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Cécile Coulon et Nathacha Appanah

Cécile Coulon et Nathacha Appanah : les liens du sang

59 min
À retrouver dans l'émission

Rentrée littéraire 2019

Cécile Coulon et Nathacha Appanah
Cécile Coulon et Nathacha Appanah Crédits : Christophe Ono Dit Biot

Nathacha Appanah et Cécile Coulon : les liens du sang

Cette semaine dans le temps des écrivains, deux romancières qui ont pour point commun de se promener, avec une grâce peu commune, entre l’enfer et le paradis, entre les enfants et les parents, entre la nature et la ville, les liens du sang et le goût de la vengeance, les vert pâturages et le noir des cachots : Nathacha Appanah, et Cécile Coulon.  

Loup, fils de la femme-dragon 

Nathacha Appanah est l’auteur du « Dernier frère » ou de « Tropique de la violence ». Elle publie cet automne « Le ciel par dessus le toit » (Gallimard), un roman dont le titre est emprunté à un vers de Verlaine, le verbe « être » en moins. Il y est question de Loup. Pas l’animal : Loup est un jeune homme, voué à vivre en liberté mais qui, à 17 ans, après un accident de voiture, qu’il conduisait sans permis, se retrouve derrière les barreaux, au quartier des mineurs, à la maison d’arrêt de C. D’où vient Loup ? Pourquoi il en est arrivé là, cherchant à retrouver une sœur qu’il n’avait pas revue depuis dix ans ? Qui est sa drôle de mère, qui se fait appeler Phénix comme l’oiseau qui renait de ses cendres, et qui a un dragon tatoué dans le dos avec lequel elle semblait faire corps quand elle a donné naissance à Loup ? Toutes ces questions le livre va y répondre, s’interrogeant sur la mémoire familiale et la question lancinante de l’amour si compliqué dans les familles : comment on aime, oui, comment on aime ceux qui nous aiment ? Nathacha Appanah nous raconte Loup, Paloma, sa sœur, et Phénix, la mère, dans un roman « en arborescence », dit-elle, constitué de souvenirs-chapitres baptisés de noms étranges : «Le ciel coupé en deux» , «Des années auparavant, peut-être le début» , «Le grand-père, quand il est trop tard déjà» , «Les nouveaux mots» … Ce qui frappe dans son roman, c’est la langue qui y est produite, tendue, poétique, aimante, comme s’il s’agissait pour l’auteur de raccommoder les morceaux déchirés de ces vies. Et si c’était cela, un texte, mot dont l’étymologie vient du verbe « tisser ». Ecrire comme on raccommode un tissu, une plaie ? Apaiser, aussi ? 

Tombés du paradis

« Blanche et Alexandre firent l’amour pour la première fois pendant qu’on saignait le cochon dans la cour. » C’est presque avec cette phrase que commence le nouveau roman de « Cécile Coulon », « Une bête au paradis » (L’Iconoclaste). Un roman marqué par le contraste entre la pureté de la nature et l’impureté des sentiments humains, entre la beauté des pâturages et la laideur des calculs dans lesquels se débattent ses personnages. Au départ, un accident de voiture qui décime les habitants du Paradis, un domaine agricole. Et deux orphelins, Blanche et Gabriel, recueillis par leur grand-mère Emilienne, ange gardien de ce paradis. Gabriel est solitaire, fragile et rêveur. Blanche est solaire, intelligente, sauvage. Sur les bancs de l'école, elle rencontre Alexandre et elle succombe : l’amour fait pendant qu’on saigne le cochon dans la cour, c’est elle qui le fait, avec Alexandre, les cris du cochon devant couvrir le bruit de leurs ébats. Le bonheur, sauf quand Alexandre décide, après le lycée, de partir pour la ville. Tout vrille en Blanche, et le désir de vengeance bientôt nait. Ce sera terrible. Chez Cécile Coulon, on n’écrit pas pour raccommoder les liens du sang. On écrit pour que ça déchire, comme dans « Le roi n’a pas sommeil », ou que ça tonne, comme dans « Trois saisons d’orage ». On écrit pour raconter la chute, hors du « paradis », une certaine damnation. On est, aussi, avec les sorcières…

Deux romans déployés autour de figures de femmes fortes : Phénix, mère-dragon renaissant de ses cendres, et Emilienne, la grand-mère au savoir ancien, un peu fée, « un arbre fort aux branches tordues ». Deux romans sur l’enfermement, l’empêchement, sur le dedans et le dehors, entre prison et huis-clos rural. Deux romans marqués par le merveilleux des contes, où les noms semblent dessiner un destin, « Loup », « Phénix », « Blanche » et « le Paradis », par la violence des grands drames antiques, où le sang coule comme dans un rite païen. 

Une bonne histoire doit-elle échapper à son époque ? 

Dans quelle langue la dire pour lui permettre de résister au temps ? 

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