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Sigolène Vinson et Arthur H

Arthur H et Sigolène Vinson : l'art de la fugue !

1h
À retrouver dans l'émission

LE TEMPS DES ECRIVAINS, émission du samedi 25 mai 2019

Sigolène Vinson et Arthur H
Sigolène Vinson et Arthur H Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Cette semaine, une émission placée sous le signe de la fugue, des envies d’échappées… (belles !) et des confins du monde. Nous recevons Arthur H, pour « Fugues » (Mercure de France) et Sigolène Vinson, pour « Maritima », (Editions de l’Observatoire). 

Trois fugues et tout un art

On connaît Arthur H auteur, compositeur, lecteur magistral. Le voici écrivain, publiant ce premier récit à forte intensité poétique. « Fugues » ? Au pluriel, parce qu’il y en a trois. Trois fugues pour trois destins, trois volontés, trois moments, trois époques. Trois fugues, et pour commencer celle de Bach, Jean Sébastien Bach, l’auteur de « l’art de la fugue ». Il apparaît un beau jour au narrateur, qui est peut-être bien l’auteur. Un auteur qui l’adore, Bach, et qui, au moment de l’apparition, est en train d’écrire dans une roulotte de cirque posée en pleine nature. Bach apparaît sous la forme d’un hologramme parlant un drôle de sabir, mélange d’allemand, d’anglais, et de français… pour lui demander de l’inspirer en lui racontant des histoires. L’écrivain, alors, raconte une histoire à son illustre visiteur : une histoire de fugue, évidemment. Celle de Nicole, 17 ans, sa mère, jolie fille à la forte tête. Qui étouffe, en 1958, dans sa banlieue communiste d'Argenteuil, prisonnière d’un milieu auquel elle veut s’échapper. Alors elle fugue, le soir de ses 18 ans, avec quelques copains. 

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Prendre le maquis

Elle prend le maquis en corse, dans un village où ça val tourner, et d’où elle devra retourner là d’où elle vient. Et puis une deuxième histoire, une deuxième histoire de fugue, celle du narrateur. Il est en voyage avec son père Jacques, en 1982, en Guadeloupe, et après avoir pris quelques champignons hallucinogènes servis dans une omelette, il décide, lui aussi, de fuguer. « A cet instant, écrit Arthur H, mon inconscient a décidé de faire une fugue. D'une façon directe et simple, j'ai dit à mon père : "Faut que tu me laisses" et je me suis retrouvé tout seul dans l'obscurité, je maîtrisais mon angoisse, attentif au moindre bruit."

Troisième fugue, enfin, celle de Bach, qui jouera pour lui ce qu’il avait laissé inachevé, et que le narrateur dédie aux chiens fous qui courent le long de l’autoroute… Une prose douce et touchante, rehaussée de photos et de lettres. Est-ce si différent que de faire des chansons ? Une affaire de mots, à chaque fois, de rythme aussi, mais peut-être un autre rapport à l’écriture ? 

La mer, le pétrole, et le « caviar du pauvre »

« Elle vivait son corps en marais salant d'où s'évaporait la Méditerranée. Dans ses veines coulait la souffrance des gens d'étang, celle aussi plus lancinante des gens de mer. »

Sigolène Vinson, qui fut journaliste à Charlie Hebdo, est sans cesse renvoyée à la tuerie du 7 janvier dont elle a réchappé. Mais elle est, depuis, au fil de plusieurs livres forts (« Courir après les ombres », « Les Jouisseurs ») devenue, une romancière talentueuse, et dont la langue marque.

Dans « Maritima », ses mots sont âpres, parfumés. Ils sentent la mer, ils sentent le pétrole, ils sentent les chevelures rentrant de la baignade et les filets de pêche. On est près de l’étang de Berre, à Martigues. Depuis son appartement au 9e étage, Jessica, une jeune mère, guette et observe : pas seulement la montagne Sainte-Victoire, pas seulement la Crau, les usines et ses torchères, mais l’eau du chenal qui mène à la mer. Jessica est guetteuse pour deux vieux pêcheurs complices : son grand-père Joseph, communiste et son ami Emile. Ils ont tendu leurs filets entre les deux rives du chenal pour y prendre des muges. Les muges ? Des poissons gorgés d’œufs qui vont donner ce qu’on appelle « le caviar du pauvre », la poutargue. 

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Venise provençale

Jessica guette l’arrivée des poissons, et le moment de relever les filets. Elle a un enfant, Sébastien 5 ans, dont le père est mort, écrasé par une sculpture en métal. Un enfant qu’elle n’arrive pas à aimer. Dans ce bout du monde il y a aussi Antoine et Dylan, deux orphelins recueillis par Émile, Ahmed, son compagnon, ingénieur, malade, et puis Stéphane, nouveau venu amateur de randonnée sous-marine. Ça a l’air tranquille, cette Venise provençale. Ça ne l’est pas. Malgré la plage, les sardines grillées, et la poutargue. La tragédie va très vite pointer le bout de son nez. Il aurait peut-être fallu fuguer, tant les bouts du monde sont aussi parfois le bout de la vie. « Maritima », c’est le titre de ce livre, semble donner une coloration onirique à l’ensemble. Comme une ville très ancienne. Et pourquoi pas ? Les romans ne sont-ils pas aussi des villes ?

La littérature serait-elle faite pour s’échapper ? Pour « Fuir ! là-bas fuir ! », comme disait l’autre ? 

"J'ai un énorme plaisir à être solitaire et écrire est un bon prétexte pour l'être. C'est une fugue intérieure, une façon de descendre dans les strates, les sentiments, les pulsions. L'écriture recrée le monde, remet les pierres." Arthur H

"Je ne me considère pas comme une intellectuelle. Mon corps ressent, et je parle d'émotions, d'impressions. Mon problème, c'est de réussir le passage du physique à l'écrit." Sigolène Vinson

Choix musical d'Arthur H : "Brigitte" de Brigitte Fontaine

Choix musical de Sigolène Vinson : "La baleine bleue" de Steve Waring      

Ecouté aussi: "L'art de la fugue" BWV 1080 Bach par Andréï Vieru

Bibliographie

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FuguesArthur HMercure de France, 2019

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MaritimaSigolène VinsonEd de l'Observatoire, 2019

Intervenants
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