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Sylvie Germain et Alain Damasio

Alain Damasio et Sylvie Germain: se remettre au monde !

59 min
À retrouver dans l'émission

LE TEMPS DES ECRIVAINS, émission du samedi 22 juin 2019

Sylvie Germain et Alain Damasio
Sylvie Germain et Alain Damasio Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Cette semaine dans « Le Temps des écrivains » une émission placée sous le signe de la disparition mais aussi de la re-mise au monde, avec deux auteurs qui ne s’étaient jamais rencontrés alors que leurs livres semblent se nourrir des mêmes convictions, du même esprit de résistance : Alain Damasio, le pape français de la SF, qui publie « Les Furtifs » (La Volte) et Sylvie Germain, qui publie « Le vent reprend ses tours » (Albin Michel), montrant par ce livre qu’elle est toujours la tsarine du roman spirituel, animiste - mystique, dit-on parfois, et elle trouve cela, nous dit-elle, très exagéré !

Bagues de vies numérisées

« Mais ils ont bien une forme, ils sont quelque chose, non ? 

—  Stricto sensu, ils ne sont rien. 

—  Mais ils existent ! — Pas comme substance : comme force. Force automorphe et exomorphe capable d’agencer en elle matériaux disparates et rebuts contradictoires, pour s’obliger non pas à des évolutions mais à des transductions, se pousser à se dédifférencier, s’aménager des différences de potentiel qui leur garantiront toujours de très hauts niveaux d’intensité interne. Les furtifs, tels que je les comprends, incarnent la forme la plus élevée du vivant précisément parce qu’ils ont renoncé à la forme parfaite... 
 » (Les Furtifs, extrait)

Alain Damasio est l’auteur de « La Zone du dehors » et de « La Horde de contrevent », qui a remporté le Grand prix de l'imaginaire en 2006 et qui vous l’a imposé comme l’un des maître de la science-fiction française alors qu’il était promis à une carrière d’économiste ou d’hommes d’affaires. Né à Lyon en 1969, il a en effet choisi d’abandonner ses études d'économies à l'ESSEC pour se consacrer à l'écriture. Son premier Roman « La zone du dehors » posait déjà de façon ferme l’une des questions qui est encore à l’œuvre dans « Les Furtifs » : celle de la place de l'individu dans une société qui restreint nos libertés en nous donnant l'illusion que nous les avons encore.&

Le récit se situe en effet dans les années 2040, autant dire demain. Chaque Français porte une bague où sont numérisées toutes ses données personnelles, les finances publiques sont tellement dégradées que l'Etat a été contraint de vendre certaines villes à des entreprises privées qui les rebaptisent et les gèrent selon un système de forfaits - standard, premium et privilège – qui permet d’avoir accès à une gamme large ou limitée de services et de zones. Lyon est ainsi devenue Nestlyon, mais Orange a gardé son nom puisque la société qui possède la ville s’appelle déjà comme ça. C’est dans cette ville où tout est tracé, traqué par le numérique qu’un père de famille, Lorca Varèse, deux ans après la disparition de sa fille, Tishka, passe les tests pour devenir chasseur de « furtif », une espère animale fascinante qui vit dans les angles morts de la vision huma

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*_Art du camouflage et "technococon

Les furtifs ? Des animaux  extraordinaires passés maîtres dans l'art du camouflage et de la reproduction des sons, et qui se figent instantanément dès lors qu’ils sont vus. Croyant que sa fille est encore vivante et aurait pu fuir avec des furtifs, Lorca décide de rejoindre une unité d'élite spécialisée dans la traque des furtifs et va découvrir, peu à peu, ce qu’est vraiment  le monde où il vit, et comment retrouver le chemin d’une humanité libérée de son « technococon », néologisme inventé par Damasio pour qualifier le confort offert par une technologie qui en retour nous prive de libert

« Les Furtifs » est un roman de combat, ample, épique, d’une grande inventivité de style, gorgé de poésie, de créations sémantiques, graphiques, chaque personnage étant « signé » par une graphie particulière et de musique, jusqu’à se prolonger par un album de huit titres composés par Alain Damasio et Yan Péchin, album dont le téléchargement est offert avec le roma

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*_Saltimbanques et "memento

Avec lui Sylvie Germain, prix Femina pour « Jours de colère », prix Goncourt des lycéens pour « Magnus ». Elle publie « Le vent reprend ses tours », chez Albin Michel,  dont le titre est tiré du livre de l’Ecclésiaste. Comme chez Damasio, il est question aussi, dans ce livre, des traces qu’on laisse, et d’une disparition aussi. En l’occurrence, celle d’un saltimbanque roumain, qui adorait déclamer des poèmes, perché sur des échasses, décrit comme une chimère, un homme-oiseau qui lui aussi vit dans les angles morts de la société, en « furtif » à sa façon. « Un diplômé d'écoles aléatoires, d'universités aussi informelles qu'éphémères ; un lettré de bric et de broc, de chair et de sang, un puits d'étincelles », le décrit Sylvia Germain. Il s’appelait Gavril, il venait de Roumanie, et il a enchanté la jeunesse et l’adolescence du protagoniste de ce nouveau livre, Nathan, englué dans sa quarantaine. Il avait 9 ans quand il a rencontré Gavril, qui l’entrainait dans les rues de Paris, lui faisait découvrir des lieux surprenants, lire des plaques avec des noms de poète disparus, qu’ils appelaient des « mementos », et qui lui a prodigué une sorte d’éducation vagabonde et sans prix. Après des années de compagnonnage poétique, Gavril a disparu. On a dit à Nathan qu’il était mort, et il a fallu vivre sans lui. C’est à dire ne pas vraiment vi

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*_Ne pas obtempérer à l’air du temp

« Mais qu’a-t-il jamais fait d’autre depuis toujours, sinon vivre comme si de rien n’était ? Comme si la vie allait de soi, coulait de source, alors que, retenue dans sa source bourbeuse, sa vie n’avait jamais vraiment pris son élan, elle n’avait su que croupir et suinter par les pores du temps ainsi qu’une fièvre larvée, surtout à partir de l’année de ses dix-sept ans où Gavril avait disparu

Trente ans après, une affiche d'appel à témoins collée sous un abribus bouleverse l'adulte Nathan. Sur la photo il reconnaît Gavril, qui n’est pas mort mais s'est enfui de l'établissement où il était hospitalisé. Commence pour Nathan une quête qui le conduira jusqu'en Roumanie, le pays d'origine de Gavril. Mais aussi jusque dans sa propre enfance pour pouvoir, peut-être, repartir de zéro, et vivre enfin pour ne pas faire que : « _glisser, être lisse, bien coulé dans les normes de l’époque, conformiste mais sans en avoir l’air ; ni surtout en prendre conscience. Obtempérer à l’air du temps, ne pas se faire remarquer plus que nécessaire\

*_Candide violence, irrévérenc

Dans ce livre, comme Alain Damasio, Sylvie Germain invente des noms étranges, forge des néologismes. Gavril le saltimbanque joue du « saxhoquet », du « poèmophone », de l’ « olifantastique », instruments poétiques qui font écho aux grandes figures de poètes que l’on croise dans ce livre, comme celle de Ghérasim Luca, qui s’est suicidé à Paris en 1

"En guise d'adieu", écrit Sylvie Germain, "_Ghérasim Luca avait écrit qu'il s'en allait puisqu'il n'y a plus de place pour les poètes dans ce monde. Mais il en a toujours été ainsi, du moins depuis des siècles. La place des poètes est depuis si longtemps marginale, minuscule, négligée. De temps à autre on les fête, parfois on les déclare « princes », on les écoute d'une oreille fugacement attentive sans s'arrêter au bord des gouffres qu'ouvrent leurs mots, surtout sans s'y pencher, et vite on neutralise tout ce qui dans leur ardeur ou leur plainte, dans leur terrible acuité, dans leur irrévérence et leur candide violence pourrait nous bouleverser, nous dénuder. On leur demande juste de plaire\

Comment vivre dans un monde qui chasse ses poètes ? La littérature est-elle la meilleure arme pour « entrer dans l’Ouvert », comme ils disent tous les deux, se remettre au monde et à regarder sa beauté ? Comment éviter l’atonie et redevenir sublimement « furtifs » ?  L’écrivain est-il un lanceur d’alerte?&

C’est de tout cela que nous parlons avec Alain Damasio et Sylvie Germain, qui ont décidément beaucoup de choses à se d

"L'immense plaisir pour moi d'écrire un roman est de pouvoir convoquer la totalité de ce que je suis et de faire vivre mes émotions et ma perception sur le plan affectif et conceptuel. Le roman, c'est ce voyage incandescent qui a le pouvoir de véhiculer tout autant des idées que des émotions." *_Alain Damasio\

"Ecrire un roman c'est se lancer à soi-même une alerte: une manière de faire advenir à sa conscience des doutes, des soupçons, des malaises qu'on porte en soir face à cette marche folle du monde." *_Sylvie Germai

Choix musical de Sylvie Germain: Vladimir Vyssotsky, "Ochi chorniye" ("Les yeux noi

Choix musical d'Alain Damasio : "Overmars" , tiré de l'album "Les furtifs" qui accompagne le ro

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