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Erri  de Luca

Erri de Luca : "Je continue à habiter des feux éteints"

1h03
À retrouver dans l'émission

"J’agis en haut parleur de moi-même et de certaines causes publiques, de certaines parties lésées qui ne sont pas écoutées » Erri de Luca.

Erri  de Luca
Erri de Luca Crédits : Christophe Ono Dit Biot

Cette semaine dans Le Temps des écrivains,  une émission spéciale puisque nous sommes en compagnie de l’un des plus grands écrivains italiens contemporains, Erri de Luca. Il publie aujourd’hui chez Gallimard, traduit par Danièle Valin, «  le tour de l’oie », un petit livre d’une grande beauté et d’une grande profondeur, qui nous a fait nous inquiéter pour lui. D’abord, parce qu’on y lit ce genre de phrases : « Qu'est-ce que je suis censé faire de ton souvenir ? (…) Tu es en train de rédiger ton testament ? » 

Un nouveau Gepetto?

Ensuite, parce que le dispositif romanesque choisi semble exprimer le désir impérieux d’une transmission, sinon de faire le bilan d’une existence d’écrivain : par un soir d'hiver, alors que la foudre a plongé dans l'obscurité la maison que le narrateur, écrivain, a bâtie de ses mains, ce dernier fait surgir son fils devant lui. Le fils qu’il n’a pas eu. Comme Gepetto s’inventait un Pinocchio, le narrateur se met à lui parler. Et à raconter une vie qui ressemble fort à celle d’Erri de Luca : enfance à Naples, guerre de Bosnie, usine, engagement révolutionnaire dans l’organisation d’extrême gauche Lotta Continua, alpinisme, dans lequel l’écrivain trouve bien des leçons de vie, et d’écriture aussi. Et Comme Pinocchio inventé par Gepetto bientôt, le fils se met à parler au père, à l’interroger, dans un dialogue de plus en plus direct, de plus en plus intense, de plus en plus profond sur le « jeu de l’oie » qu’a été la vie de cet homme né à l’ombre d’un volcan et qui dit : « je continue à habiter des feux éteints. »  

Escalade dans les Andes

«  Te lire c’est comme feuilleter un almanach », lui dit le fils, qui veut en savoir plus sur le besoin qu’a ce père de raconter, et de se raconter des histoires : « tu ne t’en tireras pas comme ça. »
Dans cette nuit éclairée à la bougie, dans cette maison en pierre de lave, de nombreuses vérités vont être énoncées, dans la langue magique de De Luca, dont les phrases semblent jetées dans un souffle, courtes et denses, aériennes et concrètes en même temps. Et dont nous ressentons toute la force de vie, aussi, dans cette conversation avec lui. 

Ce jour-là, Erri de Luca revenait d’un voyage dans les Andes où il a escaladé six volcans . Le visage était émacié, l’œil bleu était intense, et il fut question de tout ce dont parle son beau livre : pourquoi un écrivain écrit ? Pourquoi s’engage t-il dans la voie révolutionnaire ? Quel est le rapport entre l’écriture et l’alpinisme ? Pourquoi pense t-il à Virgile et au plancton quand il regarde les migrants, et s’engage t-il aux côtés de ceux qui les aident ? Quelle est la belle histoire du mot « sabotage » ? Pourquoi lire chaque matin la Bible quand on ne croit pas en Dieu ? Pourquoi dit-il que « Borges seul est obligatoire » ? Et qu’est ce que ça fait, pour un écrivain, d’être né près du Vésuve, et d’être marqué par les mots de Marina Tsvetaïeva : « Ce n’est que dans l’enthousiasme que l’être humain voit exactement le monde. » 

"Sabotage", exercice d'étymologie

Erri de Luca est né en 1950 à Naples. Ecrivain, traducteur, poète, il est l’auteur de nombreux romans dont « Montedidio », qui a obtenu en 2002 le prix Femina étranger et le Prix européen de littérature. Alpiniste émérite, il est aussi marqué par la lutte politique. Né dans une famille bourgeoise napolitaine ruinée par la guerre, il s’est en effet déclaré communiste dès l’âge de 16ans et, après avoir quitté le domicile familial, il adhère en 1969 au mouvement d'extrême gauche Lotta Continua dont il est devenu l'un des dirigeants, responsable notamment de son service d'ordre. Lotta continua a été dissoute à l’été 77 mais cela n’a pas entamé chez lui le besoin de se mobiliser et de désobéir, comme il l’a fait en s’engageant aux côtés de ceux qui aident les migrants, ou contre la ligne de train à grande vitesse Lyon-Turin, qui vous a valu un procès pour incitation au sabotage dont il a été relaxé en octobre 2015. Dans « J'accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire » , publié en 2015 il disait que l'écrivain, s'il a un pouvoir, c'est celui de parler pour ceux qui ne sont pas entendus. Il le redit dans « Le tour de l’oie » : « J’agis en haut parleur de moi-même et de certaines causes publiques, de certaines parties lésées qui ne sont pas écoutées ». 

Choix musicaux d'Erri de Luca

Questa Pianura par Gianmaria Testa / Famous blue raincoat de Leonard Cohen 

Bibliographie

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Le tour de l'oieErri De LucaGallimard du monde entier, 2019

Intervenants
  • Romancier, poète, dramaturge et traducteur italien.
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