LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Sorj Chalandon en 2015

Sorj Chalandon : "Les bande-dessinées adaptées de mes romans aident à faire le deuil de sa rancœur"

26 min
À retrouver dans l'émission

Table ronde autour de Sorj Chalandon dont deux romans puissants et hautement autobiographiques sont adaptés en BD par Sébastien Gnaedig et Pierre Alary.

Sorj Chalandon en 2015
Sorj Chalandon en 2015 Crédits : JOEL SAGET - AFP

Vendredi BD

avec : Sorj Chalandon, journaliste et écrivain, pour les adaptations de ses romans en BD par :
Sébastien Gnaedig pour Profession du père aux éditions Futuropolis et Pierre Alary pour Mon traître aux éditions Rue de Sèvres.

Le roman de Sorj Chalandon, Mon traître, paru aux éditions Grasset en 2008, avait pour toile de fond le sanglant conflit nord-irlandais qui opposa catholiques républicains et protestants unionistes et britanniques et esquissait l’histoire d’Antoine, un jeune français qui avait décidé de faire de l’Irlande son pays et des activistes de l’IRA sa famille.
Profession du père nous plonge dans une histoire singulière, celle d’un drame familial où un père martyrise son fils et son épouse et où se dessine au fil des événements une histoire de France, celle d’avant mai 1968, la France du Général de Gaulle et de l’O.A.S.
Deux histoires qui racontent comment on peut être marqué par son époque mais surtout, qui cristallisent des épisodes de la vie de Sorj Chalandon empreints du recul de la fiction.

Le fait que ça soit des personnages de roman permet une liberté graphique, ce sont des mots. Comme Sorj Chalandon a lui-même transformé l’histoire en changeant les noms, les âges, ça dépersonnalise la vraie histoire et on rentre dans le roman, moi je pouvais donc aussi faire le même travail, mettre mes propres visages qui m’apparaissaient à la lecture du roman.    
Pierre Alary

"Mon traître" de Pierre Alary
"Mon traître" de Pierre Alary Crédits : Rue de Sèvres

Ce qui me trouble c’est qu’en écrivant, en passant de Denis à Tyrone Meeha pour la littérature, je change l’homme ; en passant de Tyrone à Tyrone pour le dessin, il change encore une fois et c’est formidable parce que ça m’éloigne petit à petit de la douleur.    
Sorj Chalandon

"Mon traître" de Pierre Alary
"Mon traître" de Pierre Alary Crédits : Rue de Sèvres

Entre ces deux romans, il y a un lien que les lecteurs ne savent pas et qui n’est absolument pas évident : c’est qu'au début de "Retour à Killybegs" qui est le deuxième livre irlandais, Tyrone Meeha, le traître, parle et dit « Lorsque mon père me battait, il hurlait en anglais comme s’il ne voulait pas mêler notre langue irlandaise à ça ». Quand mon père me battait, il hurlait en allemand, comme s’il ne voulait pas mêler notre langue, le français, à ça. Le travail de Sébastien Gnaedig porte sur cette enfance d’un petit garçon qui était frappé par un père qui hurlait en allemand.  
Sorj Chalandon

"Profession d'un père" de Sébastien Gnaedig
"Profession d'un père" de Sébastien Gnaedig Crédits : Futuropolis

Dans "Profession du père", la famille est très particulière, on a affaire à une secte en fait, avec un père tout puissant, une mère effacée... Quand j’arrivais enfant à l’école avec un œil au beurre noir, plusieurs autres enfants avaient un œil au beurre noir et le professeur disait : « Ah je vois que les pères se sont occupés de vous, c’est bien ». Nous sommes dans un autre monde... Et s’il n’y avait pas eu la violence de mon père, du père d’Emile dans le roman, je ne pense pas que j’aurais eu une enfance si moche que cela. Mon père était un metteur en scène, un transformiste, un magicien, chaque fois qu’il passait la porte, il était professeur de judo, agent secret, compagnon de la chanson… Où était le vrai, le faux, le mal ? Comment on s’en sort après ?
Sorj Chalandon

"Profession du père" de Sébastien Gnaedig
"Profession du père" de Sébastien Gnaedig Crédits : Futuropolis

Ces bande-dessinées aident à faire le deuil de sa rancœur. Dans "Mon traître" de Pierre Alary, mon vrai traître il n’a pas ce visage et j’en suis ravi, mais j’en ai fait mien, ça y est… Dans la bande-dessinée de Sébastien Gnaedig, mon père n’avait pas ce visage mais il est devenu mon père, c’est-à-dire que j’ai un traître qui existait, j’ai un père qui existait, ils existaient tous deux et sont morts aujourd’hui et la bande-dessinée les redessine différemment, les éloigne un peu de moi tout en les rendant extrêmement proches parce que dans les deux romans je me retrouve totalement jusqu’à l’insupportable, j’ai pleuré en lisant ces deux adaptations, mais les personnages sont les leurs. Ce sont des dessinateurs, des artistes qui ont fait leur propre traître et leur propre père et ça me va très bien parce qu’on est tous à porter le même sac de pierres et maintenant on s’en débrouille comme on peut ensemble…
Sorj Chalandon

Musique diffusée durant l'entretien : Jacques Boyer, Mon vieux, 1963.

Bibliographie

Mon traîtrePierre AlaryRue de Sèvres, 2018

Intervenants
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......