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Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris.

Romain Slocombe : "La France sous l’occupation était xénophobe et sa police raciste et anti-communiste, beaucoup de victimes ne sont pas imputables aux allemands"

21 min
À retrouver dans l'émission

Entretien avec Romain Slocombe, auteur d'un polar dans le Paris occupé par les nazis.

Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris.
Photo prise en 1942 de juifs internés dans le camp de Drancy après avoir transité par le stade du Vélodrome d'Hiver à Paris. Crédits : AFP

Jeudi polar dans Le Réveil culturel, avec :

Romain Slocombe, écrivain, pour L’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski, aux éditions Robert Laffont.

L’Étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe est la suite de L'Affaire Léon Sadorski, premier polar à figurer parmi une sélection du prix Goncourt. Dans ce second tome, dans un Paris occupé par les nazis, l'été de la rafle du Vél'd'Hiv, nous retrouvons l'inspecteur Léon Sadorski, un anti-héros absolu, pétainiste, pernicieux, pervers, brusquant les témoins, transmettant de fausses informations et abusant des femmes, surtout jeunes et vulnérables. Mais l'auteur distille en lui de l'humanisme en nous rappelant que Léon Sadorski est simplement un flic français en 1942.

J’aime les romans dont les héros ne sont pas des gens sympathiques un peu caricaturaux auxquels il est facile pour le lecteur de s’identifier. J’ai toujours été partisan de la solution noire, comme celle de Patricia Highsmith avec son personnage de Tom Ripley, on est plutôt avec le méchant, près de lui, troublé de ressentir une empathie pour quelqu’un qui se conduit d’une manière aussi abominable. La période de l’occupation se prêtait parfaitement à cet exercice et on se rend compte -les travaux avançant sur ce sujet au bout de soixante dix ans- que la France d'alors était extrêmement xénophobe avec une police raciste et anti-communiste, et ce mélange fait qu’il y a eu énormément de victimes qui ne sont pas imputables aux allemands. C'est bien la police française qui torturait et tuait.

Janvier 1943, René Bousquet, secrétaire général de la police nationale sous l'occupation, d'avril 1942 à décembre 1943, en compagnie d'officiers allemands pendant des rafles à Marseille.
Janvier 1943, René Bousquet, secrétaire général de la police nationale sous l'occupation, d'avril 1942 à décembre 1943, en compagnie d'officiers allemands pendant des rafles à Marseille. Crédits : AFP

Je suis un auteur de roman noir mais mon idée de base était de faire le portrait de la société de l’occupation, une sorte de miroir de la nôtre car les français étaient alors les mêmes avec leurs conversations de bistrot, la débrouillardise quotidienne, les conversations politiques avec les clivages droite gauche mais ils se retrouvaient pour la première fois de l'Histoire française sous une dictature fasciste.

Le personnage de mon livre est basé en partie sur un policier français qui a existé, Louis Sadorski. Il était à la troisième section des renseignements généraux et quand j’ai consulté les documents le concernant, j’ai appris qu’il avait participé à la rafle du Vél'd'Hiv. Les policiers français n’en parlent jamais car on ne leur a jamais reproché la rafle. Ils obéissaient aux ordres, une opération demandée par les allemands mais entièrement mise au point par la police et la gendarmerie française. C’est la première fois dans un roman français qu’on vit la rafle du Vél'd'Hiv de l’intérieur, non pas du point de vue des victimes, mais du côté des exécutants, les policiers.

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