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Pauline Delabroy-Allard, Olivia de Lamberterie, Sophie Daull

A nos chers disparus

59 min
À retrouver dans l'émission

Spécial rentrée littéraire, avec trois livres sur le deuil, par trois femmes : Pauline Delabroy-Allard, Olivia de Lamberterie, et Sophie Daull

Pauline Delabroy-Allard, Olivia de Lamberterie, Sophie Daull
Pauline Delabroy-Allard, Olivia de Lamberterie, Sophie Daull Crédits : Christophe Ono-Dit Biot - Radio France

Cette semaine, un plateau consacré comme il se doit à la rentrée littéraire avec trois livres qui ont pour point commun de parler du deuil et du rêve de résurrection des êtres chers par la littérature ; et si c’était l’une des grandes fonctions, d’ailleurs, des livres ? Reconvoquer la vie par la seule force des mots pour ramener à nous les disparus, ceux qu’on avait cru « perdre » ? 

Olivia de Lamberterie publie « Avec toutes mes sympathies », chez Stock. Un premier livre, au titre totalement saganien. Qui en effet a oublié la bourde que faisait Françoise Sagan quand elle dédicaçait des livres aux états unis en écrivant « with all my sympathies » sans savoir que cela signifiait « avec toutes mes condoléances » ? Condoléance et sympathie sont pourtant presque le même mot, contenant en eux la même idée, l’idée d’être « avec », et l’idée de souffrance, « pathein » en grec, « doleo », « souffrir » en latin. Et c’est cette douleur, cette souffrance, cette douleur qu’elle raconte, douleur, souffrance née de la mort d’un frère, Alexandre, qui « allait mal, magnifiquement », et qui a choisi de ne plus vivre, un soir d’octobre 2015. Un « frère never more » comme auquel elle redonne vie à travers ce tombeau pour un frère tombé, où souffle le vent de la littérature qu’elle aime lire, rappelons qu’elle est critique littéraire au magazine ELLE, notamment. Un livre où elle essaie aussi d’éclaircir, par les mots, « ce sang noir coulant dans nos veines », comme s’il y avait une malédiction chez les Lamberterie, une fatalité qu’elle refuse de cautionner parce qu’elle a trois fils et qu’il serait bon que la vie triomphe pour de bon. C’est ce qui se passe dans ce très beau livre : la vie triomphe, la beauté, le graphisme, les mocassins en requin doré, aussi, et la pensée magique, aussi, sont à l’oeuvre. Un livre de vie, certainement pas un livre de mort. 

Life on Mars de David Bowie

Comme le livre de Sophie Daull, « Au grand lavoir » chez Philippe Rey. On se souvient du texte bouleversant par lequel elle était entrée en littérature, « Camille, mon envolée », sur la mort, mais aussi sur la vie, de sa fille défunte, elle avait 16 ans. Il y avait eu ensuite « la suture », où Sophie Daull partait à la recherche de sa mère, assassinée à l’âge de 45 ans – l’auteur en avait alors 19 - aujourd’hui il y a « Au grand lavoir », titre extrêmement passionnant car il introduit l’idée d’une purification possible, un désir lustral, dans un contexte d’une violence extrême. En effet, dans ce texte qui mêle l’autofiction et la fiction la plus débridée, une narratrice décide de mettre en scène l’assassin de sa mère, de le faire parler, en imaginant qu’un jour, rentrant de son travail de jardinier, il allume la télévision et il la voit à la télévision, elle la romancière, dans une émission littéraire. La voyant, il comprend qui elle est, d’autant qu’elle va venir dédicacer un livre dans la ville où il vit. Il se retrouve alors confronté au crime qu’il a commis il y a 30 ans, et son petit monde patiemment reconstitué s’effondre, parce qu’il sait qu’il ne pourra pas se dérober au face à face annoncé avec la fille de sa victime. Ce « grand lavoir », c’est aussi un dispositif romanesque extrêmement élaboré, passionnant, et assez proche des poupées vaudou dans lesquelles on enfonce des aiguilles pour faire souffrir ceux qu’elles représentent. Et pourtant, pourtant, il y a beaucoup de douceur dans ce livre. Le roman aurait-il opéré comme une purification ? 

Omaya de BABX

Pauline Delabroy-Allard, elle, a 30 ans, et c’est l’auteur d’un premier roman très fort, « Ça raconte Sarah », aux éditions de Minuit. Où l’on trouve cette phrase, puisqu’on parlait d’eau lustrale, de lavoir, « Je lave son corps comme on lave un objet sacré ». Le corps de qui ? le corps de Sarah, le tempérament de Sarah, aussi, être incandescent qui déboule comme une flèche dans la vie d’une prof de collège, mère d’une petite fille, et que la passion va brûler entre mille étincelles dont la langue de Pauline Delabroy-Allard, ses phrases, courtes et lumineuses, rendent parfaitement compte. « Ça raconte Sarah » est l’histoire d’une passion furieuse, vibrante entre deux femmes mais écrite à l’ombre de la mort qui s’invite dans le texte dès les premières pages. La suite, c’est pourtant une succession de pages brûlantes de vie, qui disent ce que l’amour provoque en nous, et qui semblent être écrites au rythme des flots de sang et de désir qui irriguent un être qui aime, même si, ensuite, viendra le temps du deuil, et de l’exil à Trieste. Le temps de vivre sans l’être aimé, « la vie sans elle mais la vie quand même » Fallait-il que la mort soit là, dès le départ, dans « ça raconte Sarah » ? Que la fin de cet amour soit contenue dans son début même ? 

 Sonate pour piano n°19 de Schubert par Louis Schwizgebel-Wang

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