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Jean-Michel Delacomptée et Andrea Marcolongo

L'amour de la langue, avec Andrea Marcolongo et Jean-Michel Delacomptée

1h01
À retrouver dans l'émission

Andre Marcolongo et Jean-Michel Delacomptée sont les invités de Christophe Ono dit Biot à l'occasion de la sortie de leurs livres respectifs : "La langue géniale" (Belles Lettres) et "Notre langue française" (Fayard).

Jean-Michel Delacomptée et Andrea Marcolongo
Jean-Michel Delacomptée et Andrea Marcolongo Crédits : Christophe Ono dit Bio - Radio France

Aujourd’hui, une émission consacrée à la langue, la langue que nous parlons, la langue que nous devrions parler, la langue que nous pourrions reparler. La langue qui structure notre rapport au réel, façonne notre rapport monde, aux émotions qui en découlent, notre rapport au désir. La langue, mosaïque de sons et de vocables devenue image de notre humanité, châtiment divin contre l’hybris des créatures de Dieu, si l’on se fie au récit de la tour de Babel. La langue, qui permet l’expression de soi et l’attention aux autres, aux autres parfois anciens, mais encore si vivants. La langue, ou plutôt les langues, puisque deux d’entre elles seront à l’honneur aujourd’hui, ou plutôt trois puisque nous en entendrons une troisième, aussi, dans ce studio. 

Le français et le grec ancien

Ces deux langues, ce sont le français, et le grec ancien. Le français avec Jean-Michel Delacomptée, auteur d’Adieu Montaigne, qui lui consacre son nouveau livre, Notre langue française, défense et illustration d’une langue dont le pouvoir émancipateur mettant en jeu notre idéal républicain est pour lui en péril. Le grec ancien, avec Andrea Marcolongo, phénomène en Italie et dans le monde entier, avec La langue géniale, qui paraît aux Belles Lettres, fascinante déclaration d’amour au grec ancien et formidable démonstration de sa nécessité au cœur de notre XXIe siècle. La troisième langue, ce sera l’italien, la langue dans laquelle s’exprimera Andrea Marcolongo, que nous sommes très heureux d’accueillir, avec son interprète Hélène Joguet.

Le grec ancien, succès de libraire

Andrea Marcolongo a trente ans, elle vient d’arriver en France où La langue géniale paraît aux Belles Lettres, après une tournée en Amérique latine où le livre a fait un malheur, ou plutôt un bonheur, après avoir été un considérable succès en Italie où ils s’est écoulé à plus de 200 000 exemplaires. Et si nous donnons ce chiffre, c’est en guise de pied de nez à ceux qui voient dans l’apprentissage du grec ancien quelque chose d’élitiste, accusation qui a presque mené cet apprentissage à la mort. Or, Andrea Marcolongo nous prouve qu’il est vivant avec ce livre remarquable, à la fois déclaration d’amour à cette langue très ancienne et très vivante, journal intime d’une helléniste, et manuel de grammaire poétique et pragmatique nourri d’exemples et d’expérience, du "libeccio", ce vent qui "ébouriffe l’âme", soufflant sur une terrasse à Livourne par une nuit d’une beauté absolue, à un encadré très pédagogique sur "les degrés de réalité" à travers lesquels le grec évalue les événements de la vie et les possibilités de réaliser ses désirs. 

La langue fonde un rapport au monde

Son livre donne envie de faire ou de refaire du grec ancien mais surtout nous montre qu’une langue fonde aussi un rapport au monde. "Ce sont je suis sûre, écrit-elle, c’est que l’étude du grec contribue à développer l’aptitude à vivre, à aimer et au goût de l’effort, à choisir et à assumer la responsabilité de ses succès et de ses échecs." Nous aurons l’occasion d’en reparler, mais d’abord ce titre, La langue géniale, là où Virginia Woolf l’appelait, le grec ancien, "the magic language", la langue magique. Pourquoi géniale ? Etymologiquement, c’est aussi quelque chose qui nous met en rapport à l’idée de génération, de formation… Genium, est aussi un petit être qui, dans la mythologie, accompagne l’homme au fil de la vie pour le rendre heureux.

La langue en danger

On connaît Jean-Michel Delacomptée pour ses portraits littéraires de La Boétie et Montaigne, Racine, Bossuet, Saint-Simon, il a enseigné la littérature française à l'université Bordeaux-Montaigne à Bordeaux, puis, de 2001 à 2012, à l'université Paris-VIII. Et il publie chez Fayard ce nouvel essai, Notre langue française. Il y est question d’héritage antique quand il nous raconte par exemple comment les écrivains de la Pléiade, à la renaissance, donnèrent dans l’hellénisme triomphant pour enrichir la langue française, mais il est davantage question d’une mise en garde adressée à nos contemporains sur ce qu’ils sont en train de faire à cette langue que Jean-Michel Delacomptée révère, langue de Malherbe, langue de Ponge, langue de Péguy, entre autres maîtres à penser et à écrire, convoqués par l’écrivain, langue dont il estime, parcourant son histoire, des serments de Strasbourg à l’ordonnance de Villers-Cotterêts, et son présent, que sa substance même, esthétique et politique, est en danger. "En abandonnant la quête d’exigence et de beauté qui fait sa force, écrit-il, nous la privons de son pouvoir émancipateur". La novlangue, notamment, est dans le viseur de Notre langue française, devenue "idiome d’un pays desséché", et nous aimerions nous arrêter juste là-dessus, ce titre, et ce pronom possessif, qui annonce la couleur : il est affectif, ce possessif, mais n’est-il que cela ?

Merci à tous les deux d’être avec nous aujourd’hui. On est frappé quand on interroge un peu le parcours d'Andrea Marcolongo, de voir qu’entre ces années consacrées au grec ancien, et à sa thèse sur la Médée de Sénèque, qu'elle a aussi participé au jeu politique en écrivant notamment des discours pour Matteo Renzi, dont elle était la plume. Elle reste fière, notamment, d’avoir permis que le souvenir de Télémaque soit mentionné le 2 juin 2014, pour l’ouverture du semestre italien à la présidence européenne. Elle parle d’ailleurs des langues comme des faits "démocratiques". Jean-Michel Delacomptée, parle, lui d’un "noeud fondateur, un mariage politique et poétique où s’ancre notre langue." Quels liens font-ils, tous les deux, entre langue, et politique?

Avant tout, la langue, c'est une pensée, une façon de voir, Andrea Marcolongo

Perdre une langue, c'est perdre son âme, Jean-Michel Delacomptée

Leurs choix musicaux :

  • Andrea Marcolongo : "You’ve done it again, Virginia", The National
  • Jean-Michel Delacomptée : "Bensonhurst blues", Oscar Benton (version de 1981)

Pour aller plus loin :

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