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Christophe Ono Dit Biot et Alaa al-Aswany

Entretien avec Alaa El Aswany

59 min
À retrouver dans l'émission

L'auteur du succès mondial « L’immeuble Yacoubian », l’égyptien Alaa El Aswany, revient avec un roman formidable, « J’ai couru vers le Nil ».

Christophe Ono Dit Biot et Alaa al-Aswany
Christophe Ono Dit Biot et Alaa al-Aswany Crédits : Anne Depelchin - Radio France

Aujourd’hui, une émission exceptionnelle puisque nous recevons l’un des plus grands écrivains contemporains, mieux, le pharaon des lettres en personne, l’auteur du succès mondial « l’immeuble Yacoubian », l’écrivain qui en 2011, haranguait les foules sur la place Tahrir contre Moubarak, auteur engagé s’il en est, mais qui tient à continuer à exercer son métier de dentiste. Un cas, décidément, que l’égyptien Alaa El Aswany.

Toujours dentiste, en effet, puisqu’il officie dans un cabinet situé dans sa maison du quartier du Six-Octobre, à une trentaine de kilomètres du centre ville du Caire, juste au dessous de votre bureau d'écrivain. En quoi est-ce important pour vous de continuer à exercer ce métier de dentiste, alors même qu’on est un écrivain mondialement connu ? L’écrivain répondra, et l’on s’apercevra que quand on écrit, cela vaut le coup de continuer. D’ailleurs, de nombreux écrivains ne sont-ils pas médecins ? Tchekhov, Schnitzler, Segalen, Boulgakov, Alfred Döblin, dans un autre genre Louis-Ferdinand Céline… Aurait-il, lui élucidé ce mystère des liaisons heureuses entre littérature et médecine ?

Ecrivain engagé

S’il est un représentant de la tradition de l’écrivain engagé, c’est bien lui. Et si, dans « L’Immeuble Yacoubian » formidable coupe transversale de la société égyptienne, traduite dans le monde entier, porté à l’écran, il mêlait avec maestria les histoires individuelles dans l’histoire collective de son pays, il est le premier à s’embarquer dans l’Histoire quand il sent son vent se lever. Au point d’être devenu une sorte de conscience révolutionnaire de son pays, d’abord en co-fondant dans les années 1990 avec d’autres intellectuels  le mouvement politique « kifaya », qui veut dire « ca suffit », puis en manifestant aux côtés des étudiants et autres révolutionnaires de la place Tahrir qui firent tomber Moubarak. En luttant ensuite contre son successeur Mohammed Morsi qui voulait, lui imposer à votre pays une autre forme de dictature, et en chroniquant dans la presse les épisodes mouvementées de ce « printemps egyptien » qui a suscité autant d’espoirs que de déceptions, même s’il a toujours terminé ses chroniques par une phrase rituelle : « la démocratie est la solution. » 

La technique du feuilleton

Car l’une des caractéristiques d’El-Aswany, c’est d’écrire des articles et des romans. Après « Chicago » ou « Automobile club d’Egypte », il revient avec un roman formidable, « J’ai couru vers le Nil », qui est à la révolution égyptienne de 2011 ce que « L'immeuble Yacoubian » était à la société égyptienne des années 90. Un livre interdit en Egypte, et l’écrivain explique pourquoi. A la fois portrait en mosaïque d'une révolution, hommage à la jeunesse, aussi, qui y a cru, ce roman est aussi un brûlot contre ceux qui, des militaires aux religieux ont cassé les espoirs de cette jeunesse. Mais c’est de surcroît un roman haletant et plein d’une ironie salutaire, concentré dans un cadre resserré, de janvier à novembre 2011, c’est à dire du soulèvement à sa répression. Un livre construit, aussi, selon sa technique du feuilleton, très XIXe siècle, tant il est rempli de personnages formidablement campés qui peu à peu seront reliés : Asma la jeune enseignante, qui correspond avec son amoureux Mazen, ingénieur, socialiste convaincu, tous deux membres du mouvement Kifaya ; Nourhrane, la présentatrice de télévision pour laquelle les hommes sont des marchepieds et qui, sous son voile, incarne la vénalité ; Dania, la fille du général Alouani, chef de la sécurité d’Etat et véritable Tartuffe, ou l’étudiant Khaled, qui rappelle Khaled Saïd, assassiné par la police militaire de Moubarak à Alexandrie en 2010 et dont la mort a mis la révolution en branle. Mais « J’ai couru vers le Nil » est aussi un roman à la drôlerie féroce, contestataire, puisque l’écrivain y pourfend les hypocrisies du pouvoir, politique, religieux, dans tous ses aspects, même dans son rapport à le sexualité. L’occasion d’une rencontre très physique avec l’écrivain égyptien, féru de La Bruyère et de l’art du portait, pour qui la littérature est par essence révolutionnaire et qui entend maintenir un contact vital avec « la rue », quand bien même Naguib Mahfouz a été assassiné, et quand ben même on lui a refusé le permis de port d’armes qu’il avait demandé… 

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