rien à cacher, la vie humaine ne peut pas se réduire à un tel fonctionnement, l'être humain peut merder, ne peut pas fonctionner bien comme une machine, nous ne pouvons pas toujours aller en ligne droite, toujours être raisonnable - ce que le monde des algorithmes lui, ignore. 

"Penser un monde géré par une raison calculante est la pire des folies"

Face à des machines de plus en plus puissantes, sophistiquées, je me pose cette question : comment faire avec un monde de surveillance totale ? Vous imaginez ce qui se passe en Chine, cette surveillance, ce quadrillage total de la vie ? Il faut être concret, terre à terre : puisque nous sommes humains, nous savons qu'il ne faut pas se laisser coloniser par ça. Si nous continuons à obéir aux diktats des machines du Big data, c'est un attentat à la démocratie.

Intervenants
  • Philosophe, psychiatre, psychanalyste, chercheur en épistémologie
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