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Nathalie Azoulai et Olivier Bourdeaut

Identité avec Nathalie Azoulai et Olivier Bourdeaut

58 min
À retrouver dans l'émission

Nathalie Azoulai et Olivier Bourdeaut sont les invités de Christophe Ono dit Biot à l'occasion de la sortie de leurs livres respectifs : "Les spectateurs" (P.O.L) et "Pactum Salis" (Finitude).

Nathalie Azoulai et Olivier Bourdeaut
Nathalie Azoulai et Olivier Bourdeaut Crédits : Christophe Ono dit Biot - Radio France

Aujourd’hui, on part dans les vertiges de l'identité et dans des zones d'inconfort qui servent tout à fait bien le romanesque comme on le verra, avec l'homme qui se sait attendu au tournant après le succès d'En attendant Bojangles qui obtint en 2016 le prix des étudiants France culture Télérama, Olivier Bourdeaut. Il signe Pactum salis chez Finitude, son deuxième roman. Avec lui, Nathalie Azoulai, la lauréate du prix Médicis 2015 pour Titus n'aimait pas Bérénice, qui publie chez P.O.L un nouveau roman, Les spectateurs

Nous disions "vertiges de l’identité" et on y est totalement, avec ce singe en hiver qui se balancerait du côté des marais salants de Guérande. Après Bojangles nous suivons un nouveau couple, un couple d’hommes cette fois, Jean et Michel, qui vont tenter de s’apprivoiser dans un décor de toute beauté, de toute violence aussi, un haut lieu, lieu d’un labeur ancestral de cueillette de la fleur de sel ; deux hommes aux antipodes l’un de l’autre et qui pourtant se rencontrent en dépit de leur misanthropie. D’une part, Michel, qui s’est d’abord appelé Mickael, d’habitude rencogné derrière les vitres de sa Porsche ou sur la terrasse de son hôtel de luxe. C’est un agent immobilier au succès renversant qui prend ses premières vacances depuis douze ans. Et de l’autre côté Jean, qui a connu une trajectoire sociale inverse : né entre deux parents trop intellectuels et trop engagés pour lui accorder quelque attention, il a connu une piteuse entrée dans l’âge adulte avant d’être ébranlé par un reportage télévisé sur le travail du paludier dans les marais salants, et de s’éprendre de ce travail. Leur amitié part d’une bagarre initiale quand Jean découvre Michel endormi dans l’urine sur son tas de sel, on le comprend…  Une bagarre, il y en aura aussi une autre à la fin, et entre les deux pas mal d’ivresse dans la splendeur du paysage décrit marqué par le sel qui corrode mais qui éternise aussi, peut-être. Pactum salis, en référence à l’adage, Amicitia pactum salis, l'amitié est un pacte de sel. 

C'est par les yeux d’un adolescent un peu égaré, lui aussi, lorsqu’il regarde ses drôles de parents, dont il ne sait pas bien tous les aléas qui ont plané au dessus de leur vie, que nous faisons connaissance avec Les spectateurs, nouveau roman de Nathalie Azoulai. La télévision était le point de départ de la carrière de paludier de Jean, le personnage de Bourdeaut, ici la télévision est là puisque c’est d’elle que les personnages sont "spectateurs". Une télévision qui leur promettait d’éblouissantes productions hollywoodiennes, et qui va leur servir… le général de Gaulle. Nous sommes le 27 novembre 1967, et nous sommes, le devine t-on, six mois après le déclenchement de la guerre des Six-Jours au Proche-Orient. Le général de Gaulle aborde divers sujets comme la livre sterling ou le Marché commun. Et puis, à propos des Juifs, il lance : "Un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur." L’adolescent de 13 ans reste, un instant, dans un état de sidération douloureuse, lui dans l’intériorité duquel l'auteure nous plonge, lui dont l’enfance se voir taraudée par la question de l’exil parental. Une image, d’ailleurs, se développe et gonfle, dans ce livre, c’est la valise, la valise qu’on fait pour partir sans dire adieu, pour fuir une menace, que le roman de Nathalie Azoulai préfère laisser dans le flou. On y fera la connaissance de la toute petite sœur du personnage, atteinte d’une malformation à la hanche, est-ce aussi une image ? Celle de l’impossibilité à se tenir debout entre ces deux parents qui ont quitté leur paradis oriental. Il est question aussi d’une mère, fascinée par les films d’Hollywood et les robes des actrices qu’elle se fait confectionner. La force de ce roman est que l’ancrage historique n’occupe pas le devant de la scène. Ce qui est devant, ce sont les universels questionnements qui se posent à tous les exilés, départ, refuge, départ, refuge. On parlait du latin avec Olivier Bourdeaut. En latin, Spectator est un dérivé du verbe Spectare, qui signifie Regarder mais avec l’idée d’observer sans agir. "Des vertus de mon roi spectateur inutile", écrit par exemple Boileau. C’est même un mot qui est lié au théâtre : "Le spectateur est comme la confidente, il apprend de moment en moment des choses dont il attend la suite", dit Voltaire. Est-ce que ce n’est pas cette dimension de théâtre, de théâtre de l’histoire peut-être, qui est fondamentale dans ce livre ? 

La fiction est un recours, un refuge, qu'elle soit romanesque ou cinématographique, Nathalie Azoulai

Je voulais décrire non pas un retour aux sources, mais un aller aux sources, Olivier Bourdeaut

Leurs choix musicaux :

  • Nathalie Azoulai : "She's Got Bette Davis Eyes", Kim Carnes.
  • Olivier Bourdeaut : "Waiting for the stars", Vitalic.

Pour aller plus loin :

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