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Joffrine Donnadieu et Victor Jestin

Joffrine Donnadieu et Victor Jestin : histoires de violence

58 min
À retrouver dans l'émission

Deux très jeunes écrivains, deux premiers romans marquants parce qu’ils allient une grande violence à une grande innocence. Contradictoire ? Absolument pas !

Joffrine Donnadieu et Victor Jestin
Joffrine Donnadieu et Victor Jestin Crédits : Christophe Ono-dit-Biot

Cette semaine dans Le temps des écrivains, une nouvelle rencontre entre deux écrivains. Cette fois, deux très jeunes écrivains et qui, en cette rentrée littéraire, publient leur premier roman. Deux romans marquants, parce qu’ils allient une grande violence à une grande innocence. Contradictoire ? Absolument pas !

Le corps dans le sable

Née en 1990, Joffrine Donnadieu publie « Une histoire de France », chez Gallimard.

Victor Jestin, âgé de 25 ans, publie « La Chaleur » chez Flammarion. Un court roman qui fuse comme une balle. C’est l’été. On est dans un camping, au bord de l’atlantique. Dans les Landes. Il y a des tentes et des bungalows. C’est la dernière nuit avant la fin des vacances et le départ, le lendemain. Et pendant cette nuit, Léonard, 17 ans, assiste à la mort, par étranglement, entre les cordes d’une balançoire, d’Oscar, 17 ans lui aussi, qui vient d’embrasser Luce, une fille du camping. Léonard ne porte pas assistance à Oscar, et, absurdement, fait disparaître le corps dans le sable. La suite, c’est le récit de la dernière journée de vacances, écrasée de soleil, dans la proximité de Luce. Ce qui passionne, dans ce livre, c’est la façon dont Victor Jestin fait vivre son personnage, à la première personne, non pas indifférent, mais flottant, entre deux eaux, loin des injonctions à la jouissance diffusées par les haut-parleurs du camping, et dont le corps pourtant ne cesse de s’exprimer par la sueur, les évanouissement, les battements de cœur, les frôlements, sous la chaleur qui gagne sur tout, les vagues, le sable, le temps. C’est très sensuel, c’est très subtil, ça va directement où ça doit aller : au but, puissamment.

L'innommable

Innocence et violence aussi chez Joffrine Donnadieu, et pour cause : il est question de violence sexuelle contre une enfant. Une petite fille. Par une femme. Sujet rare, traité implacablement, sans vouloir épargner le lecteur, et pourquoi, d’ailleurs, le faudrait-il ?

« Histoire de France » s’ouvre par le viol de Romy, 9 ans, chez la voisine, France. De l’autre côté de la porte de la chambre parentale, les deux garçons de France jouent sans savoir ce qui se passe. France a accepté dépanner Hélène, la mère de Romy, pour garder sa fille. Hélène souffre en effet d’une maladie qui l’affaiblit. Elle est souvent à l’hôpital. Il y a un père, Philippe, un militaire - ça se passe chez les militaires, à Toul – mais il est souvent en mission. Et c’est ainsi que Romy, à neuf ans, se retrouve sous l’emprise de France.

Peut on dire qu’on aime ce livre ? Difficilement. On peut dire qu’il vous saisit à la gorge et ne vous lâche plus tant il dit l’innommable et qu’on veut comprendre, tenter de comprendre.

Retrouver une voix perdue

Deux premiers romans sur l’enfance et l’adolescence, extrêmement forts et dérangeants, dont nous savons voulu savoir de quelle image, de quelle pulsion, de quelle nécessité ils procèdent, et surtout, comment s’est forgée la langue, incisive, précise et physique jusqu’à l’obsession, dans laquelle ils sont dits.

La littérature permet-elle de retrouver une voix perdue ? De sortir des zones troubles ?

Bibliographie

La chaleur

La chaleurVictor JestinFlammarion, 2019

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