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Brigitte Giraud et Victoria Mas

Brigitte Giraud et Victoria Mas : dans les marges de l'Histoire, la liberté

1h03
À retrouver dans l'émission

Une nouvelle rencontre entre deux écrivains autour de l’Histoire et de la capacité du roman à s’y inscrire pour en faire vibrer toutes les cordes, grincer tous les ressorts, en mettre à nu tous les rouages.

Brigitte Giraud et Victoria Mas
Brigitte Giraud et Victoria Mas Crédits : Christophe Ono-Dit-Biot - Radio France

Cette semaine dans Le temps des écrivains, une nouvelle rencontre entre deux écrivains. Autour, cette fois, de l’Histoire et de la capacité du roman à s’y inscrire pour en faire vibrer toutes les cordes, grincer tous les ressorts, en mettre à nu tous les rouages… Oui, aujourd’hui, deux variations sur les noces du roman et de l’Histoire avec Victoria Mas, qui a publié l’un des romans les plus salués de cette rentrée littéraire, « Le Bal des folles » (Albin Michel), un texte qui nous plonge au cœur de cette « prison » pour femmes - avec ou sans guillemets à « prison » ?- qu’était la Salpêtrière à la fin du XIXe siècle sous le règne du célébrissime docteur Charcot. 

Un élément qui est important quand on parle d'Histoire au travers d'un roman, c'est l'empathie. On sort du factuel, on incarne des personnages, on apporte de l'émotion et on retient l'attention.  Victoria Mas

Avec aussi, la non moins remarquée et remarquable Brigitte Giraud qui dans « Jour de courage » (Flammarion), redonne vie, à travers l’exposé d’un jeune homme devant sa classe, à Magnus Hirschfeld, médecin juif-allemand, fondateur de l’institut de sexologie à Berlin, pionnier de l’étude de la sexualité humaine sur des bases scientifiques et des mouvements de libération homosexuels. Les idées de cet « Einstein du sexe », furent soutenues par Einstein, Zweig, Zola ou Tolstoï, et les 20 000 livres de sa bibliothèque brûlés par les nazis. Lui même mourut en exil en 1935.

Si j'ai situé l'action aujourd'hui en 1919 dans une salle de classe , c'est que la question que pose le livre est de savoir comment transmettre l'histoire à une génération qui donne l'impression de ne pas être concernée. Brigitte Giraud

Deux invités idéales pour évoquer cette capacité qu'a la littérature à saisir ou à redonner vie à des destins individuels, petites histoires ballotés par la grande mais nous la donnant, peut-être, à relire de manière plus affûtée.

Un enfer et un bal

Avec « Le Bal des folles » de Victoria Mas, couronné par le prix Renaudot des lycéens, nous sommes donc à la Salpetrière en 1885, hôpital qui accueille, ou plutôt enferme, un certain nombre de personnages féminins, soignées par le célèbre Charcot, véritable star de l’établissement. Un lieu où, écrit Victoria Mas, on « mettait […] ce que Paris ne savait pas gérer : les malades et les femmes. » Parmi ces personnages, Eugénie, une fille de bonne famille extrêmement indépendante, passionnée par les esprits et les livres d’Alan Kardec, le pape du spiritisme, internée par son père parce qu’elle a le don de voir et entendre les morts. On y rencontre Geneviève aussi, l’infirmière hantée par la mort de sa jeune sœur, avec laquelle elle va communiquer par l’intermédiaire d’Eugénie, dans cet enfer qui se donne des allures normales, notamment au moment de l’organisation du « Bal des folles », l’événement qui électrise le tout paris qui chante et qui danse. 

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Moins psychopathes que gênantes pour l’ordre patriarcal

C’est l’événement qui sert de titre à ce roman, et il a réellement existé, ce bal de la Mi-Carême où quelques curieux clairement voyeuristes se mêlent, le temps d'une soirée festive, aux patientes du docteur Charcot, excités qu’ils sont par la proximité avec ces aliénées dont la folie réelle ou supposée les érotise. Eugénie s’échappera t-elle de ce bagne urbain ? Geneviève fera t-elle la paix avec son fantôme ? C’est ce que l’on apprendra dans ce roman très réussi, structuré par les données historiques précises dont Victoria Mas nous nourrit, mais aussi par la part de fantastique qu’elle a voulu y mettre, sans doute parce que l’époque était aussi férue de scientisme que de paranormal.  Structuré, aussi, par une parole féministe. Ce roman serait-il né aussi par la volonté de rendre justice à ces femmes qui, derrière l’alibi de la déraison, ont été psychiquement mutilées par des familles abusives ? Des femmes moins psychopathes que gênantes pour l’ordre patriarcal, par leur liberté, notamment ?

Le nazisme contre l’« Einstein du sexe »

Dans « Jour de courage » de Brigitte Giraud, c’est aussi la liberté et l’Histoire qui guident l’écriture, et son héros Livio, un lycéen qui s’enflamme le temps d’un exposé fait au tableau dans une salle de classe contemporaine de la banlieue lyonnaise, où le passé va ressurgir de manière fracassante, physique, verbale, incarnée. En 2017 déjà, Brigitte Giraud se penchait dans « Un loup pour l'homme » sur un fait historique saillant : la guerre, vue par le prisme d’Antoine, « appelé » comme on dit, pour l’Algérie, au printemps 1960. Cette fois, c’est Livio qui est en première ligne, en 2019, livrant son exposé à des camarades qui scrutent ses moindres gestes, ses moindres mots, et _r_arement on aura suivi un exposé scolaire avec tant de passion ! L'essentiel de l'action est concentré entre les murs de cette classe d'histoire, ce qui lui donne la forme d’un huis-clos extrêmement puissant, alors même que le lecteur fait un incessant aller-retour entre ces quatre murs et un autre enfermement : une dictature en marche, le nazisme. Il a en effet choisi, Livio, de parler à ses camarades des premiers autodafés nazis. Mais en leur parlant, aussi, de la haine contre les homosexuels et de celui qui décida de la combattre, un médecin juif qui s’appelait Magnus Hirschfeld, l’un des premiers à lutter pour l’égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels au début du vingtième siècle. 

L’Histoire, porteuse d’explosifs.

Dans cette classe, grâce à l’histoire et aux mots de Livio, chacun va être bousculé dans ses certitudes, contraint à sortir de sa zone de confort. Pas seulement les élèves d’ailleurs, mais aussi la professeur, qui assiste à l’exposé depuis le fond de la classe, ou encore Camille, la meilleure amie de Livio, qui aimerait sans doute davantage de lui, mais comprend peu à peu qu’elle s’est trompée sur lui, sur son désir à lui… L’incursion de l’Histoire dans le présent électrise, en effet, les rapports entre les êtres, ceux qui parlent, ceux qui écoutent. L’Histoire serait-elle encore porteuse d’explosifs pour ceux qui la convoquent, même des décennies après les événements, après « le passé » ? Deux romans qui prennent leur source dans l’Histoire et semblent développer un discours de résistance pour les temps présents. Ecrire des romans enracinés dans le passé serait-il la meilleure façon pour parler d’aujourd’hui, des temps qui courent, et dont la course, à raison, peut-être, nous inquiète ? Choix musical  de Brigitte Giraud: "Smalltown boy" de Bronski Beat.Choix musical  de Victoria Mas:  "Etude", de Joep Beving.

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