LE DIRECT
Shumona Sinha et Dany Laferrière dans nos studios

Dany Laferrière et Shumona Sinha : l’exil et le royaume de la langue

1h02
À retrouver dans l'émission

Deux écrivains et deux récits sur les incroyables pouvoirs de la littérature sur l’espace et le temps.

Shumona Sinha et Dany Laferrière dans nos studios
Shumona Sinha et Dany Laferrière dans nos studios Crédits : Christophe Ono-dit-Biot

Quand nous avons reçu Dany Laferrière et Shumona Sinha, il n’était pas encore question de confinement. Mais d’exil, qui « vaut le voyage », à en croire l’écrivain, né en 1953 à Port-au-Prince, en Haïti. Ecrivain haïtien ? Canadien ? On pourrait dire aussi bien, pour lui, écrivain japonais. Il l’avait même écrit, en 2008 (« Je suis un écrivain japonais »), histoire de dire combien ces histoires de nationalité lui importent peu. On le comprend encore mieux en lisant son nouveau livre. Prix Médicis pour « L’Enigme du retour », membre de l’Académie française, auteur de livres aux titres aussi osés que « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? » ou « L’Art presque perdu de ne rien faire », Laferrière est de retour en effet avec le superbe « L’Exil vaut le voyage » (Grasset). Comme c’était le cas avec son « Autoportrait de paris avec chat », pour lequel il avait participé à cette émission en direct du festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, celui-ci, en grand format, est entièrement écrit et dessiné à la main, jusqu’à la bibliographie, le numéro ISBN et le copyright, autant dire jusque dans ses plus infimes détails. 

Celui qui part et celui qui reste

«  Je viens de parler à ma mère longuement, et je dois partir sans bagage  », écrit Dany Laferrière dans ce roman dessiné, qui éclate de couleurs, qui propose, aussi, aux lectrices et au lecteurs une autre façon de lire, au plus près de l’écriture en train de s’écrire. Un livre, aussi, servi aussi par une prose magnifique où l’auteur nous parle de tout ce qui fait une vie, les souvenirs d’enfance et les rencontres, avec les amis, les livres, qui en sont aussi. Ce qu’on appelle un parcours… Mais sous l’angle de ce qui a été son premier pas vers l’ailleurs, l’exil, quand, en 1976, il a dû fuir Port-au-Prince, menacé par la dictature. L’exil… Mais est-ce une expérience aussi terrible qu’on le dit, s’interroge t-il en confrontant son expérience à celle d’autres écrivains exilés, Victor Hugo, Madame de Staël, Nabokov, Ovide, de figures historiques admirées, comme Toussaint Louverture, ou aux sentiments de sa propre mère, qui lui dit que « celui qui reste vit l’exil plus durement que celui qui part ». 

Les fils romanesques de l’exil

Shumona Sinha est née à Calcutta, en 1973, en Inde, où elle a vécu jusqu'à son arrivée à Paris, en 2001, pour y suivre des études littéraires à la Sorbonne. Elle est l’auteur remarquée d’ « Assommons les pauvres », en 2011. Sous ce titre emprunté à Baudelaire, elle racontait le parcours et les contradictions, parfois explosives, d’une jeune femme exilée, devenue interprète, chargée pour l'Ofpra (l'Office français de protection des réfugiés et apatrides), de traduire, d’interpréter, les récits des demandeurs d’asiles arrivés, comme elle, dans un pays qui n’est pas le sien. Il y eut ensuite « Calcutta » et « Apatride », où elle continuait à tisser les fils romanesques de l’exil en s’attachant à deux femmes issues du Bengale occidental, l’une venue à Paris, l’autre restée en Inde. 

C’est cette structure en miroir qu’elle utilise dans son nouveau roman « Le testament russe » (Gallimard) porté par deux femmes qui se sont construites par la littérature. D’un côté Tania, dans le Bengale des années 80, fille de libraire passionnée par les grands auteurs russes et qui se prend de passion pour un éditeur de légende, Lev Moisevitch Kliatchko, créateur des éditions Raduga fermées par les autorités en 1930. De l’autre, dans une maison de retraite de Saint-Petersbourg, la fille de Lev Moisevitch Kliatchko, Adel, qui a suivi cette incroyable aventure éditoriale, traversé cette époque où la Russie s’acharnait contre ses poètes, et qui reçoit, un jour, une lettre de Tania. 

C’est le destin de ces deux femmes que raconte Shumona Sinha. Deux résistantes aux oppressions, familiales, sociales, politiques, réunies par le goût de la liberté que leur ont transmis les écrivains. On suit dans ce « Testament Russe » leur plongée dans la littérature et la façon dont celle-ci leur permet de trouver les forces nécessaires à leur émancipation, mais aussi la force d’aimer, malgré les conflits politiques où souvent les livres brûlent…

"L'orgasme par les mots"

« Puis ce fut la découverte capitale, l’orgasme par les mots », écrit Dany Laferrière comme en écho au désir que ressent la Tania de Shumona Sinha pour la langue russe. Mais les mots suffisent-ils ? Comment un écrivain trouve t-il sa langue ? Qu’est ce que le sentiment d’exil ? Une page peut-elle changer une vision du monde, rebattre les cartes de l’espace et du temps ? 

C’est de cela qu’il sera question dans ce « Temps des écrivains », et de beaucoup d’autres choses…

Choix musical de Shumona Sinha: Vladimir Vysotsky, "Plus rien ne va" https://www.youtube.com/watch?v=qz2u4HvVkEM

Choix musical de Dany Laferrière: Nina Simone, "Ne me quitte pas" de Jacques Brel. 

Intervenants
  • Ecrivain, scénariste et membre de l'Académie française
  • femme de lettres indienne de langue française qui vit à Paris
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......