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Gravure représentant la conquête espagnole au XVIème siècle en Amérique.

L'Amérique latine en littérature : le lien privilégié d'une terre avec la violence

1h
À retrouver dans l'émission

Zoom sur l’Amérique latine, une terre marquée à la fois par la littérature et par la violence, avec deux auteurs, Santiago Gamboa et Alexi Jenni, qui lui consacrent chacun un livre.

Gravure représentant la conquête espagnole au XVIème siècle en Amérique.
Gravure représentant la conquête espagnole au XVIème siècle en Amérique. Crédits : Archives Snark / Photo12 - AFP

Aujourd’hui, une émission placée sous le signe de l’Amérique latine, vue comme une terre marquée à la fois par la littérature et par la violence, avec deux auteurs, Santiago Gamboa et Alexi Jenni, qui lui consacrent chacun un livre. Retournez dans l'obscure vallée et Histoire véridique de la conquête de la nouvelle Espagne mettent en effet chacun en regard deux Amérique latine éloignées dans le temps, héritières l’une de l’autre et pourtant traversées de tensions, de violences et d’aspirations qui se font écho.

Santiago Gamboa et Alexis Jenni
Santiago Gamboa et Alexis Jenni Crédits : Christophe Ono dit Biot - Radio France

Santiago Gambo est l’un des écrivains colombiens les plus importants. Ses livres sont traduits dans 17 langues, parmi lesquels Necropolis ou Le syndrome d’Ulysse, il est d'ailleurs un peu question d’Ulysse dans ce nouveau livre, Retournez dans l’obscure vallée, qui parait aux éditions Métaillié, traduit de l’espagnol par François gaudry. Le romancier y imagine dans un futur proche une Colombie où la paix serait désormais revenue (précisons que Santiago Gamboa a participé aux négociations avec les Farc, les Forces armées révolutionnaires de Colombie). Une poignée d’exilés, dont les destins vont se heurter, prend le chemin du retour. Il est question d’un homme que l’on appelle « Consul » (l'auteur a lui-même été diplomate), mais il y a aussi une femme, une poétesse marquée par une jeunesse d’une violence extrême à Cali, en Colombie. On croise également un homme d’Eglise au passé paramilitaire inavouable. Toutes ces figures vont être unifiées sous celle de Rimbaud, qui luit comme une sorte de phare dans ce livre. Il n’empêche que l’on est marqué par la terrible violence que Santiago Gamboa exerce sur ses personnages.

Prix Goncourt 2011 pour L'Art français de la guerre, Alexis Jenni revient à la guerre et au roman avec La conquête des îles de la terre ferme, où il tente de répondre à la question que tout le monde ne finit pas de se poser, malgré des écrivains comme Octavio Paz, Carlos Fuentes, où même un certain Diaz del Castillo dans Histoire véridique de la conquête de la nouvelle Espagne, et qui était peut être Hernan Cortez lui même. Le romancier tente de répondre, donc, à la question suivante : comment une bande de soldats a t-il pu soumettre, comme ils l’ont fait, l’immense empire aztèque? Qu’a t-il bien pu se passer, en terme de choc pas seulement militaire, pour qu’ils viennent à bout d’une telle civilisation qui n’était pourtant pas réputée pour être pacifique, qui faisait volontiers la guerre. C’est le sujet de son nouveau roman, qui prend le point de vue d’un narrateur nommé Juan de Luna, un hidalgo d’Estrémadure tout proche d’Henran Cortez, puisqu’il est son secrétaire, qui le surnomme Innocent, qui est devenu riche, qui possède des terres dans ce nouveau monde, mais qui voit devant lui la population indienne décliner, se laisser mourir, refuser d’avoir des enfants. Voulant savoir ce qui s’est passé, il ouvre ses livres, ses souvenirs, et nous raconte ce que fut cette épopée, et la progression des conquistadores sur les hauts plateaux à la rencontre du souverain aztèque Moctezuma. Ce qui frappe dans son livre, c’est autant les teintes fauves et or des paysages, des armures, des batailles qu'il décrit, que la terrible violence, les têtes qu’on tranche, les rivières de sang que l’on répand, les forêts de piques, qu'il décrit à la manière d’un peintre qui souhaiterait, se dit on, montrer un déchaînement de violence inouï.

A la lecture de ces deux romans, on peut se demander si cette terre sud américaine, peut-être à cause de ces conquêtes terribles qu’ont été les « épopées » des conquistadores, à cause de sa beauté aussi, et de ces richesses qu’on se dispute, n’aurait pas un lien particulier avec la violence ?

La littérature fait naître deux choses : la beauté et la connaissance, Santiago Gamboa

La littérature sert à ne pas être emporté par la violence, Alexis Jenni

Leurs choix musicaux :

  • Santiago Gamboa : "Tin Tin Deo", de Dizzy Gillespie
  • Alexis Jenni : "El jefe", de Instituto mexicano del sonido

Pour aller plus loin :

Intervenants
  • écrivain colombien
  • écrivain, prix Goncourt 2011 pour « L’Art français de la Guerre », ed. Gallimard, auteur de « La conquête des îles de la terre ferme » ed. Gallimard.
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